MASSACRE DE FOULLON ET DE BERTIER
Le commissaire de police Carré et deux autres électeurs, Gorneau, Leyacher de la Térinière, étaient chargés d'aller apposer les scellés sur les papiers de Foullon. De Rulhière, commandant du guet était chargé de visiter la prison de l'Abbaye.
La question d'y faire transporter Foullon sur-le-champ fut mise en délibération.
« A cet égard, il a été dit que M. Foullon avait été nommé le 12 du présent mois adjoint au ministère de la guerre; que le U, on avait généralement répandu qu'il venait de mourir d'apoplexie; que, d'ailleurs, sa présence actuelle à l'Hôtel de Ville était maintenant répandue parmi le peuple, soit par les hommes de Viry, qui l'ont conduit à pied à Paris, et qui même l'ont fort maltraité dans la route, soit par les citoyens qui l'ont vu chez M. Aclocque ou dans son trajet jusqu'à l'Hôtel de Ville; qu'en conséquence, il y aurait danger évident pour sa personne à lui faire traverser Paris dans le moment d'une effervescence dont il était l'objet.
«Ainsi, pour éviter un éclat sans doute funeste et éloigner tout danger de la personne de M. Foullon, il a été arrêté qu'il serait conduit à l'abbaye Saint-Germain le plus secrètement possible, et à l'entrée de la nuit.
« On a observé que M. Bertier de Sauvigny y était attendu le soir, et que la prudence exigeait de ne pas faire amener M. Bertier dans un moment où l'arrestation de M. Foullon, son beau-père, pouvait rassembler et animer le peuple.
« Sur cette observation, dont la sagesse a été généralement sentie, l'Assemblée a décidé qu'un ordre serait envoyé sur-le-champ à MM. Etienne de La Rivière et de La Presle d'arrêter au lieu même où cet ordre les rencontrerait, et d'y attendre un ordre ultérieur
« L'Assemblée a fait part à M. de La Fayette de l'arrivée de Foullon et des Arrêtés qu'elle venait de prendre à son égard, en observant à M. le commandant général que la prudence la plus sévère exigeait pendant le jour qu'aucun mouvement extraordinaire autour de l'Hôtel de Ville n'indiquât la présence d'un prisonnier important; mais qu'à l'entrée de la nuit il voudrait bien donner des ordres pour qu'une escorte sûre pût accompagner M. Foullon jusqu'à l'abbaye Saint- Germain.
« M. le commandant général a promis de se conformer aux intentions de l'Assemblée. »
Le curé de Saint-Étienne-du-Mont, au nom d'une commission nommée la veille, rapportait que le lieutenant criminel instruisait « les prisonniers, qu'ils pouvaient se faire réclamer par leurs parents, et que, sur des ordres émanés des districts, il les rendrait à la liberté »; que le lieutenant civil, duquel dépendait la prison de la Force, était invité à suivre la même marche.
On délibérait en raison de « l'importance dont il était, surtout dans les circonstances présentes, d'environner le pouvoir exécutif de tout le respect dont il avait besoin pour se développer avec succès», sur la punition qui devait être infligée à la femme du boulanger Chevalier, qui s'était mise en rébellion contre une patrouille de Saint-Jacques-du
Haut-Pas, à propos de la diminution du prix du pain, lorsque, « à midi, des cris tumultueux s'élèvent de la place de l'Hôtel-de-Ville; la multitude attroupée demande avec fureur la mort de M, Foullon ».
On dépêche vers La Fayette, qui visitait les districts. L'attroupement ne cesse d'augmenter ; u l'Hôtel de Ville et sa garde sont menacés ». On fait descendre, avec le maire, Bailly, quinze ou vingt électeurs, les plus vénérables par leur crédit et par leur état, « MM. les curés, u pour porter à la foule des paroles de modération et de justice ». Le calme n'est rétabli qu'un instant, « attendu la foule innombrable et la grande effervescence des esprits » .
« En effet, quelques minutes après, les cris sont devenus plus effrayants et les efforts contre la garde de l'Hôtel de Ville plus sensibles...
« Des électeurs, en plus grand nombre, sont descendus sur la place, s'y sont dispersés... Ils ont rapporté presque tous que la multitude s'animait davantage par l'idée qu'on avait favorisé l'évasion de M. Foullon; qu'elle serait peut-être plus tranquille après l'avoir vu... Ce soupçon de l'évasion faisait éclater partout la menace de mettre le feu à l'Hôtel de Ville et d'immoler les électeurs eux-mêmes.
« Dans ce moment, l'effroi a saisi tous les membres de l'Assemblée. On savait que M. Foullon avait été conduit à l'Hôtel de Ville entre cinq et six heures du matin ; mais les membres du bureau de nuit, qui l'avaient reçu, s'étaient retirés. On ne savait pas dans quel endroit de l'Hôtel de Ville il avait été déposé. Il était même possible que son évasion eût été favorisée à l'insu de l'Assemblée.
« Quelques électeurs s'étaient dispersés pour le chercher ; on est venu apprendre qu'il était dans la salle de la Reine avec quatre gardes de la Ville.
« Alors l'Assemblée a voulu tenter, s'il était possible, de calmer le peuple, en lui donnant, comme il le demandait avec des cris effroyables, l'assurance que M. Foullon était dans l'Hôtel de Ville.
« Elle a chargé MM. Baudouin, Charton et deux autres électeurs, de passer avec lui dans la salle de la Reine, de ne plus le quitter, et de l'engager à se montrer à l'une des fenêtres de cette salle qui donnent sur la place de l'Hôtel-de-Ville.
« Les électeurs nommés ont exécuté cette commission. Le domestique de M- Foullon, saisi et amené avec lui, s'est jeté à leurs pieds, en leur exposant que, si son maître était coupable, lui il était très innocent. Il les a conjurés de l'en séparer le plus tôt possible... Ce qui a été décidé...
« Cependant la vue de M. Foullon avait excité dans la place plusieurs cris de joie; on a cru avoir gagné quelque chose; mais presque au môme instant les barrières ont été brisées, les gardes enfoncés, et la multitude a inondé les escaliers, la cour et la Grande Salle de l'Hôtel de Ville... demandant Foullon à grands cris...
a Moreau de Saint-Méry, avec beaucoup de peine, a obtenu un instant de silence... De la Poize, Osselin, ont parlé sur la nécessité d'une instruction et d'un jugement avant toute exécution... Un cri universel s'est fait entendre : Oui, jugé tout de suite et pendu!