‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 347 sur 549 · Procès-verbal Bailly-Duveyrier · texte numérisé non relu

Procès-verbal Bailly-Duveyrier

portes. Un camp de troupes étrangères est établi au sein de votre ville; tous les environs de Paris et de Versailles sont occupés par des soldats. Jamais, dans aucune autre époque de notre histoire, on ne fit des préparatifs plus formidables, plus alarmants contre la liberté publique; et bientôt il ne vous restera plus que l'alternative affreuse ou de voir les horreurs de la guerre civile ou de subir le joug de l'esclavage le plus honteux.'....

« Et nous, messieurs, honorés de la confiance de nos concitoyens, de nos frères, nous devons remplir notre devoir avec plus de zèle dans ces moments périlleux. Nous devons rechercher le moyen de préserver Paris et Versailles, la France entière, de la guerre civile, de l'anarchie et de l'esclavage.

« Ce moyen est simple, il a été employé avec succès par nos pères. Quelques villes de France en ont conservé la possession et se sont préservées par là de troubles intérieurs.

u Dans un État bien institué, tout citoyen est dans l'obligation de porter les armes pour la défense de la Patrie. Le peuple, dont les mouvements sont irréguliers, incalculables, a une confiance naturelle pour ceux avec lesquels il a des relations Journalières et parmi lesquels il voit ses parents, ses frères et ses amis. Souvent, dans sa marche la plus violente, la plus désordonnée, il est arrêté par un homme grave et respectable, qui se présente à lui avec le front serein de la candeur et les paroles de la douceur et de l'espérance.

« Eh, messieurs, lorsque nous avons essuyé l'année la plus

désastreuse, que les fortunes sont incertaines, que le riche ne fait plus travailler le pauvre, et que le peuple manque de travail et de pain, lui présenter des baïonnettes et des canons, n'est-ce pas jeter de l'huile bouillante sur ses plaies et le réduire au désespoir?

« Quand c'est avec une peine extrême qu'on peut parvenir à assurer la subsistance des habitants de la plus grande ville du royaume, faut-il augmenter la disette et nos alarmes en y appelant une multitude de soldats qui étaient dispersés dans toutes les provinces de France?

* Enfin, messieurs, les troupes étant destinées à garantir l'État des attaques extérieures, n'est-ce pas compromettre la France que de dégarnir ses frontières dans un moment où elle est observée par ses ennemis? On sait que jamais une nation n'est plus faible et n'a plus besoin de jouir des avantages de la paix que lorsqu'elle travaille à sa Constitution politique. Qui pourrait le croire, que cette Constitution désirée par le Roi, demandée par toutes les provinces de France dans leurs Cahiers, a des ennemis intérieurs plus dangereux que les ennemis du dehors »

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