LES PAPIERS DE LA BASTILLE
L'Assemblée priait en même temps, le 21, le curé de la paroisse de Saint-Paul de recueillir dans son église les vases sacrés et les ornements de la chapelle de la Bastille.
Sur l'observation de Desroches, elle invitait « tous les citoyens qui avaient des papiers delà Bastille à les remettre à l'Hôtel de Ville, pour y être réunis à ceux déjà déposés ; seul moyen d'assurer à la génération présente et aux générations futures des connaissances précieuses, et de former une collection nationale qui fournirait à l'histoire les matériaux authentiques ».
Ce même jour 21, l'un des vice-secrétaires. Liesse, et l'électeur Real étaient chargés de ramener à l'Hôtel de Ville les papiers qui avaient été retirés de la Bastille par le district de Sainte-Elisabeth. De la Reynie, commandant du poste de la forteresse, objecta une décision antérieure de La Fayette, en vertu de laquelle « le district de Saint-Louis-la- Culture avait été reconnu comme commandant et ordonnateur en tout ce qui concernait la Bastille». Les nouveaux commissaires se retirèrent devant les quatre primitivement nommés, le 16, Dussault, Gorneau, Chamseru et Cailleau, «pour faire enlever et mettre en sûreté lesdits papiers ».
En vertu d'une décision ultérieure, le 29, le soin d'ouvrir et ranger, suivant procès-verbal, les papiers de la Bastille et ceux qui avaient été déposés au greffe de l'Hôtel de Ville depuis le Ik juillet, fut confié h une commission de 13 membres : Les curés de Saint-Étlenne-du-Mont et de Ghaillot, les électeurs Lelong, Ducloz-Dufresnoy, Gorneau, de
« Il y a déjà quelque temps, monsLeur, que j'ai fait expédier et adresser en finance « une ordonnance de 14,237 liv. 7 s. 8 d., au nom du sieur Moret, l'un des commis de mon « département, pour le payement des dépenses du château de la Bastille, pendant les « mois de mai et juin 1789, dont état a été arrêté par le Roi. Les différentes personnes <( auxquelles appartiennent ces fonds ont pour la plupart éprouvé de très grandes pertes « lors de la prise de la Bastille, et elles me sollicitent avec instance pour obtenir leur « payement. Leur réclamation me paraît si juste que je voudrais bien y satisfaire. Je >( vous prie, en conséquence, de faire le possible pour que l'ordonnance de 14,237 liv. 7 s. 8 d. <i soit comprise dans le premier état de distribution que vous ferez arrêter, et je vous « serai très obligé de faire prévenir ledit Moret de l'instant où il pourra se présenter (i pour en toucher le montant. »
Le 26 du mémo mois de novembre, le marquis de Sombreuil, gouverneur des Invalides, était avisé du payement de « la haute paye de deux sols par jour, accordée par le M Roi aux quatre-vingt-deux bas officiers invalides formant la compagnie pour le service « du château de la Bastille, et qui leur était due depuis le !"■ mai jusques et y compris « le 14 juillet. »
Le 4 décembre enfin, était expédiée, à chacun des intéressés, une lettre ministérielle annonçant : que le Roi avait accordé à la marquise de Launey, « pour ses malheurs et ses pertes éprouvés le 14 juillet », une pension de 3,000 livres réversible sur ses trois filles; que Sa Majesté avait lu le mémoire de M. du Pujet, lieutenant de Roi à la Bastille et gouverneur de l'Arsenal, et lui faisait don d'une pension de 4,000 livres; qu'il était attribué des pensions de 500 livres aux abbés Duquesne et Mac-Mahon, confesseurs, de 0 à l'abbé de Faverly, chapelain, et de 200 à l'abbé Posséder (vicaire deSaint-Leu, chapelain honoraire).
Encore le 27 décembre, le Roi écrivait : « Bon pour mille écus » sur la requête (citée dans VInventaire de la collection Fillon, par Et. Charavay, t. I, n" 487) d'un sieur Riquet, parfumeur, dont la maison avait été brûlée durant le siège de la Bastille.
Sèze, Moinery, Desroches, Chamséru, de La Bergerie, Carra et Duport- Dutertre.
La compagnie de l'Arquebuse remit des bijoux et divers objets provenant de la Bastille, entre autres un registre de sorties des prisonniers du 12 septembre 1771 au 26 décembre 1782. A diverses reprises, des particuliers apportèrent des papiers tombés entre leurs mains ; il y en eut môme à qui l'on paya, à deux, une indemnité de 12 livres.
L'Assemblée des représentants de la Commune retira, le 30 juillet, leurs pouvoirs aux 12 commissaires de l'Assemblée des électeurs, u priés de plus de s'occuper de l'examen des papiers ^ ».
l'approvisionnement de paris 2
Dans lajoarnée du 18, deux électeurs, Cheret et Hom, reçoivent la mission «de se transporter au Bourg-la-Reine, pour y conférer avec les habitants et les déterminer à laisser entrer dans Paris les voitures de farine qu'ils ont arrêtées. Un troisième électeur, Groizard, y est envoyé le 20.
Gibert rend compte de la vente des moutons et des bœufs dont il a été chargé, et qui a produit 16,736 livres 10 sols, remis « au caissier de la Ville en dépôt, jusqu'à la réclamation du propriétaire » -^
L'Assemblée générale renvoie au Comité des subsistances la communication faite par l'avocat de Castillon, électeur, de lettres de son frère qui l'avertit que sept à huit cents brigands arrêtent les voitures de grains et de farines entre le Havre et Rouen.
Le comité des subsistances expédie Fortin au Havre et quatre autres électeurs à Pontoise.
D'après un bruit, qui cause la plus vive rumeur sur la place de l'Hôtel-de- Ville, de grandes provisions de blé étaient cachées dans les souterrains dé cette dernière ville. L'homme qui répand le bruit est saisi et emmené par les commissaires, sous la condition qu'au retour,
1. Procès-verbal Duveyrier, II, .505. — Diverses liasses de papiers trouvés à la Bastille furent publiées tout de suite en brocbures, Bibl. nat., Lb^^ 1964, 1965, 1966, etc. La plus intéressante est celle portant le n» 1963, la Dénonciation, par Leprcvost (de Beaumont-le-Roger), d'un pacte de famine générale au roi Louis XV, 40 pages in-4» Elle parut avant le Moniteur, dont la communication quotidienne ne commença que le 24 novembre 1789. Elle a été reproduite dans les n«s 57 et 58 (en date des 15 et 16 septembre), parmi les 71 numéros supplémentaires, imprimés en l'an IV pour faire commencer la collection du Moniteur universel à l'ouverture des États généraux.
Par arrêté de l'Assemblée des représentants de la commune, 16 septembre 1789, les papiers de la Bastille furent transférés au prieuré de Sainl-Louis-la-Culture, et une commission fut nommée pour les dépouiller et pour faire imprimer les plus importants.
Ils ont été finalement déposés à la Bibliothèque de l'Arsenal, où Fr. Bavaisson, l'auteur des Archives de la Bastille de 1749 à 1757, en entreprit le classement, qui a été terminé récemment par M. Funck-Brentano.
Un grand nombre de pièces dispersées dès 1789 ont été recueillies au Musée Britannique do Londres et à la Bibliothèque de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg.
2. Résumé du procès-verbal Duveyrier, t. II, p. 118-119, 188. 129-130, 136, 169, 170, 196, 161, 182-183, 220-224, 244-246, 360-301, 384-396, 417-422, 491.