‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 55 sur 549 · RÉPRESSION MILITAIRE · texte numérisé non relu

RÉPRESSION MILITAIRE

lîoyal-cravale, qui avait reçu ordre de ne laisser passer aucun équipage, voulut s'opposer au passage de la princesse. Les séditieux la reconnurent; ils firent effort avec leurs bâtons contre les soldats, allèrent droit à elle, escortèrent et portèrent presque la voiture jusqu'au delà de la foule. »

Le citoyen Toulongeon, « ancien militaire, ancien constituant et membre de l'Institut national de France », dans l'introduction à son

Histoire de France depuis la Révolution \ dit :

« Paris, depuis les temps orageux de la Ligue et de la Fronde,

n'avait produit aucun mouvement d'émeutes qui pût inquiéter Il

semble que les hommes ont, ainsi que les plantes, un caractère indigène qui tient au sol. Les descendants de ceux qui avaient défendu et sauvé Paris se retrouvèrent les mêmes, et les hommes qui déjà méditaient une révolution avaient un grand intérêt à s'en assurer. Pour cela, il fallait une épreuve et pour l'épreuve un prétexte. On choisit le lieu même de la scène au faubourg de Paris nommé le faubourg Saint- Antoine, le même qui s'était déjà fait connaître au temps des anciens troubles par du courage et de l'énergie. Ce faubourg a toujours été habité par une classe nombreuse d'ouvriers de tous genres qui, réunis habituellement, se connaissant les uns les autres, sont susceptibles d'émotions communes et faciles à se communiquer. Leur ordre de travail se fait par grands ateliers, chez les chefs manufacturiers. Un d'eux, nommé Réveillon, fut accusé d'avoir tenu quelques propos déplacés sur le salaire et la subsistance des ouvriers; dès le lendemain, on se porta en foule à sa maison : tout fut pillé, incendié

« Le premier feu (des troupes), loin d'effrayer, ne fit qu'irriter. On voyait aux fenêtres d'une maison en flammes les hommes et les femmes même tomber en arrière à chaque décharge; les blessés étaient emportés, et ceux qui les transportaient revenaient à la hâte reprendre leur poste. Parmi les acteurs de cette scène barbare, qui dura plusieurs heures, on entendait, au milieu des clameurs d'une tourbe effrénée, répéter le mot Liberté. Ils affectaient entre eux une police à la fois barbare et désintéressée. L'ordre était de tout brûler, de tout détruire; et ceux qui osaient emporter, voler, étaient massacrés sur-le-champ ; des hommes à peine vêtus et sous les haillons de la misère apportaient des montres, des bijoux, et les jetaient dans les flammes en criant : Nous ne voulons rien emporter!

« Il était évident que ces hommes, exaltés par des motifs supé-

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