‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 390 sur 549 · LA MORT DU PRÉVÔT DES MARCHANDS · texte numérisé non relu

LA MORT DU PRÉVÔT DES MARCHANDS

qui restaient dans la forteresse et qu'elles sont dans le dépôt confié à l'abbé Lefebvre, qui continue les distributions.

De Leutre, vers neuf heures du soir, rend compte de sa mission aux Invalides, d'où « la multitude s'est retirée contente et paisible », après avoir, sur sa proposition, fait vérifier qu'il n'y a plus rien dans les caves de l'Hôtel, depuis qu'on y a enlevé les canons et 30 000 fusils. Un officier invalide, de Montfort, remercie, au nom du marquis de Sombreuil, le Comité permanent « des soins qu'il a pris pour la conservation et la tranquillité de l'Hôtel des Invalides. »

La permanence, « durant cette nuit mémorable, où seul, au milieu de Paris, un électeur avait le droit de commander et d'être obéi », était tenue par quelques électeurs se succédant les uns aux autres, sous la présidence de Moreau de Saint-Méry^ secondé par le «vainqueur Élie ». Plus de trois mille ordres furent donnés pour saisies et distribution d'armes, ainsi que pour précautions de défense.

Le district de l'Oratoire, qui, par 200 hommes de sa milice et 30 soldats des gardes françaises, des régiments deVintimille et de Provence, que commandait l'avocat Legros de Rumigny, a coopéré à l'enlèvement des canons des Invalides, puis à la prise de la Bastille, vint présenter le procès- verbal de ses actes. Il avait délivré un prisonnier « d'une figure imposante, nommé Solages, marquis de Carmond, gentilhomme du Languedoc, qui avait langui quatorze ans dans les prisons de Pierre- Encise, de Vincennes et de la Bastille », puis l'avait déposé à l'hôtel de Rouen « pour y être logé, habillé et nourri à ses dépens, jusqu'au moment où sa famille le réclamerait ».

On amena, plus tard dans la nuit, un autre prisonnier de la Bastille, « remarquable par une longue barbe et qui se disait major de rimmensilé. » On arrêta de « le faire conduire à Gharenton, pour y être traité avec humanité. » Il fut réclamé, le 19, au nom du duc d'Orléans, par l'un de ses gardes, de la Chaise, qui, après l'avoir retiré de l'hospice, dut l'y faire réintégrer vingt-quatre heures après-.

L'électeur Soulès, rapportant qu'il a enrôlé quarante hommes dans sa compagnie de cavalerie ^ réclame une commission nouvelle, celle signée de Flesselles n'inspirant que de la défiance depuis la mort du signataire et d'après a les motifs de cette mort tels qu'ils sont publiés. » Sur sa demande, « si la Bastille était en sûreté », le marquis de la Salle dit qu'elle avait pour garnison cent cinquante gardes françaises et quelques citoyens commandés par des sergents, et lui délivre l'ordre « de s'y rendre avec cent hommes de son district, d'occuper le poste avec les gardes françaises y étant déjà et d'en prendre le gouvernement jusqu'à nouvel ordre. »

A deux reprises, vers onze heures du soir, puis vers une heure du matin, de vives alarmes étaient transmises à l'Hôtel de Ville. L'électeur

i. Dusaulx (OEuvre des sept jours, p. 305) glorifie Moreau de Saint-Méry, « ce Français américain dont le sang-froid redoublait dans les alarmes, immobile comme un roc battu de la tempête ».

2. Procès-verbal Duveyrier, t. I", p. 376, 380; t. II, p. 190, 211. Le second de ces prisonniers s'appelait le comte VVhyte de Solages. Voir plus loin, ch. XXI.

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