L'ENLÈVEMENT DES ARMES AUX INVALIDES
corps (le garde dans les quartiers les moins surveillés, et pour faire fabriquer sur-le-champ des armes aux frais de la Ville. »
Il est délivré de ces ordres au premier électeur du district de la Madeleine, de Trainel, Lemasle; à'Gorneau, dudistrictde Saint-Merry; à Damoye, électeur et président du district de Sainte-Marguerite, et à mille autres, avec promesse de faire rembourser sur la Caisse municipale les armes qui seraient fabriquées.
Un citoyen insiste sur ce qu'on devrait faire arriver les fusils et les baïonnettes, que le gouverneur des Invalides a offert de livrer. Un membre du Comité répond que, dès sept heures du matin, le procureur du Roi et de la Ville a reçu une mission à cet effet, et qu'on attend incessamment le retour d'Éthis de Corny.
Néanmoins le Comité est sur-le-champ obligé de faire donner par le commandant général une invitation pressante qu'un citoyen, Dunos, se charge de porter :
« M. le Gouverneur des Invalides, qui a bien touIu offrir des armes aux citoyens de Paris, est instamment prié, de la part du Comité, de les remettre aux ordres de M. le marquis de la Salle. »
Le procureur au Chàtelet Chignard, membre du Comité, est chargé d'aller porter une autre autorisation de prendre les armes des Invalides à la basoche du Palais, qui était assemblée sur le pont au Change, attendant avec impatience les armes qui lui avaient été promises par l'Hôtel de Ville.
Deux électeurs du district de Saint-André-des-Arcs, Pons de Verdun et Joly, avocats au Parlement, présentent le prieur et le procureur général des Chartreux « épouvantés du spectacle qu'offrait la place de l'Hôtel de Ville, ne pouvant proférer un seul mot, se soutenant à peine ».
Joly, tenant un papier à la main, s'adresse au Prévôt des marchands :
« Voilà, messieurs, l'ordre que vous avez donné hier au district de Saint-André-des-Arcs pour l'autoriser à aller prendre des fusils aux
Chartreux Nous nous y sommes transportés ce matin, M. Pons et
moi, avec cinquante hommes. Nous avons sommé M. le prieur et M. le procureur général de nous délivrer à l'instant les armes demandées, en leur observant que votre ordre ne permettait pas de douter de l'existence des armes. Ils nous ont répondu qu'ils étaient fort étonnés de ces ordres donnés à plusieurs districts; qu'ils n'avaient jamais eu aucune arme dans leur maison; que ces ordres cependant les exposaient au plus grand danger, en répandant dans la capitale le faux bruit que leur couvent recelait un magasin d'armes; que depuis douze heures le couvent était rempli d'une foule prodigieuse de personnes qui se succédaient sans aucune interruption, et qui toutes, disaient-elles, venaient chercher les armes cachées; que la plus grande surveillance et le secours de tous les bons citoyens avaient à peine suffi, jusqu'à présent pour les garantir du pillage ; que des recherches mille fois ré-
pelées, et par plus de vingt patrouilles différentes, devaient assurer iDien certainement qu'il n'existait pas un seul fusil dans le couvent des Chartreux.
<( Sur cette déclaration, nous les avons engagés à nous accompagner à l'Hôtel de Ville, et les voilà. Voulez-vous bien, monsieur, nous expliquer ce mystère. »
M. le Prévôt des marchands donne quelques signes d'embarras et d'hésitation; puis il répond : Je me suis trompé fai été trompe.
« Après des observations assez vives sur le danger manifeste d'une telle erreur, MM. Joly et Pons de Verdun demandent à M. le Prévôt des marchands sa réponse par écrit, nécessaire à eux-mêmes, pour rendre compte à leur district de la mission dont ils ont été chargés, mais plus nécessaire encore aux Chartreux, pour les garantir de la fureur du peuple trompé, qui veut les forcer à donner des armes qu'ils n'ont pas.
« Alors M. le Prévôt des marchands leur donne un écrit daté, signé de lui, et conçu en ces termes : Les Chartreux ayant déclaré qu'Us n'' avaient aucunes armes, le Comité révoque l'ordre qu'il a donné hier.
« Cet incident ne fait qu'augmenter la fureur et l'impatience de tous ceux qui, depuis près de vingt-quatre heures, demandaient en vain des armes. »
Au même instant, était encore — par « un homme en habit bleu, orné de brandebourgs en or, botté, couvert de poussière et de sueur » — répétée la fausse nouvelle de l'invasion du faubourg Saint-Antoine par les dragons et les hussards.
Entre dix et onze heures, Éthis de Corny revient des Invalides et rapporte :
« Introduit chez le gouverneur de cet hôtel, il lui a fait part de l'objet de sa mission, et M. de Sombreuil a répondu qu'il avait été prévenu des la veille des intentions qui lui étaient confirmées par cette demande; que, n'étant que dépositaire et gardien de ces armes, il avait cru devoir, pour se mettre en régie, envoyer un courrier à Versailles et demander des ordres ; qu'il désirait que l'on voulût bien attendre la réponse qu'il attendait luimême; qu'il répétait au surplus les protestations les plus sincères d'attachement, de déférence et d'amitié tant pour l'Hôtel de Ville, que pour tous les citoyens de la capitale. »
Le procureur du Roi et de la Ville avait communiqué cette réponse du gouverneur aux citoyens déjà rassemblés en dehors de la grille et les avait sans trop de peine décidés à attendre une demi-heure, trois quarts d'heure, le retour du courrier. M. de Sombreuil avait fait ouvrir la grille, était venu répéter lui-même, « avec la loyauté et la candeur d'un ancien militaire, les observations qu'il avait faites et le désir qu'il avait que le délai demandé jusqu'au retour du courrier fût accordé.»
« Dans ce moment, un seul des citoyens rassemblés s'est élevé contre le danger de toute espèce de retard, quelque court qu'il puisse être, en disant que les préparatifs hostiles qui environnaient la capitale, ne permettaient pas le moindre délai La détermination est
devenue générale, l'exécution aussi rapide que le projet.