‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 371 sur 549 · LA VILLE ET L'ASSEMBLÉE NATIONALE LE 43 JUILLET · texte numérisé non relu

LA VILLE ET L'ASSEMBLÉE NATIONALE LE 43 JUILLET

qui ne soit marqué au coin de la sagesse et de la modération. Faisons tout pour notre sûreté, pour la défense de la cité; nous le devons; il faut du courage, mais il faut que le courage soit conduit. Voilà ce que nos députés de Paris, voilà ce que les députés des provinces, qui ont été touchés de votre situation, nous ont spécialement chargés de vous dire; vous sentez combien il est utile de nous conformer à leurs invitations. ))

Delavigne et Agier racontent enfin ce qu'ils ont vu sur la route. En allant à Versailles, ils ont rencontré des détachements considérables de hussards. La porte de Sèvres était gardée par des suisses qui faisaient des patrouilles dans le bourg. A leur retour, retraversant Sèvres, ils ont rencontré plusieurs voitures dont les cochers et les gens avaient des cocardes ou des rubans verts. Tous les habitants et les promeneurs avaient pris la cocarde verte.

Il était « près de minuit, lorsque Delavigne et Agier se sont retirés suivis de tous ceux qui venaient de les écouter ^ ».

PARIS, LE 13 JUILLET Extrait du journal manuscrit de Hardy 2.

"^' « Ce jour, par continuation de l'affligeante soirée de la veille, dès sept à huit heures du matin, s'annoncent, dans tous les quartiers de la capitale, la fermentation, la rumeur, un esprit d'agitation et d'inquiétude qui n'était que trop bien fondé.

« Vers dix heures du matin, rue Saint-Jacques, en face la rue des Noyers, se fait entendre un tambour qui annonce, de la part des officiers municipaux, qu'on ait à se réunir, à l'instant même, par district, dans les différentes églises, comme on l'a déjà fait au mois d'avril précédent, lors de la convocation pour les États généraux. Bientôt après, ces églises font entendre une seule cloche en forme de tocsin, pour appeler les citoyens de tous les Ordres aux différentes assemblées.

« Celle de l'église et du district des Mathurins, à laquelle mon épouse ne veut jamais me laisser aller, se trouve composée d'environ !iOO votants, présidés par le sieur abbé Bertolio, avocat au Parlement, demeurant rue des Maçons. Après divers débats sur plusieurs avis proposés, on s'en tient à celui d'envoyer k députés à l'Hôtel de Ville, pour demander des instructions à M. le Prévôt des marchands de Flesselles et autres officiers du Bureau, en proposant d'établir sur-le-champ une

i. Procès-verbal Bailly-Duveyrier, I, 250. 2. Loc. cit., f<" 386, 387.

508 L'ASSEiMBLÉE GÉNÉRALE DES ÉLECTEURS.

milice bourgeoise et d'en faire les frais. Plus de 120 particuliers de différents étals ont déjà fait leur soumission et consenti d'être enrégimentés. M. le Prévôt des marchands paraît répoudre à cette députation d'une manière satisfaisante et annonce que la Ville ferait d'abord toutes les dépenses, sauf aux citoyens à l'indemniser ultérieurement par une cotisation quelconque.

« Tandis que les assemblées se tenaient, on ne voyait passer dans les rues que des gens armés de toutes les manières, dont plusieurs même tout déguenillés; ils portaient fusils, baïonnettes, épées, pistolets, bâtons, avec des piques de fer, etc., etc. Et presque tous criaient : Vive le Tiers-État! qui pour le moment semblait devenir le mot de ralliement. Ils avaient arboré la cocarde de rubans verts, sans doute en signe d'espérance, ou bien encore, suivant quelques personnes, par allusion à la couleur de la livrée que portaient les gens de M. Necker.

« Vers la fm de la matinée, on affiche au coin de la rue des Noyers un avis de se réunir à cinq heiires du soir pour aller forcer le château de Bicêtre ; un particulier ose en annoncer effrontément à haute et intelligible voix la résolution déterminée, en s'écriant : Mes amis, à cinq heures ce soir à Bicêtre!

« Les bruyants préparatifs que l'on remarquait de toutes parts ne pouvaient qu'inspirer aux citoyens paisibles les plus vives alarmes. Les soldats du Guet et de la Garde de Paris, ainsi que ceux de la compagnie de Robe-Courte, avaient été désarmés, et, dans la prison du Châtelet, il s'était fait un mouvement qui avait occasionné la mort de quelques prisonniers tués à coups de pistolet par les guichetiers, tandis que plusieurs autres avaient été blessés ; ce qui n'avait pas empêché qu'il ne s'en sauvât plusieurs.

« A onze heures, le concierge de l'hôtel de la Force avait été forcé par le peuple d'ouvrir ses portes et de laisser sortir tous ses prisonniers, hommes et femmes, entre autres le sieur La ïouloubre Lévêque, détenu depuis dix ou douze ans à la requête de la demoiselle Pelouse^; un seul, disait-on, était resté, ne voulant sortir que quand la liberté lui aurait été légalement rendue. On annonçait que les soldats du régiment des gardes françaises avaient refusé de quitter leurs casernes pour aller à Versailles; que le régiment Royal allemand et un autre ré-

1. Pour affaire de falsification de titres. C'était probablement un neveu de Louis Ventre de la Touloubre, généalogiste, jurisconsulte, né en 1706 à Aix, mort le 3 septembre 1767, auteur, sous le pseudonyme d'Artefeuil, d'une Histoire héroïque de la Noblesse de Provence, et père de Montjoie-Christophe-Félix-Louis Ventre de la Touloubre, né à Aix (Provence), le 18 mai 17i6, mort à Paris le 4 avril 1816, le célèbre rédacteur de l'Ami du Roi.

Page 1