‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 480 sur 549 · MIRABEAU CONTRE LES ÉLECTEURS · texte numérisé non relu

MIRABEAU CONTRE LES ÉLECTEURS

saisi les rênes de l'administration de la Ville sans le consentement formel de la Commune, mais autorisés par un péril imminent. A présent qu'ils ne peuvent pas méconnaître le principe, qu'ils sentent que ce consentement est absolument nécessaire, ils ont encore des assemblées; ils ont délibéré si, nonobstant le vœu formé par les districts de créer une administration nouvelle, ils ne resteraient pas revêtus du pouvoir qu'ils exercent ; ils ont enfin établi dans leur sein un Comité permanent, qui n'a point de rapport direct avec les districts, dont l'objet incontestable est le bien public, dont la constitution a été nécessitée par les circonstances, mais dont le fruit est devenu nul, parce que les créateurs et les créés ne sont que de simples particuliers, sans délégation, sans confiance, et que leur pouvoir a cessé au moment où leur mission d'électeurs a été consommée ». »

De longs et vifs débats s'engagent sur cette dénonciation. On convient de faire imprimer et publier, sans attendre la rédaction définitive des procès-verbaux, « les délibérations relatives aux elïorts que les « électeurs n'ont cessé de faire pour abdiquer, sans compromettre la (I chose publique, des fondions qu'ils n'avaient exercées, au péril des « jours de chacun d'eux, que pour le salut de la chose publique ».

L'Assemblée générale fait précéder ces Extraits de cette observation que, jusqu'au 17 juillet, jusqu'au jour où « le Roi vint donner à sa Capitale le secours et la consolation de sa présence », elle n'avait pas « la puissance de délibérer sur la légitimité de ses fonctions ».

Dès le 18, prouvent ces Extraits, elle a, d'une part, constaté que, « grâce à l'intelligence et au courage de M. Moreau de Saint-Méry, président, de tous les membres de l'Assemblée et de MM. les officiers municipaux, reconnus par l'Assemblée générale de la Commune, tenue le lundi 13, les bons citoyens ont joui, au milieu du désordre le plus effrayant, d'une sûreté et d'une tranquillité vraiment miraculeuses » ; que, d'autre part, elle a, à l'unanimité, décidé de convoquer les soixante districts, « les nobles et ecclésiastiques, membres reconnus de la Commune, y étant appelés et assemblés avec les autres citoyens sans aucune distinction », pour nommer des députés auxquels « chaque district donnera pouvoir de régler la formation de l'administration municipale... et de manifester le vœu sur la nomination de M. Bailly comme maire et de M. le marquis de la Fayette comme commandant général^ ».

1. Mirabeau, dit Bailly dans ses Mémoires, II, 339-340, « ambitionnait la place de maire de Paris ».

2. Dusaulx, terminant, à cette date du 18 juillet, son OEuvre des sept jours (/. c, p. 32'2-341), écrivait :

« Quant aux électeurs, qui avaient été enchaînés jour et nuit à des fonctions périlleuses, qui avaient été volontairement esclaves de leurs devoirs pour que les autres devinssent libres; satisfaits d'avoir provoqué dans Paris la Révolution, d'en avoir couru les risques, soutenu le fardeau; d'avoir, de leur propre mouvement et au milieu de la dissolution de tous les pouvoirs, empêché les grands excès de l'anarchie, et retenu l'Etal au bord du précipice; satisfaits d'avoir, dans ces temps orageux, établi des formes provi-

La formation du Comité provisoire, dont on s'est occupé dans cette même journée du 18, avait pour objet le remplacement du Comité permanent, « généralement improuvé, non pas relativement aux membres qui le composaient, mais eu égard à la précipitation qui l'avait établi ». L'Assemblée n'en voulut point tirer « les membres de son sein ; elle arrêta que chaque district serait invité à choisir et envoyer à l'Hôtel de Ville un citoyen pour former ce Comité provisoire ».

Le 21, réunie sur convocation extraordinaire, elle constata que seize districts avaient confirmé leurs électeurs, que seize les avaient révoqués, en renvoyant d'autres à leur place, et que vingt-neuf ne s'étaient pas encore expliqués. Sa délibération sur le nombre de députés qui devaient être demandés aux districts pour former l'administration municipale fut interrompue par les motions relatives aux secours à distribuer aux ouvriers des faubourgs. Les scènes sanglantes du 22 empêchèrent la délibération d'être reprise.

Mais le 23, tandis que le maire Bailly demandait, par une circulaire aux districts, « deux députes pour concerter avec lui et exécuter provisoirement un plan d'organisation municipale », l'Assemblée déclarait « qu'elle cesserait de remplir les fonctions de la municipalité, « qu'elle continuait par nécessité seulement, à l'instant où le vœu de « tous les districts aurait, d'après M. le le maire, réalisé un plan pro- « visoire d'administration municipale ».

Les cent vingt députés des districts, réunis pour la première fois à l'Hôtel de Ville, le 25, ont, u après une grande délibération sur les fonctions purement administratives exercées par l'Assemblée des électeurs », envoyé à celle-ci une députation de sept membres, « Amelot, de la Corée, de Miroménil, Grouvelle, du Ferreux, Rousseau, Desmousseaux, chargés de la remercier des soins heureux qu'elle avait pris pour la sûreté publique et individuelle, et pour la prier de conserver et de continuer les fonctions qu'elle exerçait si bien jusqu^à ce qu'elle pût être valablement et utilement remplacée. »

D'après quoi, l'Assemblée générale exprimait l'espérance « que M. le comte de Mirabeau voudrait bien repousser désormais le soupçon injurieux, qu'il avait peut-être trop légèrement émis.

« Pour manifester davantage, s'il est possible, sa résolution constante de ne tenir ses fonctions provisoires que de la confiance universelle de tous les citoyens de la capitale, l'Assemblée a arrêté que MM. Duveyrier et Garnier, secrétaires; MM. les curés de Saint-Roch, de Chaillot, Levasseur d'Hating, Blonde, Raimond et Silly, électeurs, voudraient bien se transporter à l'Assemblée des cent vingt

soires dont l'heureuse influence se fait sentir encore, et suffisamment récompensés de leur patriotisme par le témoignage de leur conscience, les électeurs déclarèrent que, leurs fonctions précaires n'ayant été prolongées que pour le salut de la patrie, il était temps de leur donner des successeurs plus authentiques.

« La Patrie en gémit; mais elle les regarda et les regarde encore comme ses sau» veurs et ses libérateurs. »

NECKEll A L'HOTEL J)E VILLE. 655

députés des districts, pour les inviter avec instance à porter dans leurs districts respectifs l'Arrêté par lequel ils ont prié l'Assemblée des électeurs de continuer ses fonctions administratives et provisoires, pour qu'il soit sanctionné ou révoqué par les districts; déclarant tous les membres de l'Assemblée, en tant que de besoin, collectivement et individuellement, qu'ils sont prêts à cesser toutes fonctions aussitôt que le vœu de tous les districts ou de la majorité des districts les aura dégagés du fardeau honorable, mais pénible, dont ils ont été chargés par le concours et la nécessité des événements.

« Il est de même arrêté que la présente Délibération, imprimée, sera adressée à l'Assemblée nationale et à tous les districts de la capitale. »

RÉCEPTION DE NEGKER i

La dernière séance de l'Assemblée générale des électeurs, le jeudi 30 juillet, fut principalement consacrée à la réception solennelle du Ministre populaire Necker, accompagné de M""' Necker et de M'"" de Staël, sa fille.

Les cent vingt furent « invités, dans ce moment de joie universelle, avenir se mêler aux Électeurs», par un arrêté pris à l'unanimité. Ils répondirent que « les Représentants de la Commune ne pouvaient accepter la réunion, parce que M. Necker, ayant deux visites à rendre, avait des choses bien différentes à dire à chacune des Assemblées, puisqu'il n'avait que des félicitations et des compliments à faire à l'Assemblée des Électeurs, et au contraire des encouragements à donner et des modèles à présenter à l'Assemblée des Représentants qui ne fait que de naître. M. le Maire a ajouté que l'Assemblée des Représentants accompagnerait M. Necker dans la salle des Électeurs, et qu'il invitait partie de Messieurs les Électeurs à venir assister à la réception de M. Necker, dans la salle des Représentants...

u L'arrivée de M. Necker annoncée, douze Électeurs ont été nommés pour aller recevoir le Ministre à la porte de l'Assemblée.

« Tout était disposé par les cent vingt, pour que M. Necker fût introduit dans leur salle, avant toute autre visite ; et ce n'est qu'après avoir vu les cent vingt députés, qu'il est venu dans la salle des Électeurs. M""' la marquise de la Fayette, M""= Necker, M"*" la baronne de Staël, M'"" les princesses Lubomirska, Ezewiska et Potoçka, MM. de Lusignan, de Rochechouart, de Botidoux, député de Bretagne, le baron de Staël, Germani, et plusieurs députés de l'Assemblée nationale, étaient déjà introduits et placés dans l'Assemblée.

« M. Necker est entré, précédé des douze députés que l'Assemblée avait nommés pour le recevoir. Il était accompagné de M. le comte de Saint-Priest, ministre de Paris, de M. le marquis de la Fayette et de M. de Glermont-Tonnerre.

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