‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 424 sur 549 · LA GARDE DE LA BASTILLE · texte numérisé non relu

LA GARDE DE LA BASTILLE

dait crier autour de lui : Cesl le second gouverneur de la Bastille! Arrivé à la place de l'Hôtel de Ville, ou parlait de le pendre ou de lui couper la léte, deux personnes lui ont même présenté l'épée sur l'estomac.

« MM. les marquis de La Fayette et de La Salle, informés de sa situation, ont volé à son secours-, le premier l'avait pris par la main, et dit au peuple assemblé que, si les comités qu'il avait lui-même nommés ne méritaient point sa confiance, il devait en nommer d'autres'; mais que, s'ils en étaient dignes, il devait leur obéir; qu'autrement il donnerait sa démission; qu'il venait d'empêcher un malheui en sauvant l'abbé Cordier, mais que sa méprise était encore plus grande par rapport au sieur Soulès, qu'il connaissait et qu'il avait toujours connu pour un véritable ami du peuple.

« Sur ce discours de M. de la Fayette, Soulès fut relâché; M. de La Salle vint lui rendre son épée au bord de l'escalier de l'Hôtel de Ville, en présence de la multitude innombrable dont la place était couverte.

« Il a cru devoir remettre sa commission, en disant qu'il ne veu^ plus de commandement puisqu'il n'y a plus de subordination, et puis qu'une patrouille de district a la présomption d'enlever un comman dant à son poste, quoique muni d'une commission de la Commune. Il demande justice de l'injure publique qui lui a été faite d

Dans la séance du lendemain, 19, Soulès se représenta à l'Assemblée des électeurs et obtint l'arrêté suivant, dont extrait lui fut délivré :

« Sur le récit fait par M. Soulès des procédés injustes etvexatoires qu'il a éprouvés publiquement de la part d'un citoyen dont il n'a pas voulu que le nom fût transcrit dans le présent procès-verbal, il a été arrêté que l'Assemblée rend à M. Soulès témoignage de sa conduite ; qu'elle le reconnaît pour un citoyen aussi zélé qu'ami de la liberté, et qu'elle improuve fortement la conduite tenue à son égard par celui dont sa délicatesse a voulu que le nom ne fût pas publiquement proclamé ^ »

*1. Soulès (François) était né à Boiilogne-sur-Mer en 1750. Il est qualifié, dans les dictionnaires biographiques de Micliaud et Didot, « littérateur français, qui vécut obscurément et mourut de même ». On cite de lui les ouvrages suivants : Règle du Parlement d'Angleterre et Vade-mecum parlementaire, 1789; De l'homme, des sociétés, des gouvernements, 1792, et l'on retrouve son nom sur la liste des gens de lettres auxquels la Convention accorde des secours en 1795. Son affaire du gouvernement de la Bastille paraît l'ivvoir tout de suite dégoûté de la politique. Il avait été des premiers jeunes gens qui, au Palais-Royal, le 12 juillet, dans la matinée et jusqu'à la nuit, crièrent aux armes! Il a raconté lui-même, en une brochure de 18 pages in-8 (Bibl. nat., Lb'^ 2004), tout ce qu'il a fait et tout ce qui lui est arrivé du 12 au matin au 19 juillet. Le récit que nous venons d'extraire du Procès-verbal Bailly-Duveyrier y est point par point confirme; mais de plus on y trouve le nom du commandant de la patrouille des Cordeliers, qu'il s'était refusé de laisser paraître dans sa déclaration à l'Hùtel de Ville. C'est « un nommé Danton,

se disant capitaine d'une garde bourgeoise du district des Cordeliers, qui l'enleva de

force, le conduisit aux Cordelier^?, tâcha d'envenimer la relation qu'il fit de sa prise,

L'Assemblée générale des électeurs lut, au cours de sa séance du 18 juillet, deux lettres, l'une du député Du Pont (de Nemours) et l'autre du ci-devant lieutenant général de police de Crosne, « relatives aux prisonniers que l'on croyait entendre encore dans les souterrains de la Bastille ». Elle répondit par un arrêté constatant que, « vérification u faite des prisonniers qui étaient à la Bastille au moment de sa prise, « elle s'est assurée que tous avaient été délivrés ; que, pour plus grande « sûreté, elle avait fait faire à plusieurs reprises les recherches les plus u exactes; que M. de la Fayette en avait ordonné lui-même; et qu'on (( pouvait être certain qu'il ne restait plus aucun prisonnier dans les (i cachots de cette forteresse ».

Le lendemain, 19, Thuriot de la Rosière remit sur le bureau « le procès-verbal des interrogatoires prêtés à son district de Saint-Louisla-Culture, le 17, par les nommés Trécourt, Lossinotte, Guyon et Fanfart, porte-clefs de la Bastille, sur les inquiétudes portées par une députation nombreuse du district de Saint-Louis-en-l'Ile, relativement aux prisonniers que l'on soupçonnait être restés enfermés dans la Bastille, et dont on ignorait le sort.

« Il résulte de ce procès-verbal que ces quatre porte-clefs, interrogés séparément, ont unanimement déclaré : qu'il y avait huit tours à la Bastille: la tour de la Comté, celle de la Bazinière, celle de la Bertaudière, celle du Trésor, celle de la Liberté, celle de la Chapelle, celle du Puits, et celle du Coin ; qu'il n'y avait, au moment de sa prise, dans la Bastille, que 7 prisonniers : le sieur Tavernier, enfermé dans la tour de la Comté, les sieurs Pujade et Laroche, dans la tour de la Bazinière; le sieur La Corrége, dans la tour du Puits, le sieur Bechade, dans la tour du Coin, le sieur Whyte de Molleville, et le comte de Solages, dans la tour de la Bertaudière ; que tous ces prisonniers ont été mis en liberté au moment de la prise de la Bastille; qu'ils sont entrés dans les chambres de ces prisonniers dont les portes étaient alors ouvertes et qu'ils n'y ont trouvé personne; qu'il y avait huit cachots à la Bastille: un dans la tour de la Bazinière, un dans celle de la Comté, deux dans celle de la Bertaudière, deux dans celle de la Liberté, un dans celle du Coin, et un dans celle du Puits; qu'il y a plus de quinze ans qu'on ne met plus de prisonniers dans aucun de ces cachots; qu'enfin ils ne connaissent aucune communication entre le château de la Bastille et celui de Vincennes ou autres endroits,....

« Pendant l'interrogatoire de Trécourt, s'est présenté au comité du district le sieur Pnjade, l'un des prisonniers de la tour delà Bazinière, lequel a déclaré être sorti aussitôt après la prise de la Bastille, accompagné du sieur Laroche qu'il a perdu de vue. »

L'un des prisonniers, dénommés au précédent procès-verbal, Tavernier, avait tenu au poste de la Bibliothèque du Roi des propos sur la cause de sa détention de trente ans et « le secret de son origine,

se mit à la tête de la garde de vingt à trente hommes qui le conduisit, par le Pont-Neuf, à l'Hôtel de Ville, le fiacre allant au petit pas, et qui répandait, de distance en distance, le bruit qu'il avait saisi le gouverneur delà Bastille, de sorte que, ce bruit étant passé de bouche en bouche à la grande Grève, les têtes échauffées parlaient déjà de le décoller; c'était sans doute ce qu'espérait le sieur Danton ».

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