IMPRESSIONS D'UN BOURGEOIS LE 13 JUILLET
giment de suisses refusaient également le service contre les sujets du Roi
« Dans Vaprhs-midi, continuent les mêmes mouvements populaires, les mêmes agitations, les mêmes rumeurs. Vers les cinq heures, je vois passer sous mes fenêtres, rue Saint- Jacques, un détachement de la milice bourgeoise du district des Mathurins, déjà formée, qui se rendait par trois hommes de front en bon ordre et fort posément à l'Hôtel de Ville; cette milice avait bonne façon et l'air très honnête... D'autre part, on voit arriver, chez le marchand devin formant l'encoignure des rues des Noyers et Saint-Jacques, un détachement considérable d'autres particuliers armés d'épées, portant la cocarde verte, et qui s'y arrêtent à boire pendant quelque temps, faisant par une fenêtre du premier étage une espèce de drapeau blanc avec un bâton et une serviette, comme pour engager les passants à prendre parti...
« A un peu plus de sept heures du soir, il passe encore rue Saint- Jacques un détachement de milice bourgeoise composé d'environ cent vingt individus^ qui allaient à l'Hôtel de Ville trois par trois et avaient la précaution, pour qu'on ne s'effrayât point davantage sur leur passage, d'avertir que c'était le Tiers-État qui allait à l'Hôtel de Ville. On était étonné de voir qu'un jour qu'on eût dû regarder comme un jour de deuil public, parût en être un de réjouissance, par les acclamations et les rires indécents que l'on ne cessait d'entendre de tous les côtés, de toutes les polissonneries que l'on faisait dans les rues comme si c'eût été un jour de carnaval On apprend au surplus qu'il devait arriver le soir, tard, à l'Hôtel de Ville, une députation de quatre-vingts membres de l'Assemblée nationale pour s'y concerter avec les officiers municipaux sur les moyens d'établir la sûreté dans la capitale et de lui rendre le calme et la tranquillité.
« Il ne restait, disait-on, de l'ancien ministère, que M. le garde des sceaux (de Barentin), et M. de Villedcuil, ministre du département de Paris ; M. de la Luzerne, ministre de la marine, comme 3L le comte de Montmorin, ayant préféré de donner sa démission, plutôt que de consentir à aller demander le portefeuille à M. Necker, qui avait eu ordre du Roi de se retirer en Suisse. M. le Prévôt des marchands et les autres officiers du Bureau de la Ville avaient assuré les électeurs de Paris qu'ils ne désempareraient pas de l'Hôtel de Ville, tant que leur présence y serait nécessaire pour aviser aux moyens de porter remède aux troubles actuels et de procurer le repos public.
{( Vers huit heures du soir, je vois descendre du faubourg Saint- Jacques sept à huit cavaliers du Tiers-État, ayant l'épée nue à la main, suivis d'environ trois cents soldats du régiment des gardes françaises,
grenadiers et autres sous les armes, et tambour battant, commandés par des sergents sous- officiers, suivis d'une multitude considérable
d'insurgents armés de toutes manières Ils allaient, disait-on, à la
place de Grève pour faire honneur à la députation des quatre-vingts députés des États généraux, lorsqu'ils arriveraient de Versailles
Peu après, on voit revenir de :l'Hôtel de Ville le reste de la milice bourgeoise du district des Mathurins. Tout le monde était aux croisées et sur le pas des portes, pour applaudir, par des cris de bravo et des battements de mains, à toutes ces différentes troupes
(( Vers dix heures du soir, la milice bourgeoise commence son service qu'elle continue durant la nuit »
LE COMITÉ PERMANENT DE l'hOTEL DE VILLE Pendant la nuit du 13 au 44 juillet '.
N'ayant pas reçu à cinq heures les armes promises, les « députés de tous les districts témoignent leurs méfiances et leurs soupçons. Quelques-uns même font retentir les mots de perfidie, de trahison. Le Prévôt des marchands répond à toutes les demandes, à tous les reproches, avec une grande tranquillité. »
La livraison des armes est renvoyée à sept heures. Dans l'intervalle sont amenées des caisses étiquetées artillerie, qu'on transporte dans les caves, de peur que la foule ne les pille.
Le Comité permanent envoie quatre de ses membres aux casernes des gardes françaises pour ramener ces soldats en corps et les employer à la distribution des armes et munitions entre les districts.
Duveyrier et Pérignon, électeurs de Saint-Étienne du Mont et de Saint-Eustache, vont aux casernes de l'Estrapade ; Le Coulteux de la Noraye et Ganilh, électeurs de Saint-Leu et Saint-Honoré, aux casernes delà rue Poissonnière et du dépôt.
Les premiers sont très fraternellement reçus ; mais les soldats leur répondent qu'il leur est interdit de passer la rivière et qu'ils se consacrent à la défense des faubourgs Saint-Marceau, Saint-Jacques et Saint-Germain. Au dépôt de la Chaussée-d'Antin, Ganilh ne peut rien obtenir de l'officier de Boisgelin, qui en réfère au duc du Chàtelet. Seul, Le Coulteux ramène les gardes françaises de la rue Verte, en nombre qui paraît suffisant.
On fait ouvrir les caisses Artillerie en présence du colonel des gardes de la Ville, Hay, du marquis de la Salle et des députés de plusieurs districts; et l'on n'y trouve que du vieux linge!
« Un cri général de trahison s'élève contre le Prévôt des marchands, contre les membres du Comité permanent. » Des citoyens prétendent qu'il y a des fusils dans les couvents des Chartreux et des Célestins. Le Comité délivre aux députés de plusieurs districts des « invitations » pour les religieux, afin qu'ils délivrent aux porteurs telle ou
1. Résumé du Procès-verbal Bailly-Duveyrier, t. I, p. 251-271.