‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 378 sur 549 · L'ENLÈVEMENT DES ARMES AUX INVALIDES · texte numérisé non relu

L'ENLÈVEMENT DES ARMES AUX INVALIDES

« La multitude s'est précipitée dans les fossés, s'est répandue dans toutes les parties de l'Hôtel, est parvenue jusqu'aux endroits les plus reculés ; elle est occupée à chercher et à enlever les armes ; les sentinelles ont été désarmées; j'ai donné moi-même les chevaux de ma voiture pour traîner un canon; tous les chevaux qu'on a pu trouver ont été de même attelés aux autres canons; on amène en ce moment plusieurs canons de l'Hôtel des Invalides. »

Le Comité permanent se hâte « d'inviter le Bureau militaire à donner les ordres nécessaires pour la conservation et le bon usage des canons qu'on conduit à l'Hôtel de Ville, et pour prévenir, autant qu'il serait possible, l'abus de cette immensité de fusils dispersés en des mains inconnues et inexpérimentées K »

Deux très jeunes officiers aux gardes françaises introduits devant le Comité produisent ce billet sans signature : u Les deux compagnies

de la caserne viendront à onze heures précises se mettre en bataille

devant l'Hôtel de Ville. »

Le président, de Flesselles, voudrait savoir de qui ils ont reçu le billet. « Étonnés et embarrassés, ils répondent qu'ils croyaient que le billet leur avait été envoyé de l'Hôtel de Ville. »

On leur demande de déclarer s'ils sont résolus à « prêter serment au Comité permanent de n'obéir qu'à ses ordres ».

Ils répondent qu'ils sont bons citoyens, et prêts à répandre leur sang pour la Patrie, mais qu'ils ont des chefs, aux ordres desquels ils peuvent seuls obéir.

Le Comité permanent arrête que « les deux compagnies déjà sous les armes aux environs de la place, pourraient se mettre en bataille devant l'Hôtel de Ville; que cependant les deux officiers présents feraient en sorte d'être instruits sur-le-champ des intentions de leurs chefs; et que si, dans une demi-heure, ils n'avaient pas obtenu l'entière liberté d'exécuter tous les ordres qui seraient donnés par la Commune et de n'obéir qu'à elle, les deux compagnies seraient tenues de se retirer. »

Un instant après, une foule effrayée se précipite dans l'Hôtel de Ville, disant que les hussards arrivaient par le faubourg Saint-Antoine. Les deux officiers sont invités de se porter avec leurs compagnies au devant des hussards Ils refusent, prétextant qu'ils n'a paient

pas reçu de leurs supérieurs les ordres nécessaires. Les soldats déclarent qu'ils sont prêts à marcher pour repousser les hussards, si ceux-ci se permettaient d'attaquer les citoyens. Le Comité permanent charge M. de Rhulières, commandant de la garde de Paris, de se mettre

1. Le procès-verbal du district du Petit-Saint-Antoine (Lecocq, La prise de la Bastille, p. 23 et 39), écrit de la main du futur ministre Champion de Villeneuve, pour la majeure partie de la journée du 14 juillet, constate que Flesselles empêcha jusqu'au bout la distribution des armes à feu, et que les distributions de fusils et de munitions furent organisées aussitôt que Moreau de Saint-Mérj' fut le maître d'agir en qualité de président des électeurs. Avant l'enlèvement des armes des Invalides, jusqu'à onze heures du matin, il n'y avait dans le district que des armes blanches.

avec quelques cavaliers à la tête des deux compagnies de gardes

françaises. Il part sur-le-champ et revient peu après L'alarme

était fausse, les hussards n'avaient pas paru dans le faubourg Saint- Antoine.

Le vieux libraire Hardy, de sa maison de la rue Saint-Jacques, d'où sa femme continue de l'empêcher de sortir, raconte ainsi dans son journal manuscrit * la matinée du U juillet :

« Avant sept heures du matin, on entend le tocsin de plusieurs églises, entre autres de Saint-Sulpice et des Mathurins, qui invite les citoyens à se rendre, comme la veille, aux assemblées des districts. Je vois passer sous mes fenêtres un détachement de la milice bourgeoise joint à un nombre de soldats en uniforme, mais sans fusils. Un jeune homme à cheval marchait en tête, faisait ouvrir les boutiques, détournait les polissons de suivre et les renvoyait à leur travail On

entendait dire que l'expédition des barrières des environs de Paris, dont on avait conjuré la ruine et qui avait commencé la veille, se continuait par le faubourg Saint-Jacques, et que les Fermiers généraux les

avaient fait évacuer pour ne pas exposer leurs employés On gardait

soigneusement toutes les maisons religieuses, pour empêcher qu'il n'y fût fait des incursions, et commis des violences; la milice bourgeoise était chargée de cette garde. On commençait à changer les cocardes de couleur, en faisant succéder le rose, le bleu et le blanc à la couleur verte qui était celle de la livrée de Monseigneur comte d'Artois, frère du Roi. Les patrouilles delà milice bourgeoise arrêtaient et visitaient toutes les voitures, carrosses et autres, probablement pour de bonnes raisons

« Vers un peu plus de onze heures du matin, il s'en vient une nouvelle alerte par deux ou trois soldats du régiment des gardes françaises qui passent sous nos fenêtres rue Saint-Jacques, en courant pour rejoindre leur caserne, et en criant aux armes! ce qui ranime l'agitation, les craintes et détermine comme la veille la fermeture des boutiques »

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