‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 381 sur 549 · ACCUSATIONS CONTRE FLESSELLES · texte numérisé non relu

ACCUSATIONS CONTRE FLESSELLES

Le bureau de police, où se tenaient Péchevin Sageret et le secrétaire Duveyrier, est envahi par une foule armée traînant trois invalides dont elle demande la mort. Le plus vieux explique « qu'il était sans armes, sortant d'un cabaret où il était allé chercher une bouteille de vin pour lui et ses camarades ».

Il est décidé que les invalides seront retenus en prison, en attendant l'effet de la sommation adressée au gouverneur de la Bastille. Ceux qui les ont amenés « promettent que, si la Bastille se rend, ils feront grâce aux prisonniers ».

Le régisseur des poudres et salpêtres, Clouet, en costume de son emploi, a été pris pour M. de Launey. Il serait mis à mort sur la place de l'Hôtel-de-Ville, sans l'intervention du commandant en second, le chevalier de Saudray, qui est grièvement blessé d'un coup de sabre à la tête, et du commandant général, le marquis de la Salle, qui parvient à démontrer à la foule son erreur.

Les bandes refoulées de la rue Saint-Antoine par le feu de la Bastille, « crient qu'il faut s'emparer de cette forteresse, comme si la conquête n'eût dépendu que d'un arrêté du Comité permanent ». C'est « avec

des transports de rage qu'elles demandent toujours des armes des

armes que l'Hôtel de Ville avait promises et qu'il n'avait pas ! »

Un officier, envoyé par le gouverneur des Invalides, où il n'y a plus d'armes, vient réclamer des secours, « l'Hôtel étant menacé de pillage et d'incendie par une foule de cent mille âmes qui l'assiège. »

En attendant le retour de la seconde députation envoyée à la Bastille, et pour diminuer, s'il est possible, le désordre des saisies dont l'accumulation continue sur la place de Grève, le Comité permanent prend et fait afficher cet

ARRÊTÉ

« Le Comité permanent invite instamment tous les citoyens des districts de laisser un libre cours à la communication de toutes les voitures dans Paris.

« Il sera incessamment établi à toutes les barrières des escouades pour veiller à ce qu'il ne sorte de la capitale aucuns vivres et munitions de guerre, quelle qu'en soit la nature. »

Les districts réclamant sans cesse des munitions, l'électeur Francotay demande à Flesselles, « pourquoi il refusait de la poudre et des armes aux soldats-citoyens qui en avaient un si grand besoin ». Le Prévôt des marchands « lui dit de se taire » ; il réplique : « Je ne me tairai point ; le temps presse, et l'on massacre nos frères à la Bastille. J'ai rencontré dans l'escalier un jeune homme qui a eu le bras cassé devant cette forteresse et qui pleurait la mort de son camarade tué à ses cotés ^ »

1. C'est probablement à ce moment que fut délivré, pour la dernière fois sous la signature de Flesselles avec celles de l'électeur Legrand-Saint-René, de l'échevin Vergne

Le Comité permanent décide d'envoyer une troisième députation à la Bastille, sous forme « de parlementaires, avec un tambour et un drapeau. » Le président de Flesselles désigne lui-même Francolay pour en faire partie avec Éthis de Corny et a les autres citoyens qui veulent bien les accompagner : de Milly, Beaubourg, Piquod de Sainte-Honorine, Boucheron, Gonstans, Joannon et Fils. »

u Ces députés sont chargés d'engager tous ceux qui environnent « la Bastille à se retirer dans leurs districts respectifs, afin d'y rece- « voir promptement leur admission dans la milice parisienne; de rap- « peler à M. de Launey la parole qu'il a donnée à M. Thuriot de la « Bosière et à MM. Bellon, Billefod et Chaton; de lui rappeler com- « bien il est important de ne pas exciter l'animosité du peuple et « d'épargner la vie des citoyens; de le sommer enfin de cesser toute « hostilité, et de recevoir les défenseurs de la Ville à la garde et dans « l'intérieur de la forteresse. »

La députation part sur-le-champ, Joannon portant le drapeau, avec un tambour des gardes françaises.

On amène un courrier à la livrée de la reine, porteur de lettres pour M. de Sombreuil. Le courrier est renvoyé, mais les lettres sont retenues par le Comité.

De Leutre, électeur, est chargé d'aller calmer la foule qui menace l'Hôtel des Invalides. Il part avec douze citoyens armés, deux gardes de Ville et deux chevaliers du guet.

La seconde députation envoyée à de Launey revient enfin et fait faire son rapport par Delavigne :

« Arrivés à cent pas de la Bastille par la cour de l'Orme, nous

avons aperçu sur les tours du fort les soldats delà garnison qui paraissaient tirer dans la rue Saint-Antoine; et, dans la cour où nous étions, nous avons aussi entendu des coups qui partaient d'en bas, et que nous avons présumés être tirés par des citoyens sur la garnison ; en

sorte que la garnison et les citoyens se fusillaient réciproquement

Nous avons fait plusieurs signaux tant avec la main qu'avec nos mouchoirs, en forme de pavillon blanc... Le feu n'a pas cessé. Mais nous avons cru devoir aller nous présenter à la porte du fort, pour demander l'entrée, en nous faisant connaître. Cependant en approchant de la Bastille, toujours par la même cour, nous avons aperçu, sous la voûte qui conduit à la rue Saint-Antoine, un grand nombre de citoyens armés, qui, en s'avançant de temps à autre, tiraient sur la garnison, quoiqu'elle fît un feu presque continuel sur l'endroit où ces citoyens se plaçaient; et, ces citoyens nous ayant fait signe de nous retirer, nous

et du commandant en second de la Milice parisienne, l'ordre du Comité permanent, cité dans Y Inventaire de la collection Fillon, par Etienne Charavay, 1. 1, p. 122 :

« Payer, à raison de 12 liv. l'un, 400 sabres offerts par la veuve Bertrand; en déposer 200 dans les magasins de la Ville, répartir les autres entre les (paroisses) de Notre-Dame, Saint-Pierre-aux-Bœufs et Sainte-Marine. »

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