Procès-verbal Duveyrier, II
AGITxYTIOxN AUX INVALIDES, A MONTMARTRE. 617
Sur une réclamation de la Commission intermédiaire de la province de riIe-de-France, l'Assemblée générale faisait passer aux bureaux militaire et de police la liste des membres de la Commission, de leurs employés et de leurs commis, afin qu'ils fussent « tous exempts du service de la garde nationale et pourvus de passeports leur permettant de remplir leurs fonctions dans toutes les localités * ».
Des « dames poissardes, députées du marché Saint-Paul », viennent protester de « leur amour pour le meilleur des rois », de leur satisfaction de « la réunion réelle des Trois Ordres, et féliciter les électeurs qui sont tous des Necker ». Elles chantent des couplets. Le président les remercie, et l'Assemblée arrête « que leur discours et leur chanson seront insérés dans le Journal de Paris^ ».
Cependant on amène un peintre, P.-L. Levaux, accusé d'avoir tenu des propos séditieux. Il se plaint de ce que « dans ces temps de liberté, on conduise un citoyen comme lui, sans égards, en le tenant au collet ». Ordre est donné de le conduire devant un commissaire de police « sans être tenu au collet^ ».
Des agitations assez vives sont signalées aux Invalides, sous prétexte que l'Hôtel contient des armes cachées; à la nouvelle barrière Saint- Louis, où les ouvriers de l'atelier de charité établi dans les environs ont été ameutés et ont empêché « le receveur des droits du Roi dans la banlieue de rétablir son bureau ». La Fayette est invité à expédier les forces suffisantes; quatre électeurs se joignent aux militaires pour apaiser le peuple *.
Le lendemain, 21, le curé de Saint-Eustache annonce que l'abbaye de Montmartre est menacée par un « rassemblement de plus de 20,000 âmes, accusant l'abbesse de trahison et de complot contre la liberté pubhque ». Il dépose un écrit de celle-ci, /. Montmorency-Laval, qui déclare : « Je certifie que tout ce qu'on m'impute est faux; je suis « citoyenne zélée pour la conservation de mes compatriotes. »
Il est arrêté que « De Leutre, électeur et membre du Comité per- « manent, voudra bien se transporter sur-le-champ à l'abbaye de « Montmartre, précédé de deux gardes de ville à cheval, et user de « tous les moyens que sa prudence pourra lui suggérer pour mettre en « sûreté cet établissement religieux et les personnes qui l'habitent ». L'électeur et le curé trouvent, dans la rue des Martyrs, « une foule de . gens dont l'aspect et le maintien n'annonçaient que le pillage et la destruction ». Ils rencontrent à la porte de l'abbaye des députés du district de Saint-Honoré; la patrouille les conduit au comité du district de Montmartre. Ils invitent le peuple à désigner des personnes pour les accompagner dans leur visite à l'abbaye, dont l'abbesse leur fait ouvrir toutes les portes. Ils en sortent au bout de six heures, déclarant n'avoir rien trouvé, si ce n'est un fusil du jardinier, en mauvais état. Les grains et farines n'étaient qu'en très petite quantité, ù peine
i. Procès-verbal Duveyrier, II, 232-235.