‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 429 sur 549 · SECOURS AUX OUVRIERS · texte numérisé non relu

SECOURS AUX OUVRIERS

Dans la soirée du 18 juillet, l'Assemblée des électeurs reçut quatre députés de Paris, Gros, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Deraeunier, Du Port et le docteur Guillotin. Ils lui rapportaient qu'à l'Assemblée nationale un citoyen de Paris, Dessin, procureur au Châtelel, avait « présenté le tableau le plus touchant de la misère des ouvriers de la capitale, en particulier de ceux du faubourg Saint-Antoine » ; qu'aussitôt l'Assemblée nationale les avait chargés de se rendre à l'Hôtel de Ville pour « inviter les électeurs à répandre dans tous les esprits charitables la nécessité de subvenir aux besoins pressants de la classe indigente » ; et, d'autre part, que la députalion de Paris, « ne pouvant s'en tenir à des vœux stériles, avait fait, entre ses membres, une contribution de 45,000 livres en faveur des pauvres ouvriers». L'Archevêché de Paris avait versé 20,000 livres; le procureur Dessin en avait remis 600 à Dailly.

Cette démarche fut accueillie « par les marques de la plus vive reconnaissance ». Du public se détacha aussitôt un citoyen, qui déposa un billet de caisse de 300 livres. L'électeur Massiette, du district de l'Oratoire, et Saint-Gristau, de Saint-Jean-en-Grève, versèrent chacun 1000 livres.

Un électeur proposa une souscription volontaire « dont tous les fonds seraient versés entre les mains du caissier de la Ville, pour être destinés aux besoins publics, et non pas aux besoins particuliers des districts » ; un autre, « de faire servir le montant delà souscription à payer aux ouvriers les journées pendant lesquelles ils n'avaient travaillé qu'à la défense commune, à condition qu'ils rapporteraient leurs armes ».

M. Popelin, électeur et président du district de Saint-Germaindes-Prés, raconta « qu'il avait fait publier l'avis qu'un tel, arquebusier, était chargé d'acheter toutes les armes que les ouvriers lui apporteraient, avec un certificat de leur maître constatant qu'ils avaient repris le travail; et que, dans une seule matinée, plus de 80 fusils ont été rapportés ».

Sur cet exemple, et diverses motions écartées, fut adopté l'arrêté suivant :

« Les ouvriers sont invités à reprendre leurs travaux, et l'Assemblée déclare qu'à ceux qui rapporteront un certificat de leurs maîtres ou chefs d'ateliers portant qu'ils ont repris leurs travaux, et un certificat du président de leur district portant qu'ils ont déposé leurs armes dans le dépôt indiqué par le district, il sera payé une somme de 9 livres, savoir : dans trois jours à compter du présent arrêté, 6 livres à ceux qui auront rapporté une arme à feu, 3 livres à ceux qui n'au-

1. Résumé du Procès-verbal Duveyrier, t. II, p. 152-154, 158; 189, 277 ; 452, 454, 470 214, 215> 256, 263; 193-195; 229-230, 24C, 248,291, 271, 283-285; 253-256, 269.

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ront pas rapporté une arme à feu, et, huitaine après, les 3 livres restantes, à chaque ouvrier sans distinction.

« L'AssemblOe déclare s'en rapporter à la prudence des districts, à l'égard des ouvriers journaliers et autres, qui, n'ayant aucun maître, aucun chef d'atelier, seront dans l'impossibihté de rapporter un certificat de reprise de travail.

« Et de plus il est arrêté que la présente proclamation sera imprimée, publiée, affichée partout où besoin sera. »

Santerre annonçait en ce moment « que la tranquillité régnait au faubourg Saint-Antoine, que quatre à cinq mille ouvriers s'étaient volontairement mis sous sa dépendance, et qu'il avait cru devoir, au nom de l'Hôtel de Ville, leur donner la permission de travailler sur le quai de la Râpée ». Ce que l'Assemblée approuva en u le remerciant de ses soins infatigables pour la sûreté publique».

Durant la séance du 19 au soir, des dons furent apportés : 300 livres, au nom de Le Roi, de l'Académie des sciences; 1,200 livres, au nom de l'ancien lieutenant de police de Crosne. Les jours suivants, un électeur de Saint-Philippe-du-Roule avançait 10,000 livres à titre de prêt; le trésorier de la Sainte-Chapelle donnait 300 francs, les curés de diverses paroisses de 150 à 1,000 livres; le district de Sainte-Opportune (Grands-Augustins) versait 15,000 livres; le district de l'Oratoire, 3,000 à compte; un député de Saint-Domingue, le marquis de Périgny, 500 ; l'Université en déposa 6,000, avec une adresse de félicitations aux électeurs, en latin.

Les notaires électeurs firent accepter l'offre de prêter immédiatement les /i5,000 hvres souscrites par la députation de Paris, que l'on avait proposé de puiser dans la caisse du Mont-de-Piété. Un citoyen du public demanda à « avancer tout de suite telle somme que l'Assemblée générale voterait sous sa garantie ».

La Caisse de Poissy apporta 1,200 livres. 1,200 furent envoyées par la Compagnie des agents de change rouvrant la Bourse, le 21, « sous le bon plaisir de l'Hôtel de Ville et sous la garde du district des Filles- Saint-Thomas ».

En recevant, le 21 et le 22, les dons de la communauté de Saint- Martin-des-Champs, 1,000 livres; du curé de Saint-Laurent, 300; de plusieurs électeurs et de personnes anonymes, même de province, l'Assemblée arrêta que « la souscription resterait ouverte dans les mains du trésorier de la Ville pour, par les citoyens de Paris et autres, y verser les sommes qu'ils voudront donner aux besoins des pauvres et autres dépenses de la Ville, dans le moment où ses efforts ont assuré la hberté publique, et que la liste des souscripteurs serait imprimée ». Dès le 19 « les comédiens français, les comédiens italiens, les directeurs de l'Opéra et des Variétés avaient offert de rouvrir leurs spectacles et de donner la première représentation au profit des pauvres ouvriers. Les directeurs des petits théâtres, Wicolet, Audinot, etc., avaient fait la même proposition. L'Assemblée générale avait

accepté et arrêté « que tous les spectacles seraient ouverts le lundi 20, « et que leur garde serait composée moitié de garde-française, moitié « de garde nationale ; la rétribution entière devait être affectée aux « gardes-françaises ».

Quelques districts s'opposèrent à « la reprise des plaisirs publics (( avant l'arrivée de Necker ».

Le 20, l'Assemblée des électeurs, « considérant combien il était « intéressant de ne plus tarder à donner aux bons citoyens la preuve « du rétablissement de l'ordre, et aux pauvres ouvriers le soulagement « qui devait provenir de la première représentation des théâtres à leur « profit », fit appeler le commandant général, et, La Fayette ayant assuré avoir pris des mesures efficaces pour la sûreté des théâtres, leur ouverture fut décidée pour le mardi 21. '

Des ordres étaient en même temps donnés aux architectes du Comité et de la Ville d'avoir, avec les entrepreneurs du pavé de Paris, à restaurer au plus vite les détériorations résultant « des préparatifs « de défense auxquels, dans les nuits du 13 au ili et du 14 au 15, toutes (( les parties de la capitale s'étaient livrées avec une ardeur dont l'his- (( toire n'avait pas encore offert d'exemple. »

Ce jour, 21 juillet, un électeur du faubourg Saint-Antoine, interrompant vivement un grand débat engagé sur les opinions divergentes des districts en matière d'organisation municipale, fit savoir qu'il se produisait une agitation susceptible « de précipiter la Ville dans un danger imminent », parce que les ouvriers « se plaignaient hautement de n'avoir encore rien reçu de l'indemnité » annoncée. Il réclamait les pouvoirs et la garantie de l'Assemblée pour distribuer « 60,000 livres aux ouvriers du faubourg avant la fin de la journée ». On remit à décider après vérification des sommes versées entre les mains du caissier de la Ville. Mais, tout de suite, on décida d'adjoindre les curés de Saint-Nicolas-des-Ghamps, de Saint-Étienne-du- M ont et de Saint-Pierre-de-Chaillot, les électeurs Raffy, Gaudray, Girardin, Aclocque, Santerre, de Vergenues, Boucher d'Argis, Formé et Fauconnier, au Bureau des subsistances, pour distribuer l'indemnité aux ouvriers.

Au moment même, « Legrand de Saint-René et Bancal des Issarts, membres du Bureau des subsistances, venaient proposer une diminution du prix du pain, et présenter un arrêté de ce bureau, qui le taxait à 12 sols les quatre livres ».

Sur les raisons puissantes qui avaient déterminé cet arrêté, Legrand de Saint-René lut un Mémoire dont voici la partie essentielle :

'( Résister, dans un moment où la puissance publique est sans

activité, aux volontés d'un peuple qui croit que ce qu'il veut est juste, ce serait donner aux ennemis d'une révolution si soudaine le spectacle funeste d'éteindre dès son principe ce feu sacré qui enflamme tous les esprits amis de la liberté, conquise peut-être par la classe la plus indigente, celle qui demande avec le plus d'instance et de justice une diminution dans le prix du pain.

« D'un côté, la foule qui se presse sur la place et qui se grossit

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