‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 343 sur 549 · LA SÉDUCTION DES MILITAIRES · texte numérisé non relu

LA SÉDUCTION DES MILITAIRES

lîdes, OÙ on les tenait renfermés, d'où ils avaient défense de sortir... Ils s'étaient rendus tambour battant dans le jardin de ce palais, où un certain public s'empressa de les fêler, en leur donnant de l'argent et leur procurant toutes sortes de rafraîchissements et de comestibles, jusque vers quatre heures après midi. Alors, désirant se procurer le plaisir de la danse, et ne pouvant le faire dans ce jardin, ils prennent le parti d'aller, également tambour battant, aux Champs-Elysées. Ils emportaient une somme de cent neuf livres qui leur restait de ce qu'on leur avait donné. Arrivés aux Champs-Elysées, dans un grand cercle qu'on forme autour d'eux avec des chaises, ils dansent au son de divers instruments de la musique des rues, avec des filles du monde qui n'avaient pas manqué de les suivre; ils buvaient par intervalles quelques verres de vin, dont ils avaient bonne provision puisqu'ils ne faisaient autre chose que puiser dans des seaux avec leurs verres. Cette scène singulière se termina vers l'heure à laquelle ils étaient obligés de se retirer pour ne point enfreindre les lois de la discipline militaire. Ils remercièrent le public de l'accueil qu'il leur avait fait et du plaisir qu'il leur avait procuré, en priantinstamment tout le monde de vouloir bien ne pas les suivre plus loin que jusqu'au bord de la

rivière^ »

« Dimanche \2 juillet. — On apprend que la veille il y avait eu encore au Palais-Royal un grand concours de militaires, des différents corps appelés dans les environs de la capitale; que nombre de soldats pris de vin avaient été vus aussi dans différents quartiers criant partout : « A bas la calotte ! » que le sieur de Limon, contrôleur général des finances de M. le duc d'Orléans, mal voulu du public pour la conduite qu'il avait tenue dans l'assemblée de son bailliage afin de se faire élire député aux États généraux, se promenant dans le jardin du Palais- Royal avec M. le duc de Fitz-James, et y ayant été reconnu, avait été trop heureux de s'échapper par un passage qu'il connaissait; sans quoi il eût couru risque de sa vie. »

i. DunsV Armée citoyenne, brochure de 4 pages in-8, Bibl.nat., Lb^^ 1935, est raconté ce même incident du 10. On y ajoute que les « rafralcliissements » au Palais-Royal et les danses aux Champs-Elysées furent recommencés le 11 par « des soldats du régiment de Vintiraille entremêlés avec des gardes-françaises». L'un des canonniers déclara : «Depuis les colonels jusqu'aux recrues, nous nous regardons tous comme soldats par métier, et citoyens par devoir. » Ce qui prouve combien est obéi, disait l'auteur de la brochure, « le maréchal d'Imbroglio, gentilhomme de N. S. P. le Pape et généralissime de la banlieue de Paris !» — Le 9 et le 10 {Nouvelles de Paris, affaire de quatre officiers de hussards au Palais-Royal, brochure in-8 de C pages. Bibl. nat., Lb^s) 73oG), la foule hua et chassa, à coups de pierres et à coups de chaise, des officiers qui, après s'être pris de querelle avec un citoyen, étaient revenus la défier.

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