‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 373 sur 549 · HOTEL DE VILLE. - NUIT DU 43 AU 14 JUILLET. 5H · texte numérisé non relu

HOTEL DE VILLE. - NUIT DU 43 AU 14 JUILLET. 5H

telle quantité de fusils. Des bons sont fournis pour prendre des cartouches à l'Arsenal. On publie une permission générale « de faire fabriquer des piques, des hallebardes, aux frais de la Ville, de se servir enfin de toutes les armes que chacun pourait se procurer ^ ».

Le lieutenant-colonel de la Salle, chevalier de Saint-Louis, fait observer combien il est urgent de désigner un chef à l'action civique, de choisir « un général, dont le nom, l'expérience et les principes connus inspirent confiance » ; il est loin de se croire capable et digne de la première place ; il n'offre à la Commune que ce qu'il peut off"rir, sa fortune et sa vie. On propose pour le commandement en premier le duc d'Aumont, « dont la présence à l'Assemblée générale vient d'annoncer les sentiments patriotiques ». On défère le commandement en second au marquis de la Salle. Celui-ci accepte et entre sur-le-champ en fonctions.

La compagnie de l'Arquebuse, qui a sauvé les armes du pillage, se vouant à la défense de la cité, le commandant donne au chancelier de cette compagnie, l'électeur Ricard, l'ordre de se porter vers l'hôtel BoulainvilUers pour le préserver de l'incendie dont il est menacé.

La nouvelle puissance municipale, créée pour la circonstance, a, est-il dit au procès-verbal % « réussi, dans ce chaos épouvantable, à mettre l'image de l'ordre et de l'obéissance au milieu du désordre et de l'anarchie, et, toutes les volontés particulières tendant au même but, à la conservation générale, la sûreté individuelle n'a reçu aucune atteinte; la garde bourgeoise s'est formée dans tous les districts; et dès le soir même, les patrouilles se sont faites avec exactitude, les rues ont été illuminées, tous les postes gardés avec surveillance, et toutes les maisons respectées.

« Le Comité permanent, en conformité du règlement de la milice parisienne, avait fait faire un grand nombre de cocardes rouges et bleues; elles ont été distribuées dès le soir même, et les cocardes vertes ont été proscrites avec autant de promptitude qu'elles avaient été adoptées.

« On arrêtait aux barrières, sans aucune exception, toutes les personnes qui voulaient entrer dans la Ville ou en sortir ; on était surtout attentif et défiant sur celles qui venaient de Versailles et qui, par leur état et par leur naissance, étaient censées avoir quelques relations avec les ministres; hommes, femmes, voitures, chevaux, lettres, malles et paquets, tout était amené ou apporté à l'Hôtel de Ville. »

On y conduisit le premier président du Parlement, Bochart de Saron, et M. Le Febvre d'Ammécourt, conseiller de Grand'-Chambre, qui revenaient de Versailles. Ce dernier était suspect d'être désigné comme le successeur de Necker. On fit remonter les deux magistrats dans leur voiture, et l'on recommanda « à la garde bourgeoise de les accompagner avec les égards dus à leur caractère età leurs fonctions ».

1. G. Lecocq, la Prise de la Bastille, p. 22, produit, sous les signatures du premier échevin (Buffault) pour Flesselles, du marquis de La Salle, de Legrand-Saint-René, etc., une décision du Comité permanent autorisant les délégués de Saint-Jean-de-Latran et de Saint-Étienne du Mont « à faire fabriquer la quantité de hallebardes nécessaires pour en pourvoir ceux qui s'offrent, s'en rapportant à leur prudence sur l'usage qu'ils en feront».

5i2 L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES ÉLECTEURS.

i47>n'»H?7, quelques membres du Comité permanent se retiraient pour prendre un peu de repos. De Flesselles ne veut pas sortir de l'Hôtel de Ville, accepte un lit chez le greffier en chef.

Les échevins Buffault et Vergne, les électeurs Legrand de Saint- René et Hion, siègent toute la nuit.

On accourt leur dire que « la Ville est prise, le faubourg Saint- Antoine inondé de 15,000 soldats qui vont dans un instant envahir la place de Grève. Ils répondent que l'Hôtel de Ville trouverait dans son magasin à poudre des moyens prompts et sûrs de faire repentir ceux qui tenteraient de le surprendre et les sinistres messagers se retirent en silence, avec une tranquillité qui démentait assez l'approche du danger qu'ils venaient d'annoncer » \

Plus tard, l'abbé Lefebvre, gardien et distributeur des poudres, rapporte :

« Le peuple ayant saisi sur le port Saint-Nicolas 80 barils de poudre, il les a déposés dans le second bureau du receveur des rentes. A deux heures du matin, il a fait fermer la première porte du magasin, mais une nouvelle foule est survenue, a brisé la porte à coups de haches et de pieux, a tiré sur lui-même un coup de pistolet qui a effleuré ses cheveux. Il est forcé de distribuer de la poudre en sacs et cornets à ce peuple effréné, qui n'en demande qu'en lui présentant des pistolets, des sabres, des piques et autres armes. Cependant, il n'abandonnera pas son poste, le plus dangereux sans doute et le plus important, faisant à la patrie le sacrifice de son existence. »

On réussit à désarmer plus de 150 vagabonds qui, ivres de vin et d'eau-de-vie, s'étaient endormis dans l'intérieur de l'Hôtel de Ville. Plusieurs demandaient du travail; sur l'indication de l'échevin Buffault, on envoie imprimer un arrêté invitant les districts à a annoncer qu'il est ouvert à la Grande Gare un atelier, où tous ceux qui voudront de l'occupation trouveront du travail à raison d'un prix convenu par toise ^ ».

Vers cinq heures du matin, Legrand de Saint-René, au nom du Comité permanent, écrit au duc du Châtelet pour qu'il relève le détachement des gardes françaises occupé à la garde de l'Hôtel de Ville. Le duc répond favorablement, « en attendant les ordres du maréchal de « Broglie, chargé spécialement par le Roi du commandement des « troupes de Paris ». Car, dit-il, il s'agit de « garantir l'Hôtel de Ville « de l'effervescence de la populace, et je dois à la sûreté de Paris de « faire porter des secours dans tous les lieux qui peuvent être menacés « du pillage et de l'incendie ^ ».

1. Dusaulx, p. 287-288, raconte que cette alerte eut lieu à deux heures du matin; que Legrand de Saint-René s'écria : « Non, l'Hôtel de Ville ne sera pas forcé ; je le ferai sauter à temps. » Il fit môme monter six barils de poudre dans la salle voisine, dite de la Petite Audience. « Les malintentionnés pâlirent et se retirèrent au premier baril qui fut apporté. »

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