‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 56 sur 549 · In-i», an IX (1801), t. I", p · texte numérisé non relu

In-i», an IX (1801), t. I", p

rieurs, n'étaient que des instruments dévoués à ceux qui les dirigeaient. Enfin la nuit mit fin à cette scène, et chaque parti fut satisfait des conséquences qu'il en pouvait tirer pour ses intérêts: les chefs révolutionnaires, car c'est ainsi déjà qu'on peut les appeler, furent assurés d'une armée brave à leurs ordres, et les agents de l'autorité virent avec satisfaction que les troupes n'avaient pas refusé l'usage de leurs armes ; mais avec la différence qu'ici c'était la suite et la fin d'une ancienne habitude d'obéir, et là le début et le commencement d'an nouvel effort »

Un capitaine de Royal-cavalerie, en garnison à Strasbourg et qui se trouvait en congé à Paris, prenant des notes pour des Souvenirs qu'il devait, en 1799, dédier à feu le roi de Prusse \ A.-H. de Dammartin, a laissé un assez curieux tableau de l'émeute. Interrompu dans son dîner à l'hôtel d'Ecquevilly, rue Saint-Louis-au-Marais, il alla avec deux des convives voir à pied ce qui se passait. Ses impressions sur le massacre du faubourg Saint-Antoine et sur l'aspect des boulevards du Temple et de Saint-Martin, pendant l'événement, méritent d'être recueillies :

« Quinze cents à seize cents misérables, excréments de la Nation, dégradés par des vices honteux, couverts de lambeaux, regorgeant d'eau-de-vie, offraient le spectacle le plus dégoûtant et le plus révoltant. Plus de cent mille personnes de tout sexe, de tout âge, de tout état, gênaient beaucoup les troupes dans leurs opérations. Bientôt le feu commença, le sang ruissela; deux citoyens honnêtes furent blessés près de moi....

« On entendait des hurlements affreux. De tels objets ne pouvaient retenir longtemps; nous revînmes sur nos pas, et nous fûmes arrêtés par de petites bandes de mauvais sujets, qui nous proposaient avec insolence de crier : « Vive Necker ! vive le Tiers-État ! » Nos refus constants ne nous attirèrent aucun outrage. Je remarquai cependant avec chagrin une haine naissante contre la croix de Saint-Louis, à laquelle les habitants de la capitale avaient jusqu'alors prodigué des égards inconnus ailleurs. Mes deux compagnons portaient cette honorable décoration; elle excita de grossiers murmures, môme de la part de

gens qui paraissaient bien au-dessus des fomentateurs Je repris ma

voiture à l'hôtel d'Ecquevilly pour me rendre chez le président de Rosambeau Il logeait au bas du boulevard, près de la porte Saint- Martin. Sur ma route,- je fus frappé des signes nombreux de l'indiffé-

1. Evénements qui se sont passés sous nos yeux pendant la Révolution française, Berlin, 1799, 2 vol. in-S». Bibl. nat. La«339.

RÉPRESSION MILITAIRE. 6i

rence égoïste qui prépare la ruine des grandes villes. Des baladins, par leurs plaisanteries, empêchaient deux mille êtres pensants de songer qu'à quatre pas on égorgeait leurs semblables. Des blessés passaient sans causer de distraction. Les balcons extérieurs de l'Opéra fourmillaient d'agréables des deux sexes, qui s'entretenaient gaiement de Vestris et de Gardel »

L'action du commandant général des troupes de l'Ile-de-France et du colonel des gardes françaises est ainsi expliquée dans les Mémoires de Uesenval * :

« Vers les dix heures du matin, M. du Châtelet arriva chez moi et m'apprit que le plus grand tumulte au faubourg Saint-Antoine et l'apparition d'une foule de brigands annonçaient les plus grands désordres. Nous nous rendîmes à la police Bientôt on nous apprit que l'établissement de Réveillon avait été pillé sous les yeux de la garde qu'on y avait envoyée et qui n'avait pas tiré un coup de fusil.

« M. du Châtelet fit marcher des compagnies de grenadiers, avec ordre de faire feu. On dépêchait émissaires sur émissaires, pour avoir des nouvelles; ils tardaient beaucoup à reparaître, le faubourg Saint- Antoine étant si plein de monde, qu'il était aussi difficile de pénétrer jusqu'à l'endroit où se commettait le désordre que d'en revenir pour rendre compte. M. du Châtelet fit marcher de nouveaux détachements à l'appui des grenadiers. Nous sûmes que, malgré le feu des troupes, les brigands n'en étaient que plus acharnés, quoique la partie ne fût pas assurément égale; car, contre les fusils, ces malheureux n'avaient que des bâtons et pour toute ressource celle de monter sur les toits, d'où ils faisaient pleuvoir des pierres et des tuiles sur les soldats, ce qui ne laissait pas que de les incommoder.

« Quoique le faubourg Saint-Antoine fût un des quartiers commis à la surveillance du régiment des gardes françaises, M. du Châtelet ne pouvait pas dégarnir assez les autres pour porter sur ce point toutes les forces nécessaires. Cela me détermina à y envoyer des détachements des gardes suisses, afin de soutenir les siens.

« Tous les espions de la police qui nous rapportaient des nouvelles s'accordaient à dire que l'insurrection était occasionnée par des étrangers, qui, pour grossir leur nombre, prenaient de force tout ce qu'ils rencontraient; que même ils avaient député, à trois reprises différentes, au faubourg Saint-Marceau, pour y faire des recrues, sans avoir

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