LA BASTILLE GARDE, DÉMOLITION, RASSEMBLEMENT DES PAPIERS
Il s'était encore produit durant la nuit, à la Bastille, un incident violent. La veille, à cinq heures du soir, une patrouille du district de
i. Résumé du Procès-verbal Duveyrier, t. II, 106-110.
2. Résumé du Procès-verbal Duveyrier, t. II, p. 111, 120, 137-148, 190-191, 113, 172- 179, 231, 218-219. '
578 L'ASSEMBLÉli GÉNÉUALlî DES ÉLECTEURS.
l'Oratoire occupa la grille pour empêcher la foule de pénétrer, suivant les ordres de La Fayette. Dans la nuit, les sentinelles furent forcées par une patrouille du district des Cordeliers dont le chef, « le sieur Grammont, comédien français, blessa d'un coup de sabre le nommé Mauguet, dit ne connaître aucun commandant de la Ville de Paris et déclara que, si on voulait s'opposer à son entrée, il était prêt à faire l'assaut avec ses 50 ou 60 hommes ». Sur l'explication que cette rixe était arrivée parce qu'il avait cru que l'Oratoire avait pris la garde de la forteresse à l'exclusion des autres districts, l'Assemblée des électeurs arrêta « que la Bastille serait désormais gardée par 70 hommes, relevés « tous les jours, 10 gardes françaises et 60 citoyens, dont un fourni par « chacun des 60 districts, conformément à ce qui avait été décidé la « veille par le Comité permanent ».
A la séance du 18 au soir, Soulès, sauvé par La Fayette, vint expliquer aux électeurs, ses confrères, de quelle manière il avait pris et comment lui avait été enlevé le gouvernement de la Bastille qu'ils lui avaient confié dans la nuit du ik au 15.
Pourvu de la commission signée par le marquis de La Salle, il n'avait pu réunir que 100 hommes du district de Saint-Paul et avait trouvé dans la forteresse 150 soldats des gardes françaises. Leur jeune officier, de Laizer, habillé en simple soldat, lui avait déclaré y être depuis une heure du matin, tenir la place « pour lui et pour le bien public etvouloir la défendre jusqu'à la dernière extrémité «.A trois heures du matin, Soulès somma de nouveau (( M. de Laizer de lui rendre le
commandement et, sur son refus, assembla la garnison 11 lut sa
commission à haute voix et demanda aux gardes s'ils voulaient obéir à la Commune de Paris ou au chevalier de Laizer ; les gardes françaises ont unanimement répondu qu'ils étaient aux ordres de la Ville et le reconnaissaient lui, Soulès, pour commandant du fort. Là-dessus, M. de Laizer a fait des reproches aux soldats. Gomme le chevalier de Laizer paraissait aimé des soldats et qu'il pouvait être fort utile en embrassant la bonne cause, lui, Soulès, l'a prié de rester, en lui disant que, si le Comité permanent voulait accorder le commandement de la forteresse à M. de Laizer, il le lui céderait avec plaisir, son dessein n'étant que d'être utile. Pour lui prouver sa sincérité, M. le comte de Sainte-Honorine, électeur, a, à l'instant, été envoyé à la Ville pour demander des instructions; mais il est revenu, sur les neuf heures, sans aucune réponse positive, le Comité étant surchargé d'une multitude d'affaires pressantes.
« Après ce rapport, Soulès est monté sur les tours pour examiner l'état des lieux. A son grand étonnement il a trouvé tous les canons déchargés et à peine ZjO livres de poudre dans le fort, quoique l'on eiit été pendant la nuit dans des alarmes continuelles.il en a témoigné sa surprise à M. Piquod de Sainte-Honorine qui l'accompagnait, en lui demandant s'il voulait se charger du commandement de cette artillerie, et faire placer des sentinelles à tous les postes; ce que ce brave électeur a exécuté avec le plus grand zèle et la plus grande activité. Soulès est alors descendu dans la forteresse, où, à son grand étonnement, il a trouvé le sieur de Beaumarchais avec le sieur de Laizer, sortant