Procès-verbal Bailly-Duveyrier, I, p
LA. MORT DU PRÉVÔT DES MARCHANDS. ;i37
u Les premiers mots qu'il a pu prononcer et faire entendre ont été ceux-ci : « Puisque je suis suspect à mes concitoyens, il est indispen- « sable que je me relire. »
« Et en même temps il a fait un mouvement pour descendre de l'estrade où il était placé.
« Plusieurs personnes se sont mises au-devant pour l'arrêter, l'assurant qu'il n'était suspect à personne et qu'il fallait s'affecter un peu moins de tout ce qu'il entendait. M. de Flesselles n'est point descendu de l'estrade.
« M. De la Poize, électeur \ élevant la voix, lui a dit : « Vous serez « responsable, monsieur, des malheurs qui vont arriver. Vous n'avez « pas encore donné les clefs du magasin de la Ville, où sont ses armes, « et surtout ses canons. »
« M. de Flesselles, sans mot dire, a tiré des clefs de sa poche et les a présentées à M. De la Poize, qui lui-même les a remises à un autre électeur*.
« Alors quelques personnes, se pressant autour du bureau, ont interpellé plus directement M. de Flesselles en lui disant, les uns, qu'il fallait se saisir de lui et le garder comme otage; les autres, qu'il allait être conduit en prison au Ghûtelet; les autres, qu'il fallait venir au Palais-Royal pour y être jugé.
« Ce dernier vœu est devenu le vœu général, et l'on a crié de toutes paris : Au Palais-Royal! Au Palais-Royal!
« M. de Flesselles a répondu simplement : « Eh bien, messieurs, « allons au Palais-Royal! »
« En proférant ces mots il est descendu de l'estrade, il a traversé la salle, il est sorti, la multitude se pressant autour de lui et sur ses pas, mais sans lui faire aucune violence »
Quelques instants après on apprenait dans la Grande Salle de l'Hôtel de Ville, où les électeurs venaient de rentrer en séance, que le Prévôt des marchands « avait traversé la place de Grève sans éprouver aucun mauvais traitement; mais qu'au coin du quai Pelletier un coup de pistolet, parti d'une main inconnue, l'avait frappé à la tête et étendu sur la place ^ ».
DANS LA SOIRÉE ET LA NUIT DU lA JUILLET *
Au moment de la sortie de Flesselles, avait été brisée la clôture en planches qui séparait le public de l'Assemblée. Les électeurs, qui
1. Du district de Saint-Jacques-l'Hôpital, architecte. Il avait peu auparavant «déployé une prodigieuse activité pour sauver les prisonniers de la lanterne ». (DusauLx, 303.)
2. « Ce fait a été contredit par plusieurs électeurs, mais l'Assemblée n'a pas décidé qu'il serait supprimé. » — {Note du Procès-verbal.)
3. P. 3C4 du Procès-verbal. — Dusaulx, qui avait défendu le Prévôt contre les fureurs de la foule, écrit dans VOEuvre des sept jours, p. 302 : « Mais est-on sih" qu'avant de l'immoler on lui ait présenté une lettre écrite de sa propre main et qui contenait la preuve évidente de la plus noire perfidie? On nous l'a dit, on le répète encore; ce qui ne suffît pas pour l'affirmer. »