Mémoire de Besenval, éd. in-18 de 184G, p
L'AMN1ST[E RÉCLAMÉE. 659
« Distingués comme vous êtes, Messieurs, par le choix de vos « concitoyens, vous voulez sûrement être, avant tout, les défenseurs « des lois et de la justice; vous ne voulez pas qu'aucun citoyen soit « condamné, soit puni sans avoir eu le temps de se faire entendre, u sans avoir eu le temps d'être examiné par des juges intègres et im- « partiaux; c'est le premier droit de l'homme, c'est le plus sacré devoir « des puissants, c'est l'obligation la plus constamment respectée par
u toutes les nations Ces principes dominent tellement mon âme
« que, si j'étais témoin d'aucun acte contraire, dans un moment où je « suis rapproché par ma place des choses publiques, j'en mourrais de « douleur, toutes mes forces au moins seraient épuisées
(( Je serais heureux d'une insigne faveur accordée à un simple a particulier; je le serais bien davantage, si cet exemple devenait le « signal d'une amnistie qui rendrait le calme à la France et qui per- « mettrait à tous les citoyens, à tous les habitants de ce royaume, de « fixer uniquement leur attention sur l'avenir, afin de jouir de tous « les biens que peuvent nous promettre l'union du peuple et du sou- « verain, et l'accord de toutes les forces propres à fonder le bonheur « sur la liberté, et la durée de cette liberté sur le bonheur général.
« Ahl Messieurs, que tous les citoyens, que tous les habitants de « la France rentrent pour toujours sous la garde des lois. Cédez, je (( vous en supplie, à mes vives instances, et que par votre bienfait ce « jour devienne le plus heureux de ma vie et l'un des plus glorieux « qui puisse vous être réservé. »
« La présence de M. Necker, ses paroles douces et pénétrantes ont
entraîné les cœurs Mille cris se sont élevés dans la Grande Salle:
Grâce! Pardon! Amnistie! M. de Glermont-Tonnerre a saisi ce moment pour proposer à l'Assemblée de rédiger sur-le-champ un Arrêté relatif à l'amnistie qui venait d'être proclamée.
(i En conséquence, il a été arrêté, à l'unanimité, ce qui suit :
« Sur le discours si vrai, si sublime et si attendrissant de M. Necker, l'Assemblée, pénétrée des sentiments de justice et d'humanité qu'il respire, a arrêté que le jour où ce Ministre, si cher et si nécessaire, a été rendu à la France, devait être un jour de fête;
(( En conséquence, elle déclare, au nom de tous les habitants de cette Capitale, certaine de n'être pas désavouée, qu'elle pardonne à tous ses ennemis; qu'elle proscrit tout acte de violence contraire au présent Arrêté, et qu'elle regarde désormais comme les seuls ennemis de la Nation ceux qui troubleront par aucuns excès la tranquillité publique,
« Et en outre, que le présent Arrêté sera lu aux prônes de toutes les Paroisses, publié à son de trompe dans toutes les rues, envoyé à toutes les Municipalités; et les applaudissemens qu'il obtiendra distingueront les bons Français. »
Le ministre, à qui l'Arrêté a été lu, s'est retiré en « témoignant le sentiment de la plus vive reconnaissance ».
Le secrétaire de l'Assemblée, Duveyrier, a proposé, et, dans la forme régulière, par assis et levé, les Électeurs ont à l'unanimité adopté ja motion de faire placer, à leurs seuls frais, deux bustes, celui de Necker et celui de Bailly, dans la Grande Salle de l'Hôtel de Ville \
Sur la proposition de de La Poize, il a été également décidé de frapper une médaille d'argent pour chacun des électeurs, et d'or pour Moreau de Saint-Méry, « celui des présidents (de l'Assemblée générale) qui, depuis le premier instant de la Révolution, n'a pas cessé de développer le courage le plus froid, la prudence la plus courageuse, et la plus constante assiduité ».
On a lu ensuite plusieurs adresses des villes de province, notamment une de Grenoble, qui célébrait « les premiers sauveurs de la Patrie », et proposait « d'ériger une colonne simple et majestueuse, sur laquelle seraient inscrits les noms des guerriers qui avaient versé leur sang pour la défense de la Patrie. »
FIN DE l'assemblée GÉNÉRALE DES ÉLECTEURS ^
Delavigne, qui avait présidé une partie de la séance comme président des Électeurs, est revenu dans la Grande Salle comme président des cent vingt représentants de la Commune, et a fait lire par le secrétaire de ceux-ci deux Arrêtés, datés du 29 juillet.
Le premier constate que « les cinq sixièmes des membres de l'Assemblée des représentants réunissent le pouvoir d'administrer dès à présent la population et de concourir à la formation d'un plan d'administration municipale ».
Par le second, les Représentants expriment aux Électeurs « les sentimens d'admiration et de reconnaissance dus à leur conduite sage et courageuse, qui a sauvé la chose publique et qui, au sein des malheurs qui menaçaient la Capitale, a su faire naître cette tranquillité, qui frappe encore d'étonnement ceux qui en ont joui ». De plus, « pour leur donner un gage d'union et de fraternité, ils les invitent à délibérer avec eux sur tous les objets qui se présenteront dans cette première séance » du 30 juillet.
Moreau de Saint-Méry, qui présidait, répondit à cette communication :
« Messieurs,
« L'Assemblée des Électeurs s'empresse de remettre dans vos mains le dépôt précieux d'une autorité, que les seules circonstances lui avaient imposé le devoir de prendre pour le salut public. Nous osons dire que ce dépôt n'a rien perdu d'avoir été confié à notre zèle, à notre patriotisme; et nous vous l'abandonnons avec la certitude qu'il ne sera pas moins cher aux Représentants de la Commune. »
1. Procès-verbal Duveyrier, t. II, p. 524-Û26. Il avait même été proposé d'ériger une statue à Necker dans l'enceinte de l'Hôtel de Ville, p. 8 de l'Exposé des travauxde fasaemblée générale des représentants de la Commune, rédigé, sur son ordre, par Godard, in-8° de 248 pages, 1790.