EN FAVEUR DES SÉDITIEUX
Dans une autre *, on s'écrie :
« Oui, ces infortunés séditieux contre lesquels vous envoyez des armées, que vous frappez inhumainement du glaive de la mort, méritent votre pitié, que dis-je? méritent votre justice Ah! si, dans
cet instant, les lois qui doivent, d'un œil de père, veiller au bonheur des pauvres comme à celui des riches, eussent flétri d'un décret le coupable auteur de ce désordre si, avant de procéder à cette horrible
boucherie, on eût fait publier à haute voix, à la tête des troupes, l'invitation paternelle de Sa Majesté à son peuple de ne point troubler le
repos public, l'ordre de fermer les portes et fenêtres de toutes les
maisons du faubourg; si à cette précaution sage on eût joint celle
de s'emparer de toutes les avenues du faubourg, d'intercepter toute communication extérieure, de s'assurer de tous les postes de la Ville où le peuple eût pu se porter, ce qu'il n'avait pas l'intention de faire : alors tout fût rentré dans le devoir; le sang de tant de sujets, dont la pauvreté n'exclut pas le prix, n'aurait point coulé, et le peuple satisfait, se reposant de sa vengeance sur le glaive des lois, mettant bas sa fureur, aurait renoncé à se faire justice lui-même Que veut et qu'a
le droit d'exiger le peuple ? Justice. »
Un autre publiciste s'adresse Aux citoyens représentants du peuple % à l'Assemblée nationale comme aux députés de Paris.
« Français, rétablissez la paix et l'union parmi vos concitoyens
Que la Nation ne soit plus indifférente à la misère de ses enfants, dont beaucoup préfèrent mourir plutôt que d'exister dans une horrible indigence Qu'elles cessent ces éternelles prohibitions contre des gens
qu'il ne faut qu'occuper pour qu'ils ne se montrent plus dangereux !
« Spectateur du combat terrible de Français contre Français, je vis avec horreur des hommes portant la foudre exterminer à mes côtés l'enfant, le vieillard innocent et l'homme qu'emporte le sentiment du désespoir, plus puissant que celui de l'existence
« Je conviens qu'il se peut faire qu'il y ait eu parmi eux des malheureux payés par des gens très riches, très envieux et très méchants, pour occasionner ce tumulte; je conviens qu'il se peut encore qu'il y ait eu parmi eux des malfaiteurs ; c'est peut-être là la plus forte raison qui a pu déterminer à agir dans la dernière rigueur. Je répondrai à tout cela que le plus grand nombre est plus pauvre que malinten-
1. Béllexions cVun citoyen sur les dissensions civiles, br, de 8 pages in-S". Lb^s 7159.
2. Dans la brochure Paiis-Aujourd'hui, 48 pages in-S", Bibl. nat. Lk'^ 0574, dont nous avons utilisé une partie tome II, p. 562-566. L'omission de la dernière phrase par l'auteur ou par l'imprimeur, est profondément significative.
tionné, plus désespéré que déterminé; je répondrai aussi que le spectateur ou le passant ne doit pas être massacré dans une ville policée, pour avoir passé par tel endroit ou pour avoir regardé telle maison, parce que ce ne sont point là des délits ni des crimes.
« Tout ce que je puis dire, avec vérité, c'est que je ne me serais jamais douté qu'on allait, sous mes yeux, parquer des citoyens et des perturbateurs pour les anéantirensuite;jeneme serais jamais imaginé d'avance, en voyant marcher ces gardes vers moi, qu'ils allaient faire main basse sur tous ceux qui se trouveraient sous leurs mains, sans distiction, sans avertissement quelconque. Je les considérais attentivement, à pas lents; je m'arrête; à l'instant un signe de mort fait agir ces hommes; le bruit de cent mousquets se fait entendre et terrasse, du côté du brasier, ceux qui ne pouvaient échapper au trépas.
« Rien n'était plus facile cependant que d'avertir les bourgeois, par la décharge d'une pièce de 12, de se retirer; je réponds qu'un tel avis n'eût point été négligé; que moi et les trois quarts et demi de ceux qui étaient là présents se seraient retirés paisiblement, et que les turbulents auraient modéré leur fureur.
« Le principe de cette émeute est très obscur; on ne peut pas porter un jugement irrévocable à ce sujet dans ce moment; les apparences sont extraordinairement trompeuses; une des principales cependant, de l'avis de beaucoup, c'est la misère du peuple; les recherches que j'ai faites m'ont prouvé cette triste vérité.
« Immobile, je regardais en frémissant la flamme ondoyante qui dévorait les débris de la fortune d'un homme dont il parait qu'on a
mal interprété les paroles Je disais : 0 vicissitudes humaines ! celui
qui jouissait peu auparavant d'une certaine opulence se trouve en ce moment le jouet de la plus déplorable destinée; je le plaignais d'autant plus qu'il parait certain qu'il n'a pas eu l'intention d'outrager
l'indigent, puisqu'ill'a soulagé mille fois Opulents qui parcourez
ces lignes, songez, songez sans cesse que plus vous ferez de bien à l'humanité, plus votre nom et votre mémoire seront en vénération dans les siècles à venir; et si, par »
Le registre de la correspondance du secrétaire d'État administrant la Maison du Roi et le département de Paris ^ fournit les pièces sui-
1. Arch. nat. 0» 500, f»» 316-317. Une indemnité fut refusée à un lieutenant de maréchaussée, en résidence à Cliarenton, qui avait été blesse ainsi que son cheval. {IbicL, i° 330, à la date du 29 mai et du 8 juin.) On ne trouve pas trace de gratifications accordées aux gardes françaises.