TROUPES ÉTUANGÈKES KT GARDE BOURGEOISE
temps-là on nous les a enlevés. Donc nous avons le droit de les
reprendre dès que nous sommes en mesure pour les reprendre
« Rétablissons-les avec leur garantie naturelle, c'est-à-dire avec la garde et défense de la cité, sans laquelle les droits de la Commune sont nuls et illusoires. Cette garde, confiée à des citoyens qui ne peuvent avoir en vue que le bien et la sûreté de leurs concitoyens, ne fut jamais dangereuse que pour les mauvais citoyens et pour les perturbateurs du repos public. Tirée du sein des familles les plus honnêtes et prise dans les différents quartiers de la ville, elle en imposera partout par sa présence et par une connaissance plus certaine et plus étendue de la conduite de chacun des bourgeois. Armés par leurs concitoyens et dirigés par des principes d'honneur (car c'est un honneur de veiller à la sûreté de ses frères), seraient-ils donc moins respectables et moins respectés que des uniformes rouges et bleus? Pourraient-ils être suspects au gouvernement, quand il s'agit de soulager le gouvernement de ses inquiétudes sur les émotions populaires et de seconder la garde militaire accoutumée? Car il est d'une importance extrême en ce moment et d'une politique très sensible, messieurs, de conserver en même temps nos gardes militaires, connues sous le nom de gardes-françaises et de guet de Paris. Toutes ces gardes, réunies à la nôtre, suffisent pour répondre au Roi des événements, et, aux habitants, de leur
sûreté et liberté Elles sauveront au gouvernement l'embarras de
ces troupes nombreuses, qui environnent et inondent la ville et qui semblent la menacer à la fois de deux fléaux terribles : la guerre et la famine. Que signifie, en effet, tout cet appareil de terreur, ces camps que l'on trace autour de la capitale, ces trains d'artillerie qu'on annonce de toutes parts, ces régiments étrangers qu'on préfère aux régiments nationaux et qu'on fait avancera la hâte autour de nous? Avonsnous levé l'étendard de la révolte? Avons- nous refusé de payer nos contributions? Avons-nous cessé de donner au Monarque toutes les marques de respect, d'amour et de fidélité dont la Nation française est capable? Les habitants des villes et des campagnes ont-ils cessé de travailler et de suer pour fournir aux dépenses de l'État? Que demandons-nous donc aujourd'hui qui ne soit juste? Nous voulons des lois et une Constitution qui nous mettent dorénavant à l'abri, nous et nos
propriétés, des écarts et des désordres du despotisme Nous serions
coupables d'une lâche imprévoyance si nous négligions de concourir à tout ce qui peut ramener l'ordre et la paix et ôter tout prétexte dangereux aux ennemis du Roi et aux nôtres »
Suivent les modèles d'une Déclaration et d'un Arrêté : « L'Assemblée générale des électeurs déclare qu'elle reconnaît en
elle rassemblée réelle et active des communes de Paris, et qu'en cette qualité elle reprend avec justice et s'attribue avec raison les droits qui y
sont relatifs et inhérents
« Elle arrête de régler la garde bourgeoise au nombre de 1,200 hommes seulement, lesquels se relèveront tous les huit jours par 1,200 autres, et qui se prendront dans les 60 districts de la capitale, à 20 personnes par district. Ce nombre est trop peu considérable, sans doute, pour donner aucun ombrage à personne; réuni à la garde militaire accoutumée, il suffira, non seulement pour arrêter toute espèce de désordre, mais pour calmer les esprits »
Charton, fabricant de draps, électeur du district des Uécollets, expose ainsi les motifs de sa motion ^ :
« Dans les circonstances alarmantes où nous nous trouvons, aujourd'hui que la liberté, la fortune et la vie des citoyens sont également menacées, je crois qu'il est de la sagesse de l'assemblée de prévenir, d'avertir nos commettants du danger où se trouve la capitale et des malheurs de tout genre dont elle est à la veille d'être accablée. Oui, messieurs, nous aurions des reproches à nous faire si dans des moments aussi critiques nous gardions le silence. Que signifie, messieurs, cet appareil militaire dont nous n'avons point d'exemple? Que nous annoncent ces camps, ces canons, ces troupes qui couvrent tous les chemins qui conduisent à la capitale et qui arrivent successivement? Plus de /i0,000 hommes sont déjà dedans et autour des murs! Seraient-ce des ennemis étrangers qui auraient déjà franchi les limites qui nous séparent et qui vont porter le feu et la terreur dans nos maisons? Non, messieurs, nous n'avons rien à redouter des puissances étrangères : nos plus cruels ennemis sont dans le sein de notre patrie; ils approchent le trône, ils ont surpris la religion d'un Roi bienfaisant, qui aime véritablement ses peuples. Ces ennemis, dis-je, après nous avoir enlevé la paix et fait ressentir à tous les citoyens les horreurs de la famine, ils veulent nous réduire à l'esclavage par la force des armes ! Il n'y a pas un moment à perdre, messieurs ; peut-être demain cette ville sera-t-elle entièrement investie; on veut détruire notre assemblée^ expulser, dissoudre l'Assemblée nationale dont la France entière attend sa régénération.
« Les privilèges, messieurs, de cette capitale sont violés; elle ne doit point recevoir dans son sein d'autres troupes que celles destinées à la garde du Souverain; et les magistrats, qui doivent veiller pour nous à
i. Procès-Terbal Bailly-Duveyrier, I, 156-160.