L'APPROVISIONNEMENT DE PARIS
s'il a menti, il sera gardé prisonnier « jusqu'à ce qu'il ait payé les frais du voyage. » En effet, le bruit était faux.
Un arrêté est adressé « aux commandants des districts, gardes et H patrouilles, les priant de favoriser la circulation la plus libre des « grains et farines », et les avertissant « qu'il ne sera donné, à la sortie, (. de laissez-passer que pour les grains à convertir en farines, avec les u précautions nécessaires pour le retour. »
L'administrateur de l'Hôpital général, Cochin, remercie l'Assemblée de ce qu'il n'a rien été enlevé de ses farines et demande l'autorisation d'en faire entrer 129 muids, que la commission intermédiaire du Soissonnais cousent à fournir à son administration.
Le lundi 20 était publié et exécuté l'arrêté suivant présenté la veille à l'Assemblée générale, qui l'avait aussitôt adopté :
« Le Comité provisoirement établi pour la sûreté publique et la (( subsistance de la Ville de Paris a prié et autorisé MM. Guesnon et u Langlois, tous deux électeurs de la Ville de Paris, de vouloir bien se u transporter, soit conjointement, soit séparément, dans les couvents « d'hommes et de femmes de la Ville, banlieue et faubourgs de Paris, (( et aux environs, à l'effet d'y faire la perquisition de tous les grains, « blés et farines qui peuvent y être, en constater la quantité, en dresser u procès-verbal, recevoir toutes déclarations, et faire tout ce qui sera u nécessaire à cet égard. »
Au commencement de la seconde séance de l'Assemblée générale, tenue le 2k, à k heures après midi, les quatre électeurs Gavet, Rameau, Patris et Simonet de Maisonneuve font rendre compte, par le premier d'entre eux, de la mission dont ils ont été chargés, le 18, d'aller chercher des subsistances à Pontoise :
« Le Comité permanent leur ayant adjoint un de ses proposés, domicilié à Pontoise, et alors à Paris, ce préposé ne s'était trouvé la veille, au rendez-vous du départ, que pour annoncer qu'il lui était impossible de partir; qu'un courrier, dépêché de Pontoise pendant la nuit, lui avait apporté une lettre, par laquelle on lui annonçait que sa tête était à prix ; que sa maison et ses magasins étaient menacés du pillage et de Tincendie ; que les portes de Pontoise étaient fermées ; qu'un soulèvement général s'était déclaré; qu'il serait extrêmement dangereux, dans un moment aussi critique, de réclamer des subsistances dont la Ville de Pontoise avait elle-même le plus pressant besoin; que la prudence commandait de différer la députation ; que quant à lui, il ne partirait pas.
« Ils sont partis seuls, ils ont effectivement remarqué de l'agitation k Pontoise; à leur arrivée, une foule de personnes les ont environnés pour connaître Je sujet de leur voyage; ils ont appris que le régiment de Salis-Samade-Suisse, qui avait couché la veille à Pontoise, et en était parti à trois heures du matin, y avait été rappelé et ramené à sept heures pour le maintien de l'ordre.
« La Commune de Pontoise, sur une réquisition du lieutenant général, a été assemblée: ils y ont annoncé l'objet de leur mission. Leur proposition avait inspiré d'abord de la méfiance et de l'inquiétude; ils ont observé qu'ils ne venaient point enlever les subsistances de Pontoise, mais demander qu'on traitât avec (les habitants), pour la Ville de Pans, de ce qui excéderait les fournitures des marchés et des besoins de leur ville. Différentes personnes de l'Assemblée ont porté plainte d'emmagasinements clandestins... A l'instant ont été nommés des commissaires pour faire la recherche dans toutes les maisons de Pontoise, et l'on s'est ajourné à sept heures du soir à l'Hôtel de Ville Les électeurs députés de Paris ont profité de cet intervalle pour visiter le magasin du Gouvernement pour l'approvisionnement de Paris; ils ont reconnu qu'il était très peu pourvu; les commis du préposé, que le Comité leur avait adjoint, se sont refusés à la justification de leurs registres
« A sept heures, ils se sont réunis à la Commune, assemblée à l'Hôtel de Ville ; les commissaires ont rendu compte de leurs recherches, qui n'avaient rien fait découvrir sur les farines et les grains prétendus cachés. Dans cet état, quelques membres de l'assemblée ont alors proposé que chaque habitant de Pontoise déclarât, sous le sceau de l'honneur, la quantité de grains et de farines qu'il avait et dont il pouvait disposer ; que, sur cette quantité, on prélevât la quantité nécessaire pour attendre le moment de la récolte, et qu'on donnât à l'instant l'assurance à la Ville de Paris, dans la personne de ses députés, de lui vendre le surplus. Cet avis généreux a été unaniment adopté; un élan de patriotisme a saisi tous les membres de l'assemblée; chacun s'est offert de multiplier les espérances des électeurs ; et à l'envi, chacun a réduit au plus étroit nécessaire les subsistances qu'il s'est réservées; de toutes ces déclarations, il a été formé un total inséré dans le procèsverbal dont ils viennent de remettre expédition au Comité des subsistances.
« Sur le rapport de quelques membres qu'on avait trouvé, dans un ruisseau qui coule à Pontoise, des farines qui y avaient été jetées, ils ont proposé de créer une garde nationale pour prévenir des délits d'une nature aussi grave, et veiller à la tranquillité publique; à l'instant même on a nommé une garde pour la nuit, et indiqué au lendemain une assemblée générale de la Commune, pour la formation d'une garde nationale. »
A la fin de la séance du 21, l'Assemblée générale reçoit communication d'une commission du Comité des subsistances et d'un ordre du commandant général envoyant au Havre et à Rouen, pour faire arriver 55,900 sacs de grains et farines, l'électeur de Bonneville « qui s'est acquitté de sa mission à Vernon, Mantes et Meulan, avec un zèle, une exactitude et un courage dignes des plus grands éloges. »
Le 23 est lue une adresse de la ville du Havre, qui prouve avec quelles sympathies patriotiques ont été reçus les électeurs de Castillou et Fortin, Ceux-ci, de retour le 2k, rapportent que Rouen, comme le Havre, lésa honorés du plus enthousiaste accueil, et que les citoyens de ces deux villes (> ont, avec un zèle empressé, promis de fournir à la
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subsistance de Paris. L'Assemblée des électeurs, d'une voix unanime, c( jure qu'à quelque péril que fussent jamais exposées les villes de Rouen et du Havre, la Ville de Paris volerait à leur secours ».
Le surlendemain, le Comité des volontaires patriotes de la Commune de Rouen adressait au maire de Paris « son vœu solennel d'employer toutes ses forces et tout son courage pour convoyer les subsistances destinées à l'approvisionnement de la capitale ». Il proposait, n'étant pas assez nombreux pour aller régulièrement plus loin, « de faire filer » ses hommes jusqu'à Pont-de-FArcheà la rencontre de u la milice de leurs chers frères les Parisiens ». L'idée fut acceptée par La Fayette, et le « zélé, prudent et courageux » électeur de Ronneville fut chargé de diriger le service de la transmission des subsistances avec le titre de « commissaire général pour l'escorte et la conduite des convois )) \
On apprend, le 2k, que la ville de Saint-Denis, « réduite aux derniers besoins », empêche de passer les approvisionnements de Paris. L'électeur De Leutre reçoit la mission de prendre avec les « officiers mu- « nicipaux de celte ville toutes les précautions qu'ils jugeront conve- « nables soit pour l'approvisionnement de Saint-Denis, soit pour les u transports de grains.et farines, soit pour la mouture dans les diffé- « rents moulins de la Briche et des environs ». De Leutre revient avec une « délibération de la municipalité, qui se charge de faire surveiller u les moulins et d'assurer le transport des farines, moyennant la remise Il par jour de 20 sacs de farines qui lui sont absolument nécessaires « pour la subsistance de ses habitants ».
Le 25, l'Assemblée des électeurs approuve cet ordre général du Comité des subsistances :
« Le Comité, étant obligé de pourvoir à l'approvisionnement, non « seulement de la Ville de Paris, mais encore d'un grand nombre de « villes et villages des environs, il est nécessaire qu'il ait une connais- « sance exacte de tous les grains et farines qui sont destinés à cet « approvisionnement, dans quelques lieux qu'ils puissent être.
« En conséquence, le Comité enjoint à tous administrateurs, pré- (( posés, agents, inspecteurs et autres personnes qui ont pu avoir cl « exercer quelques missions et fonctions relatives à l'approvisionne- « ment et à la subsistance, tant de la Ville de Paris que des environs, « à quelque distance que ce soit de Paris, de remettre sans délai, au (( Comité, tous états, comptes, marchés, mémoires, instructions et ren- « seignements qui peuvent être en leur possession. »
1. A cette occasion, Bailly (Mémoires, II, 334) fit délivrer à Bonneville un brevet de lieutenant-colonel, et le loua de « sa conduite et zélée et courageuse, mais pas prudenu;».
590 L'ASSExMBLÉE GÉNÉRALE DES ÉLECTEURS.