‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 380 sur 549 · ACCUSATIONS CONTRE FLESSELLES · texte numérisé non relu

ACCUSATIONS CONTRE FLESSELLES

Bastille un particulier qui a dit être député par le district de Saint- Louis-la-Culture.

« Ils n'ont pas pu se rendre aussitôt à l'Hôtel de Ville, parce qu'ils ont été séparés par la foule sortant de la Bastille, et que l'un d'eux, M. Bellon, a été longtemps maltraité et retenu par le peuple qui s'acharnait à le prendre pour un espion. »

Le Comité permanent ordonne de faire immédiatement la proclamation déjà décidée. Sur le perron de l'Hôtel de Ville, descendent le procureur du Roi et de la Ville Éthisde Gorny, les électeurs Boucher et Thuriot de la Rosière. Le trompette de la Ville allait sonner, lorsqu'on entend un coup de canon tiré du côté de la Bastille, et l'on voit une foule prodigieuse se précipiter dans la place de Grève, criant à la perfidie, à la trahison!

Deux blessés sont apportés, dont un soldat aux gardes françaises expirant sur un cadre. On dit qu'il y en a quinze à vingt déposés dans des maisons de la rue de la Cerisaye. On raconte que « de Launey a fait baisser le premier pont de sa forteresse, pour engager le peuple à s'en approcher, que le peuple s'est livré à cette marque de confiance, qu'il a essuyé aussitôt une décharge de toute la mousqueterie. » Le défaut d'armes et de munitions, ou plutôt l'impossibilité d'en fournir, « malgré les vaines promesses de la veille, portaient dans tous les esprits une telle fermentation, qu'on s'attendaità chaque instant à quelque violence eiïrayante. »

Pendant que le bureau militaire donnait ses ordres et que délibérait le Comité permanent, surviennent, « avec une foule extraordinaire, deux députés du Palais-Royal.

« L'un de ces deux particuliers, dont le maintien n'annonçait pas la modération, dit du ton le plus haut et le plus emporté, qu'ils étaient envoyés par les citoyens assemblés au Palais-Royal, pour dénoncer M. de Flesselles comme traître à la patrie; que, depuis plus de vingt quatre heures, il trompait ses concitoyens par de fausses promesses d'armes et de munitions, qu'il retardait toujours à fournir, sous les plus vains prétextes, pour livrer la Ville à ses ennemis ; qu'il était en relations avec les principaux aristocrates; qu'il avait surtout des intelligences intimes avec le prince de Conti ; qu'il fallait enfin que M. de Flesselles vînt au Palais-Royal expliquer et justifier sa conduite.

« M. de Flesselles a répondu avec une fermeté tranquille « que sa « conscience est pure, qu'il a rempli son devoir, qu'il ne demande pas « mieux que d'éclairer sa conduite aux yeux de ses concitoyens ; que « l'accusation relative à son intimité prétendue avec le prince de Conti « est une insigne fausseté ; qu'il n'a vu ce prince que deux fois en sa « vie, encore dans des circonstances fortuites; qu'il ne lui a jamais M écrit, et qu'il n'a jamais reçu une seule lettre de lui. »

« Un membre du Comité permanent a pris la parole, et il s'est exprimé avec beaucoup de force et d'énergie sur le crime et les dangers d'une accusation capitale, qui n'avait pour tout fondement que des

suppositions, des inductions, des conséquences fausses d'un fait dont tous les incidents ne pouvaient être parfaitement connus de la multitude.

« Il a dit que, depuis le moment où M. de Flesselles était monté à l'Hôtel de Ville, depuis le moment où il avait été confirmé dans la place de premier administrateur municipal par le peuple lui-même, il n'avait donné que des preuves de fidélité, de zèle et de patriotisme; qu'il n'était pas sorti un seul instant de l'Hôtel de Ville; qu'excepté dans les heures de la nuit, données au repos le plus nécessaire, il n'avait pas cessé de travailler avec les membres du Comité, de donner, sous les yeux tantôt des uns et tantôt des autres, tous les ordres nécessaires à la défense de la Ville, contre les troupes dont elle est environnée; qu'en cet état il était bien difficile de concevoir comment M. de Flesselles aurait entretenu, sans que personne s'en aperçût, des intelligences contraires au salut public.

(( Ces raisons, ajoute le procès-verbal, faisaient assez d'impression sur tous ceux qui étaient à portée de les entendre, même sur les prétendus députés du Palais-Royal »

On décida d'envoyer au gouverneur de la Bastille une nouvelle députation composée du président des électeurs, Delavigne, de Chignard et de l'abbé Fauchet, auxquels se joignit volontairement un député suppléant des communes de Bretagne, Le Deist de Bontidoux, avec cette commission :

ARRÊTÉ

« Le Comité permanent de la milice parisienne, considérant qu'il ne doit y avoir à Paris aucune force militaire qui ne soit sous la main de la Ville, charge les députés qu'il adresse à M. le marquis de Launey, commandant de la Bastille, de lui demander s'il est disposé à recevoir dans cette place les troupes de la milice parisienne, qui la garderont de concert avec les troupes qui s'y trouvent actuellement, et qui seront aux ordres de la Ville.

« Fait à V Hôtel de Ville, le U juillet 1789.

« Signé à l'original : Flesselles, Prévôt des marchands, et présisident da Comité;

Delavig.ne, président des électeurs;

MoREAu DE Saint-Méry, présidcut des électeurs;

Legrand DE Saint- René, le marquis de la Salle, DeLeutre, Boucher, Perignon, Bancal DES Issards, Hion, Chignabd, Fadchet, membres du Comité. »

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