Procès-verbal Bailly-Duveyrier, t. I, p
LA MILICE PARISIENNE. — SES PREMIERS CHEFS. 517 tifs à la discipline, à la manulentiou et à la direction des armes * »,
L'Assemblée générale des électeurs, convoquée pour huit heures du matin, ne peut se former dans la grande salle, toujours traversée
1. On verra plus loin que, dans cette môme journée du 14 juillet, d'autres chefs étaient préparés pour la milice bourgeoise de Paris subie par la cour de Versailles.
De La Caussidièi'e et Suet d'Ermigny n'ont pas laissé de traces historiques.
Charles GouUard de Saudrais, quelquefois appelé Desaudrais, avait été secrétaire de la légation française à Saint-Pétersbourg, Constantinoplc, Berlin et Londres. Entré dans l'armée, il était devenu colonel du génie. Il n'eut pas le temps de se distinguer dans le commandement en second de la garde nationale, ayant été grièvement blessé d'un coup de sabre sur la tête en sauvant le régisseur des poudres Clouet (voir plus loin, p. 527).
11 lui fut accordé par la Constituante, le 30 septembre 1791, 1000 livres de renie, à titre de récompense nationale. Il présenta, cette môme année 1791, aux comités militaire et de constitution de l'Assemblée nationale, un Plan cV organisation de la force publique dans l'intérieur du royaume. En 1792, il fonda le Lycée des arts (plus tard l'Athénée), où il enseignait l'économie politique, remplissait les fonctions de secrétaire général, et publiait Y Annuaire de la Société.
Quant au commandant en premier, le marquis Adrien-Nicolas de la Salle, né et mort à Paris (1735-1818) il s'était distingué dans la guerre de Sept-Ans, avait acquis les grades de lieutenant-colonel d'infanterie, puis de colonel d'artillerie, et durant la paix s'était fait auteur de proverbes moraux pour l'agrément des princes et princesses, avec lesquels il les jouait. Entraîné, comme il l'a raconté lui-môme, « par des vues patriotiques, dans une fausse spéculation, il avait perdu 000,000 francs, avait vepdu ses terres et payé tous ses créanciers ». Électeur de la Noblesse, au département des Célcstins, puis à l'Assemblée générale, il fut de la minorité qui se prononça pour le vote par tête. Il lit partie de la délégation du « peuple du Palais-Royal » qui alla à Versailles demander la grâce des gardes françaises. Seul militaire dans l'Assemblée générale des électeurs à l'Hôtel de Ville, il obtint naturellement la fonction dangereuse à laquelle se déroba le duc d'Aumont, et s'en acquitta avec intelligence et énergie. Il coopéra à l'investissement de la Bastille, dont les clefs furent remises entre ses mains. La modestie avec laquelle il s'effaça devant La Fayette n'avait fait qu'augmenter pour lui l'estime publique. Le 6 août, un soulèvement populaire contre le transport à Essonnes de 10 milliers de mauvaise poudre de traite, qu'il avait donné ordre de tirer de l'Arsenal, et la terrible explosion, au milieu du tumulte, du bateau qui la contenait, l'exposèrent aux plus terribles soupçons. Pour échapper à la fureur populaire, il fut «. obligé de se constituer prisonnier, et ne sortit de prison qu'après un mois de captivité, lorsque l'Assemblée nationale eut elle-même déclare qu'il n'y avait aucune charge contre lui et aucun motif de prolonger sa détention ». (P. 19 de VExpose des travaux de l'Assemblée générale des représentants de la Commune de Paris, par Godard.) Il fit rédiger, par l'avocat Jullicn, et publia un Mémoire justificatif (in-4" de
12 pages, Bibl. nat., Ln^" 11590), dans lequel toute sa vie avant la Révolution est racontée et où il expose les services qu'il a rendus au 14 juillet. On y trouve la constatation de ce fait que Flesselles s'était dit « assuré de 14,000 fusils d'une part, et de 4000 de l'autre ». Il avait fait imprimer, dès le 14 août, une Lettre à mes concitoyens (in-18 de 6 pages, Ln^'' 11589); il répandit, vers la fin du mois de septembre, une Justification contenant tout ce qui s'était passé sur son affaire à l'Assemblée des représentants de la Commune et la déclaration finale « qu'il avait, dans les temps des plus grands troubles et au milieu des dangers, exposé sa vie pour la chose publique, et avait, par son zèle, acquis des droits à la reconnaissance de tous les citoyens à qui la paix et le bien public sont chers ». Il écrivit encore une Lettre au peuple parisien (In-18 de 12 pages. Ln-" 11592), pour dissiper les calomnies dont était poursuivi, après « cinquante-quatre ans de probité », un homme qui, « si le parti ministériel avait prévalu le 14 juillet, eût porté sa tête sur l'échafaud ». En 1790, il rédigeait un 31émoire sur le corps d'artillerie qu'il convient de former pour la Ville de Paris (23 p. in-8», Bibl. nat., Lf'»» 121). Enfin, le 14 décembre
par des foules nouvelles. Du reste on a pris l'habitude « d'exiger toutes les résolutions du Comité permanent, auquel le président Moreau de Saint-Méry a pris le parti de passer lui-même ^ ».
Les directeurs et le caissier des caisses de secours de Poissy et de Sceaux demandent qu'il soit donné ordre à la Caisse d'escompte de leur remettre 150,000 livres en espèces, contre billets de la même caisse, afin de pourvoir h l'approvisionnement de Paris durant la semaine. Les membres présents du Comité permanent signent l'ordre demandé.
Sur recommandation du marquis de la Salle, le Comité autorise l'électeur Soulès à lever une compagnie de cavalerie de cent à deux cents jeunes gens choisis.
Le commandant général, « rendant compte des mesures déjà prises pour la défense publique », se loue du zèle de la compagnie de l'Arquebuse, pour laquelle il obtient une commission particulière. Il lui a commandé « de se répandre dans tous les endroits de la ville où sa présence sera nécessaire, et d'y porter les secours que la prudence lui dictera ».
Le marquis de la Salle insiste sur la nécessité, « pour le maintien de l'ordre et la rapidité de l'exécution, d'établir une correspondance prompte et certaine entre l'Hôtel de Ville et les districts.
Le Comité permanent fait faire la proclamation suivante :
« Les différents districts continueront de s'assembler en armes dans l'église où ils se sont formés; et tous les matins ils enverront d'ordonnance six hommes armés à l'Hôtel de Ville. Tous les ordres seront envoyés aux districts par un de ces hommes d'ordonnance. »
Des citoyens armés ont saisi deux chariots des écuries du Pioi, chargés d'avoine, et une voiture du prince de Conti, contenant deux officiers du prince. H les amènent au Comité permanent. Les officiers déclarent qu'ils « allaient à leurs campagnes ». On les invite à « différer leur voyage »; ordre est donné de les laisser retourner chez eux.
Les papiers et lettres saisis, qu'on ne peut lire, sont déposés au greffe de la Ville.
Sans cesse « au milieu d'un désordre croissant », se renouvellent des demandes, des murmures et des menaces relatives aux armes promises la veille ».
Depuis sept heures du matin, on délivrait « à tous ceux qui voulaient s'^n contenter, des ordres pour établir des patrouilles et des
de la même année, il adressait, imprimée (2 p. in-4o, Ln^"? 11596), une pétition au Conseil général à l'Hôtel de Ville, rappelant que, depuis sa justification, il restait « sans place et sans fortune », et, à défaut du commandement de l'artillerie de la garde nationale, qui n'était pas formée, réclamait, par exemple, d'être mis à la tête des chasseurs chargés d'assurer le service des barrières. Il n'obtint qu'en 1794 la liquidation d'une pension militaire au grade de maréchal de camp. Tombé en démence, il fut enfermé à Charenton.