‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 419 sur 549 · LE ROI A PARIS · texte numérisé non relu

LE ROI A PARIS

<t Derrière les rangs de citoyens armés, étaient entassés femmes, enfants, vieillards; toutes les fenêtres étaient garnies ; les toits même étaient couverts de spectateurs

« Les airs retentissaient d'une acclamation continuelle^ Vive la Nation! Vive le Roi! Vivent MM. Bailly,de La Fayette, les députés, les électeurs! mêlée au son des trompettes, de la musique guerrière, et au bruit de l'artillerie, dans tous lieux où les canons étaient placés

« Le Roi est descendu de voiture au bas du perron de l'Hôtel de Ville, et là M. Bailly a présenté à Sa Majesté une cocarde aux couleurs de la Ville qu'Elle a reçue avec bonté, et qu'elle a daigné, sur-le-champ appliquer à son chapeau.

H En lui présentant cette cocarde, M. Bailly a dit au Roi : Siir, Votre Majesté veut-elle bien accepter le signe distinctif des Française

(( Le Roi a monté l'escalier de l'Hôtel de Ville sous une voûte d'épées entrelacées.

« Dans cet instant, la foule était prodigieuse autour de sa personne. M. le prince de Beauvau et autres redoublaient d'efforts pour écarter les plus empressés. Sa Majesté a dit : Laissez-les faire, ils m'aiment bien

(t Dans la Grande Salle, le Roi a pris place sur le trône qui lui avait été préparé.

« La salle était remplie autant qu'elle pouvait l'être. Les personnes qui occupaient le milieu de la salle, et qui ne pouvaient pas s'asseoir étaient à genoux, pour laisser à ceux qui les suivaient le plaisir de la vue du Roi. Les transports de l'Assemblée éclataient par tous les signes possibles.... Cette scène sublime est impossible à décrire. On a fait silence, et tout à coup une voix s'est écriée du fond de la salle : Notre RoUnotre père! Les cris, les applaudissements, les transports ont redoublé. Les traits de Sa Majesté portaient l'empreinte de la plus douce sensibilité.

« M. Bailly s'est approché du Trône sans fléchir le genou, et il a dit au Roi : « Je présente à Votre Majesté quelques électeurs de Paris qui brûlent du désir et qui sollicitent avec instance l'honneur d'être

ses gardes dans l'Hôtel de Ville Le Roi a répondu : Je les accepte avec

jjlaisir. Et aussitôt, ils ont mis l'épée à la main, et ils ont entouré le trône. Le Roi a demandé que les épées fussent remises dans les fourreaux, et son ordre a été exécuté.

« M. Moreau de Saint-Méry, l'un des présidents de MM. les électeurs, a porté la parole :

(V Voilà, a-t-il dit, ce peuple qu'on a osé calomnier! Des mi-

« nistres impies vous ont dit que le bonheur des nations n'était pas u nécessaire au bonheur des Rois; que les princes ne devaient avoir « près d'eux que des apôtres du despotisme.

« Ah! Sire, vous les avez rejetëes, ces odieuses maximes!

« Vous venez promettre à vos sujets, au sein même de votre capi- « taie, que les auteurs de ces conseils désastreux n'environneront plus « votre auguste personne, et que la vertu, toujours trop longtemps « exilée, restera votre appui.

(1 Ajoutez, Sire, à tant de triomphes celui de ne pas vouloir « apprendre si vos enfants ont été forcés de vous désobéir ; que vos « regards n'aperçoivent que des sujets dévorés du plus brûlant amour, « chérissant plus que jamais ia liberté, parce qu'elle aura votre règne « pour époque

« M. Éthis de Corny, procureur du Roi et de la Ville, placé sur la marche du trône, s'est levé et a dit :

« Sire, messieurs Honoré des fonctions du ministère public

u auprès de cette Commune, la première du monde, je requiers que « ce jour mémorable soit consacré par le vœu d'une statue érigée k

« Louis XVI, RÉGÉNÉRATEUR DE LA LIBERTÉ NATIONALE, RESTAURATEUR DE LA LIBERTÉ « PUBLIQUE ET PÈRE DU PEUPLE FRANÇAIS »

(( Une acclamation universelle a répondu et l'érection d'une statue du Roi sur l'emplacement de la Bastille a été volée d'un consentement unanime

« M. le comte de Lally-Tolendal ayant témoigné l'intention de parler, on a fait silence, et il a dit :

« Eh bien, citoyens, êtes-vous satisfaits? Le voilà ce Roi que vous

« demandiez à grands cris Jouissez de sa présence et de ses bien-

« faits Voilà celui qui vous a rendu vos Assemblées nationales et

« qui veut les perpétuer Noire vertueux Roi a rappelé ses vertueux

« conseils. Périssent les ennemis publics qui voudraient encore semer « la division entre la Nation et son Chef! Roi, sujets, citoyens, confon- « dons nos cœurs, nos vœux, nos efîorls, et déployons, aux yeux de « l'univers, le spectacle magnifique d'une de ses plus belles nations, « libre, heureuse, triomphante, sous un Roi juste, chéri, révéré, qui, « ne devant rien à la force, devra tout à ses vertus et à notre amour. )v

« Le discours fini et l'extase publique un peu dissipée, M. Delavigne a été présenté au Roi par M. Bailly, et le Roi lui a dit : Monsieur Delavigne, fai entendu avec plaisir ce que vous m'avez dit.

« Puis, s'adressant à tous ceux qui l'entouraient, il a continué : Messieurs, je suis très satisfait; j'approuve l'établissement de la garde bourgeoise : mais la meilleure manière de me prouver votre attachement est de rétablir la tranquillité et de remettre entre les mains de la justice ordinaire les malfaiteurs qui seront arrêtés. Monsieur Bailly, instruisez V Assemblée de mes intentions. Je suis bien aise que vous soyez maire, et que M. de La Fayette soit commandant général.

« M. Bailly a transmis à l'Assemblée les paroles royales.

« Comme un désir universel se manifestait d'entendre quelques paroles de la bouche du Roi, M. Bailly a pris la liberté de le faire remarquer à Sa Majesté, qui a dit à l'Assemblée : Vous pouvez toujours compter sur mon amour.

« Le Roi a voulu se montrer à la multitude assemblée sur la place de l'Hôtel-de-Ville, qui demandait à grands cris sa présence

« Sa présence (à l'une des fenêtres de la salle de la Reine) et la bonté qu'il a eue de mettre son chapeau décoré de la cocarde natio-

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