‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 341 sur 549 · RÉSISTANCE AUX PROJETS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE AUX PROJETS CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES

du Palais-Royal, qui n'eussent pas manqué d'entraîner peut-ôtre vingt mille hommes à leur suite, d'après la lecture d'une lettre, fausse et supposée, qui annonçait que les députés du Tiers-État, exposés à être assassinés par les Nobles, demandaient du secours, et la motion, extraordinaire autant que séditieuse, faite en môme temps, par le même personnage, probablement soudoyé ad /ioc, d'aller forcer tous les moines mendiants à marcher, de se transporter de suite aux Invalides et à l'École royale militaire pour en enlever toutes les armes et aller fondre avec à Versailles, où ils étaient attendus de pied ferme parles troupes; si un autre particulier bien plus sage et vraiment citoyen, un chirurgien de vaisseau demeurant rue de La Harpe, chez M. Decaux, notaire, n'avait élevé la voix et, comme arrivant lui-même, à l'instant, de Versailles, adressé à ces forcenés un discours, où il faisait sentir tout le faux de ce que venait d'avancer l'orateur séditieux, qui avait voulu troubler la tranquillité publique

(( Entre cinq et six heures du soir, un particulier, qu'on disait être un ancien militaire, paraissant âgé de plus de soixante ans, étant à se promener dans le jardin du Luxembourg, eut l'imprudence de s'y exprimer avec dureté ou défaveur sur le compte des dragons qui n'avaientpoint jugé pouvoir ni devoir sévir contre la multitude, à la scène delà prison de l'Abbaye Saint-Germain-des-Prés, le mardi précédent, 30 juin. On le maltraite de paroles, après lui avoir d'abord conseillé de se retirer; des paroles on en vient aux voies de fait, on le force de se mettre à genoux, de baiser la terre, de demander pardon au Roi et à la Nation. On le menace même, en le conduisant à la porte du jardin, donnant du côté de la rue de Tournon, de le mener en fiacre au Palais-Royal ; ce qui, fort heureusement pour ce particulier, n'est point exécuté par la prudence des Suisses qui font semblant de s'en emparer pour le mettre en prison. Cependant, avant de s'en dessaisir et de le leur livrer, on exige qu'il se mette encore à genoux, et qu'il demande une seconde fois pardon au Roi et à la Nation.

« Samedi quatre juillet. — Dès ce matin, on voit les soldats du régiment des gardes-françaises, qui tous avaient repris leur service, se répandre en nombre, non seulement dans les marchés, mais encore par patrouilles de dix, peu éloignées les unes des autres, dans les rues, pour maintenir le bon ordre relativement à la cherté du pain, qu'on se procurait même avec une sorte de difficulté, et dont on manquait en tant d'endroits autour de la capitale qu'on y marquait, s'il fallait en croire le bruit public, le désir d'empêcher les boulangers du dehors qui avaient coutume d'y en apporter, de le faire parvenir à sa destination.....

« On entendait dire que M. le maréchal de Broglie venait d'ôtre nommé généralissime de toutes les troupes de l'Ile-de-France, que presque tous les villages voisins de la capitale étaient garnis de soldats ; qu'à Saint-Cloud, où l'on avait d'abord voulu mettre neuf cents hommes, il y en avait actuellement sept cents d'établis, avec des canons de tous les côtés ; qu'on y parlait même de couper deux arches du pont do Saint-Gloud, et autant du pont de Sèvres, dans le cas où l'on tenterait de faire quelque irruption soit de l'intérieur, soit de l'extérieur de la capitale, et que l'on appréhendait fort que, -sows quinze jours, il ne sepa^' sât quelque sccne vraiment tragique.

« Lundi six juillet. — Dès le matin, on commence à voir circuler des patrouilles pour surveiller la distribution du pain et empocher qu'il ne se commît aucune espèce de violence soit dans les marchés, soit dans les boutiques des boulangers, chez lesquels il venait, disaiton, d'être fait des visites de commissaires par ordre du Parlement

« Il paraissait avéré, et bien des gens regardaient comme très certain que c'était le gouvernement seul qui avait accaparé tous les grains, et que même il commençait déjà à prendre de nouveaux arrangements pour accaparer de la même manière les futures moissons et prolonger ainsi la cherté du pain, afin de continuer d'accumuler des sommes d'argent assez considérables pour pouvoir faire face à l'acquittement des dettes et des engagements de l'État, dans le cas où les opérations des États généraux viendraient à ne pas être suivies

« Dans la matinée, les soldats du régiment des gardes-françaises, que la multitude avait tirés avec violence des prisons de l'Abbaye Saint-Germain-des-Prés, le mardi 30 juin dernier, qu'on avait gardés et nourris au Palais-Royal, pendant deux ou trois jours, et qui, depuis environ deux fois vingt-quatre heures, s'étaient reconstitués d'euxmêmes, par prudence et par soumission, prisonniers à ladite Abbaye, ayant enfin chacun obtenu du Roi leur congé absolu, viennent aussitôt en faire part aux habitués du café du Caveau, dans le jardin du

Palais-Royal et les assurer qu'aucune espèce de condition n'avait

été mise à ce congé, comme on auraitvoulu le répandre..... Ils reçoivent chacun, toute leur dépense payée, une somme de vingt-deux livres dix sols, résultat bien modique d'une somme de plus de quatre mille livres provenue d'une quête faite à leur profit, mais dont la majeure partie avait été soustraite et envahie par des personnes bien peu délicates ^

1. Ce même jour, une délégation des Poissardes de Paris vint, au Palais-Royal, chercher ceux des électeurs qui avaient été à Versailles solliciter la grâce des gardes-

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