Page 91 de l'édition à 2 colonnes, Bibl. nat. Lc-39G
5i L'ASSEMBLÉE DES TROIS ORDRES.
« M. Réveillon, qui était un des électeurs du Tiers État, se trouvait pendant tout ce mouvement à l'Archevêché avec ses collègues. Instruit qu'il était l'objet ou le prétexte de cette fermentation, il olTrit d'aller au-devant des séditieux et de faire généreusement le sacrifice de sa vie à la tranquillité publique; mais, se rendant aux conseils de ses amis, il courut chez le lieutenant de police et ensuite chez le colonel des gardes françaises, pour en obtenir un secours qui protégeât sa manufacture.
« Dans l'assemblée primaire du district de MM. Réveillon et Henriot il se trouva beaucoup de petit peuple. Ces deux bourgeois, ainsi que les principaux notables, ne se confondirent pas dans la foule; ils occupèrent une place qui les sépara de la multitude. Cette sorte de distinction, qui n'était ni préméditée ni l'effet d'aucune prétention, humilia le reste de l'assemblée et la fit murmurer. Lorsqu'on fut à la rédaction du Cahier, chacun voulut proposer son article, chacun voulut faire sa motion. L'artisan le plus grossier, le plus mal vêtu, voulut aussi faire la sienne, et il la faisait de manière à donner à connaître qu'il savait très bien que le droit d'être écouté lui appartenait comme à tout autre.
« Les orateurs s'apercevaient fort bien de l'effet que produisaient leurs discours, ils prenaient pour mépris le peu d'intérêt qu'ils inspiraient. Lorsqu'il fallut clore le Cahier, les articles arrivaient en foule. On renvoyait ceux des motionnaires du petit peuple; ils insistaient, demandaient impérieusement que leur volonté fût aussi manifestée; ils censuraient les articles des notables et ne concevaient pas pourquoi ils avaient la préférence sur les leurs.
« Tous ces riens réunis inspirèrent beaucoup de mécontentement à la classe des ouvriers; elle est très nombreuse dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau; il s'est établi dans son sein une telle communication que ce qui affecte quelques-uns de ses membres est bientôt su de tous les autres, et dans cette occasion la querelle devint commune. Tous les ouvriers se crurent humiliés par la conduite
qu'avaient tenue les notables du district de M. Réveillon Ils s'en
tinrent à des murmures Mais les factieux connurent ces dispositions, ils en profitèrent habilement,; et, voulant effrayer tous les propriétaires de la capitale, ils dirigèrent leur première attaque contre un grand propriétaire. »
L'antagonisme trop naturel entre les électeurs à six livres de capitation et les prolétaires parisiens, qui n'avaient pas été appelés à nommer des représentants et à rédiger des Gabiers, tandis que tous les