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De Leutre était envoyé dans les quartiers avoisinant le bois de Boulogne, d'où l'on annonçait la marcliede 15 000 soldats. Il trouvait, du côté de la barrière de Glichy, « les hommes, les femmes, les enfants occupés à dépaver les rues et à préparer tous les moyens de repousser ou arrêter l'ennemi. » Comme on annonçait, aussi faussement, des marches de troupes sur les faubourgs Saint-Denis, Saint-Martin et Saint-Marceau, les cinq canons gardés sur la place de Grève y étaient expédiés. La distribution des poudres, sous la direction de l'abbé Lefebvre, ne discontinuait pas, et elle se faisait de la manière la plus dangereuse, « à la chandelle ».
Une députation des grenadiers du régiment des gardes françaises exposa qu'ils « ne voulaient plus retourner à leurs casernes, craignant d'y être victimes de mille embûches ». Moreau de Saint-Méry ordonna de les distribuer dans les maisons religieuses, « invitées à les recevoir et à les nourrir jusqu'à nouvel ordre de choses ». On les mit à Sainte- Geneviève, aux Feuillantines et aux Jacobins de la rue Saint-Honoré. Vers deux heures un quart du matin, l'Assemblée générale des électeurs reçut le député Dupont (de Nemours), apportant la première nouvelle de la députation de l'Assemblée nationale au Roi, et de son succès quant à l'approbation de la garde bourgeoise et au retrait des troupes du Champ de Mars.
Les ambassadeurs d'Angleterre et d'Allemagne ont, aussitôt après la prise de la Bastille, adressé à leurs cours des dépêches racontant l'événement et en indiquant toute l'importance ^
Le comte de Mercy-Argenteau intitule son récit au prince de Kaunitz, des 17 et 23 juillet, « la révolution qui vient de s'accomplir à Paris ». Il rapporte que « le Prévôt des marchands, M. de Flesselles, a péri accusé de trahison envers la Ville ». Use vante d'avoir usé de toute son influence sur la Reine pour faire rentrer au ministère, avec Necker, MM. de Montmorin et de Saint-Priest, et d'avoir obtenu que ce dernier fût chargédu département de Paris. Il rapporte, sur les dispositions de la cour :
« La cour comprit qu'elle n'avait que deux partis à prendre : ou s'éloigner de Versailles et se retirer dans une forteresse, avec le reste de l'armée, ou bien céder à la force des circonstances. Le manque d'argent et des ressources nécessaires à la vie lit qu'elle préféra la seconde alternative à la première
« On craignait que le Roi (dans sa visite à la capitale, le 22) ne fût retenu par la force à Paris et contraint de mettre sa signature au bas d'une capitulation. D'après mes avis, Sa Majesté avait confié pour
1. Relations inédites de la prise de la Bastille, par le duc de Dorset et le comte de Mercy-Argenteau, publiées avec une introduction par Jules Flammermont, 32 p. in-8, Paris, 1885 (Alph. Picard, éditeur).