‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 458 sur 549 · MASSACRE DE FOULLON ET DE BERTIER · texte numérisé non relu

MASSACRE DE FOULLON ET DE BERTIER

« iM. FouUon lui-môme a voulu parler.... On n'a pu entendre que ces mots : Assemblée respectable, peuple juste et généreux; au surplus, Je suis au milieu de mes concitoyens; je ne crains rien!

« L'effervescence a repris tous ses accès; des clameurs se sont fait entendre dans la place de l'Hôtel-de- Ville. Quelques personnes d'un extérieur décent, mêlées parmi la foule, même dans la salle, l'excitaient à la sévérité. Un particulier bien vêtu, s'adressant au bureau, s'écriait avec colère: Qu est-il besoin de jugement pour un homme jugé depuis trente ans ?

« Par trois fois différentes, M. le marquis de La Fayette a repris la parole; toujours il a produit quelque effet favorable, et il est impossible de savoir ce qui serait arrivé, lorsque des cris, beaucoup plus effrayants, sont partis de la place de l'Hôtel-de-Ville. Plusieurs voix à l'extrémité de la salle ont annoncé que le Palais-Royal et le faubourg Saint-Antoine venaient enlever le prisonnier. Les escaliers et tous les passages de l'Hôtel de Ville ont retenti de cris épouvantables; une foule nouvelle est venue presser la foule qui remplissait déjà la Grande Salle ; tous se sont ébranlés à la fois ; tous se sont portés avec impétuosité vers le bureau et vers la table qui soutenait la chaise sur laquelle M. FouUon était assis. La chaise s'ébranlait ; elle était renversée, lorsque M. le marquis de La Fayette a prononcé à haute voix : Qu'on le conduise en prison!

« i\I. Foullon était déjà dans les mains du peuple, qui lui a fait traverser la salle sans mauvais traitement ; et, l'instant d'après, on est venu apprendre que le peuple l'avait pendu à la lanterne placée en face de l'Hôtel de Ville.

« Au même instant, le sieur Louis-Pierre-Jean-Baptiste Breton, compagnon menuisier, a apporté sur le bureau un soulier avec une boucle d'argent et une tabatière d'or, qu'il a dit appartenir à M. Foullon, et dont il a demandé un reçu.

« Son chapeau a été aussi rapporté, ainsi que ses deux montres en or, deux flacons, une bourse vide et une autre bourse dans laquelle étaient 11 louis en or; 2 pièces de 6 sous et une médaille d'argent ; un mouchoir de toile blanche et une paire de gants ; tous effets remis pour le sieur André Besson, maître limonadier, rue Neuve-Saint- Martin... ' »

Peu après, l'Assemblée générale était informée que l'intendant Bertier et son escorte s'étaient arrêtés au Bourget pour dîner. Un exprès était expédié avec ordre de « faire coucher le prisonnier au Bourget ».

L'un des commissaires envoyés à Compiègne, La Presle, arrivant

1. Dusaulx, dans son Discours sur la prise de la Bastille, l. c, p. 377-379: « On avait trop vexé ce peuple honnête et laborieux, que l'on osait le plus souvent appeler populace... Mais qu'est devenu le butin rapporté de la Bastille et de plusieurs autres maisons royales? Que sont devenues les 200,000 livres enlevées du Trésor de la Ville dans un moment d'efifervescence ? L'or, l'argent, les diamants et les billets, encore plus précieux, sont-ils restés dans les mains du peuple qui les avait conquis? Il nous a tout rapporté... Le lait est qu'on n'a jamais eu moins de crimes dans Paris que dans ces terribles jours où nous étions tous à la merci du peuple. »

plus tard, annonçait que cela était impossible; qu'aux 2^0 cavaliers envoyés parla Ville plus de 600 autres cavaliers s'étaient joints à Senlis et sur la route; qu'une foule immense couvrait les chemins du Bourget à Paris; que tous les efforts seraient inutiles pour empêcher l'arrivée. L'Assemblée décida d'envoyer au-devant du second commissaire, Etienne de La Rivière, « un courrier porteur d'un ordre en vertu duquel M. Bertier de Sauvigny devait être, en entrant a Paris, conduit directement aux prisons de Pabbaye Saint- Germain ».

Le commissaire La Rivière, après avoir sur la route de Senlis avec son collègue, et seul depuis Saint-Denis, réussi non sans peine à soustraire le prisonnier aux fureurs des foules, l'amena au bas de l'escalier de l'Hôtel de Ville, à huit heures du soir^

Son arrivée étant annoncée de la place par d'immenses clameurs, La Fayette faisait mettre sous les armes un poste très nombreux; la cour et les escaliers étaient garnis de gardes françaises et de citoyens armés, à travers lesquels Bertier fut conduit dans la Grande Salle, o.ù l'on fit avec peine entrer quelques soldats pour veiller sur sa personne-,

« M. Bailly a demandé au prisonnier s'il avait quelque chose à dire. M. Bertier a dit qu'il se justifierait lorsqu'il connaîtrait les accusations portées contre lui.

« M. Bailly lui a demandé ce qu'il avait fait depuis le 12 de ce mois. Il a répondu qu'au commencement des troubles il a cru devoir se retirer à Versailles, d'où il est parti mercredi 15, à minuit; que des affaires d'administration l'appelaient à Mantes et à Meulan, qu'il s'y est rendu; que de là il a été à Meaux liquider les frais de passage pour la retraite des troupes; qu'il en est parti vendredi dernier pour se rendre à Soissons, où il a soupe et couché chez sa fille; qu'il en est parti samedi matin pour Compiègne, où en arrivant il a été arrêté par deux hommes qui lui ont dit avoir l'ordre de le saisir partout où ils le rencontreraient.

« M. Bailly lui a demandé ce qu'étaient devenus ses papiers. Il a répondu qu'il n'avait sur lui qu'une espèce d'adresse, qu'au même instant il a tirée de sa poche; que ses papiers relatifs à Fadministration devaient être dans ses bureaux; qu'il n'avait emporté avec lui que sou portefeuille, resté entre les mains de son domestique, qui avait dû le remettre à M. l'intendant de Soissons; qu'il ne savait pas au surplus ce que le domestique était devenu. Il a ajouté qu'il avait déjà passé trois

1. Rapport de La Rivière, au Procès-verbal Duveyrier, t. II, 329-34L

2. V. le récit de la mort de Foullon et de Bertier dans l'Histoire de la Iîévolution,par deux Amis de la liberté, t. II, p. 116-142 : Bertier, y lit-on, « marchait au milieu de l'exécration générale... 11 approchait de Paris, quand une charrette, au milieu d'un village, se présente devant sa voiture j des verges de bois chargées d'inscriptions y étaient disposées par étages. Ou le contraint de les lire; elles offraient le tableau de sa vie : Il a volé le Roi et la France! Il a dévoré la substance des peuples! lia bu le sang de la veuve et de l'orphelin! Il a trompé le Roi! Il a trahi sa pairie! etc.... A son entrée dans Paris, il ne se vit jamais rien de pareil. Plus de îiOO cavaliers en armes formaient sa garde; des bourgeois, couronnés de lauriers, suivaient ou précédaient sa voiture avec des tambours et des drapeaux; les femmes chantaient et dansaient au son de la musique militaire... »

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