‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 345 sur 549 · LA GARDE BOURGEOISE ET LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LA GARDE BOURGEOISE ET LA COMMUNE

« C'est à la capitale à donner aujourd'hui l'exemple d'un entier dévouement pour la chose publique. Conjurez les Représentants de la Nation de venir au sein d'un peuple éclairé, tout-puissant s'il peut

s'unir avec vous Hâtez-vous de vous occuper des moyens de

reprendre votre garde bourgeoise, dans la crainte que, dans cette heure de silence et de ténèbres, on ne vous surprenne au milieu de vos délibérations. La garde bourgeoise préviendra les troubles intestins, la disette des subsistances, et cet aveugle enthousiasme, qui pourrait

égarer la jeunesse ardente Si vous craignez pour vos personnes,

pour vos femmes, pour vos enfants, ayez la garde bourgeoise! Si vous craignez de voir s'évanouir à jamais les espérances d'une belle Constitution, ayez , la garde bourgeoise! Si vous craignez pour les jours d'un Roi-citoyen, ayez la garde bourgeoise! Si vous craignez le despotisme ministériel, le despotisme parlementaire, le despotisme d'une armée, ayez la garde bourgeoise!

(i Aux armest citoyens, aux armes ! ^ »

L'Assemblée générale des électeurs consacra la fin de sa séance

1. Lorsque Bouneville poussa ce cri dans la salle du Musée le 25 juin, raconte Dusaulx dans VOEuvre des sept jours, l. c, p. 271, un des électeurs lui repondit ; « Jeune homme, il n'est pas encore temps; remettons cette motion à la quinzaine! »

Nicolas de Bonneville, né à Évreux, le 13 mars 1760, mort à Paris, le 9 novembre 1828, s'était déjà fait connaître comme littérateur. Il avait, en 1782, publié des études et traductions en 12 vol. in-8 sur le Nouveau théâtre allemand; en 1783, une Histoire de l'Empire, en 3 vol. in-8. Durant la période électorale de 1789 et jusqu'après la formation de l'Assemblée nationale, il fit paraître une série de dix-huit lettres, réunies sous le titre du Tribun du peuple (in-8, Bibl. du Louvre, 193). Ces lettres n'avaient point de périodicité régulière ; l'auteur se défend de vouloir faire un journal et met ses conci' toyens en défiance contre « les souscriptions à des livraisons périodiques », vu que tout journal est soumis à l'autorisation, à la censure ministérielle, et que « tout homme qui cji publie un » dans ces conditions, ou « tout homme qui l'encourage par souscription, est un mauvais citoyen ». Il se prononce naturellement pour « la liberté indéfinie de la presse » ; il excite « la République des lettres à former à la fois un foyer de lumière et un corps de résistance ». Au moment où Necker est le plus populaire, il lui écrit (p. 38) : « Depuis longtemps je vous observe, je n'ai jamais pu vous aimer. J'avais besoin d'efforts sur moi-même pour me persuader que vous aviez de bonnes intentions. »

Il fit paraître en 1790 la Bouche de fer, en collaboration avec l'abbé Fauchet; en 1791, le Vieux tribun; de 1791 à 1792, un ouvrage historique et philosophique, de l'Esprit des religions; en 1793, un recueil de Poésies, où il y a quelques beaux vers, surtout inspirés de Racine, dont il était le petit-neveu. Incarcéré à la fin de la Terreur, il fut relâché après le 9 thermidor; mais, remis en prison après le 18 Brumaire, pour avoir comparé Bonaparte à Cromwell, il demeura, durant tout l'Empire, sous la surveillance de la police, parce qu'il était resté ardemment fidèle à ses convictions de 1789-1792.

Michelet (Hist. de la Révolution, éd. de 1879, t. Il, p. 230-232), ajustement glorifié « le franc-maçon mystique, ce fol admirable, plein de sens dans les grandes circonstances.» Bonneville ne fut pas seulement le premier promoteur de la garde nationale le 25 juin 1789; il fut aussi, juste à la môme date, deux ans après, le premier révolutionnaire à réclamer, puisque le Roi venait de se dérober à son devoir par la fuite de Varennes, « point de régent, point de dictateur, point de La Fayette; la communauté nationale, le gouvernement national de la République! »

du 10 juillet à la présentation de toutes les motions relatives au « rétablissement de la garde bourgeoise », décida leur annexion au procèsverbal et composa de neuf de ses membres, Agier, Garran de Coulon, Bertolio, Boucher, Carra, Vauvilliers, Fauchet, Bonneville, Bancal des Issarts, un comité chargé « d'aviser au parti le plus convenable et de le proposer le lendemain à l'assemblée convoquée à cet effet ^ ».

Nicolas de Bonneville ^ résuma en ces deux articles la motion du 25 juin :

« 1" Les électeurs de la Ville de Paris voteront une Adresse à l'Assemblée nationale, pour conjurer les représentants du peuple français, s'ils se croyaient jamais obligés de changer le lieu de leurs délibérations, de choisir par préférence la Capitale;

« 2" L'Assemblée nationale sera conjurée de donner sa sanction au vœu formé par les électeurs de la Ville de Paris et par tous les autres électeurs des provinces de France, d'assembler leurs districts pour y voter une somme d'argent nécessaire aux frais d'asile pour les représentants du peuple français et pour rétablir la garde bourgeoise. «

A cette motion il ajouta, en se basant sur le vote de remerciements de l'Assemblée nationale, le 7, et sur la reconnaissance par le Boi luimême « du pouvoir actif des électeurs commettants », la proposition de « présumer, par la force des circonstances et l'intérêt public, le consentement de citoyens qui seuls pouvaient donner (à l'Assemblée générale) le droit de se constituer en commune :

« En conséquence, les électeurs de la Ville de Paris se sont provi- « soirement constitués en Commune.

« Les représentants de la Commune provisoirement élus et consti- « tués déclarent :

« r Qu'ils conservent provisoirement dans leurs emplois, jusqu'à la « prochaine élection de laSaint-Roch,lesanciensofficiersd'un prétendu « Corps municipal ;

« 2° Qu'ils seront invités à la première assemblée de la Commune « pour délibérer avec le Corps électif et municipal;

« 3° Que dimanche prochain, après l'office du soir, tous les dis- « tricts particuliers seront assemblés par les électeurs de la Ville de « Paris, pour choisir un représentant qui sera autorisé par la majorité « des citoyens à se réunir à l'Assemblée générale de la Commune, pour «( y sanctionner et ratifier la Constitution de la Commune;

« Que tous ces nouveaux représentants des districts particuliers,

i. Procès-verbal Bailly-Duveyrier, I, 130-131. 2. Ihid., 132, 152.156.

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