‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 423 sur 549 · LA GARDE DE LA BASTILLE · texte numérisé non relu

LA GARDE DE LA BASTILLE

d'un des souterrains. Surpris de ce que Ton avait manqué à ses ordres, qui étaient de ne laisser entrer personne, jusqu'à ce que tout fût réglé, il demanda au sieur de Beaumarchais comment il se trouvait là; celui-ci lui répondit qu'il était avec le commandant du fort Làdessus le chevalier de Laizer soutint que c'était lui qui était le commandant. Soulès fut obligé de faire battre de nouveau la générale pour se faire confirmer dans son commandement, et pria M. de Laizer de sortir de la forteresse, ne pouvant plus l'y laisser après une pareille inconséquence. Celui-ci, loin d'être sensible à la douceur avec laquelle il était traité, sauta sur le drapeau, en disant qu'il voulait l'emporter; mais les gardes françaises l'en empêchèrent; Soulès avait bien recommandé qu'on ne fît aucun mal ni aucune insulte au chevalier, et il a eu le bonheur d'être bien obéi.

(( A peine mis en liberté, le sieur de Laizer dit à Soulès qu'il fallait décider du commandement à la pointe de l'épée. Soulès répliqua que. dans toute autre occasion, il répondrait à son appel, mais que, commandant un fort important à la Ville de Paris, il ne devait exposer sa vie que pour la sûreté de la Ville. 11 conseilla à Laizer de se retirer, de crainte que sa conduite ne fût connue du peuple, qui pourrait bien le

traiter avec moins de douceur Le chevalier prit alors un ton plus

honnête et pria Soulès de le faire accompagner chez lui par un détachement; ce qui fut accordé comme nécessaire à sa sûreté ^

« M. de Beaumarchais interrogé dit que, sachant que la place allait être démolie et que les effets de madame de Lauuey devaient être laissés au pillage, il venait prier le commandant de permettre à e€tte femme

malheureuse de les retirer Soulès, insistant sur la nécessité d'un

ordre du Comité permanent, Beaumarchais se retira avec le garde dont il était accompagné '\

1. Le Journal de Paris (n° 217, p. 977), publie, sous la signature très transparente de C. D. L., une rectification du rôle joué à la Bastille par « le chevalier de Laizer ». 11 y arriva quand la forteresse était prise, écrit-il aux auteurs du journal, à la tète de la compagnie de Thomé, à laquelle il appartenait. Il l'avait rencontrée à la porte Saint-Honoré et, comme il était en habits bourgeois, s'était fait donner un uniforme par l'un des soldats. Arrivé à la porte Saint-Antoine, le feu étant mis dans l'hôtel de de Launey, il avait placé des sentinelles pour éviter le désordre et le pillage. — « A neuf heures du matin, ajoute-t-il, on vint de la part de la Ville pour s'emparer (de la forteresse) et la faire démolir. M. de Laizer s'est retiré avec ses soldat?, et n'a contrarié en rien les intentions de la Ville, comme on a voulu le dire... Ses intentions n'ont été que d'empêcher les incendiaires et les voleurs d'entrer dans la Bastille, et non de s'en rendre maître, comme on l'a débité mal à propos. Je vous prie d'insérer ma lettre pour apprendre la vérité aux habitants de la Ville de Paris, dont une partie aurait pu sauter, si M. le chevalier de Laizer ne fût pas arrivé. »

2. Beaumarchais avait emporté quelques papiers avec lui. Il fut dénoncé le 22 à l'Assemblée générale des électeurs par le district de Saint-Roch, dont une patrouille fut autorisée à aller les lui reprendre de gré ou de force. Il les rendit, et à la suite du procèsverbal, contresigné par le président et le secrétaire des électeurs, Moreau de Saint-Méry et Bertolio, il écrivit de sa main {Inventaire de la collection Fillon, par Etienne Charavay, t. I, n» 488, p. 122) :

j Ce, 22 juillet n89.

« J'ai remis à messieurs les députés ou commissaires le peu de papiers que j'ai (( recueillis sous les pieds du peuple, la sculp fois que j'aie entré à la Bastille, à la suite

« Tout commençait à rentrer dans Tordre, lorsqu'un événement imprévu a tout dérangé et pensé causer de grands malheurs. M. (LeDéist) de Botidoux, suppléant de Bretagne à l'Assemblée nationale, et se disant aide de camp du marquis de la Salle, se présenta vers les deux heures à la porte de la Bastille, à la tête de 200 hommes de la basoche, et demanda à parler au commandant. Le sieur de Botidoux lui présenta une commission signée de M. le marquis de la Salle, par laquelle le sieur de Botidoux était autorisé à s'emparer de la Bastille. Lui Soulès, surpris d'un ordre aussi extraordinaire, montra sa commission au sieur de Botidoux, qui se comporta avec beaucoup de pohtesse. Sur le résultat d'une délibération des officiers de la garnison et de ceux de la basoche, Soulès et de Botidoux se transportèrent à l'Hôtel de Ville pour demander l'explication d'ordres si contradictoires. Le marquis de la Salle, après avoir fait des excuses à Soulès sur une méprise dont la confusion seule était cause, le confirma dans son commandement.

« Pendant son absence, la populace s'était portée vers la forteresse, y avait été introduite; à son arrivée, il y trouva plus de 10,000 âmes, pillant et saccageant tout. Il a tâché de remédier au désordre en faisant fermer la première barrière et lever le pont; mais la multitude enfermée était si considérable qu'il a ordonné qu'on le rebaissât; il a placé des sentinelles pour empêcher qu'on n'emportât les papiers, et la place s'est évacuée petit à petit.

« A trois heures du matin, le 16 juillet, Soulès était sorti du fort,

sur le premier pont, pour examiner l'extérieur lorsqu'il fut accosté

par une patrouille que son commandant demanda à faire entrer dans la Bastille. Ne connaissant pas le commandant \ et ne voulant pas laisser entrer une patrouille plus forte que la garnison, Soulès répondit qu'on n'entrait pas et que le commandant du fort pouvait seul en ordonner les patrouilles. Le commandant, après lui avoir demandé sa commission, traita cette commission de chi(fon, et le conduisit de force au district des Cordeliers, quoique lui Soulès demandât à être conduit devant le Comité des électeurs, dont il tenait sa commission. Arrivé au district des Cordeliers, on fit sonner le tocsin, comme si l'ennemi eût élé aux portes de la Ville, et, le district étant assemblé, on a dressé procès-verbal de tout ce qui s'était passé. Quelques énergumènes du district voulaient absolument que lui Soulès fût coupable, quoiqu'il n'y eût contre lui aucune charge ; malgré les réclamations des électeurs de ce district, il a été conduit dans un fiacre, comme criminel de lèse-Nation, à travers une multitude innombrable, que le sou du tocsin avait rassemblée ; trois fusiliers étant dans le fiacre, accompagné d'ailleurs d'une garde nombreuse, De temps en temps il enten-

« d'un piquet de 24 hommes, 12 gai'des françaises et t2 bourgeois armés, envoyés par le « district des Blancs-Manteaux, sur une alarme de désordre donnée à cinq heures du « matin au district. Je déclare que je n'en ai aucuns autres; mais je pense que, si l'on « fait publier l'ordre ou l'invitation à tous les citoyens de remettre ceux qu'ils ont, tout « le monde se fera honneur de rendre au dépôt public ces précieux matériaux pour

« l'histoire.

« Signé : Caron de Beaumarchais. »

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