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LE PROCUREUR DU ROI ET DE LA VILLE

AU DIRECTEUR GENERAL DES FINANCES

« Monsieur,

« ...Mon devoir et le bien de la chose (publique) m'autorisent à intéresser constamment votre attention sur la demande que j'ai eu l'honneur de vous répéter ce soir pour qu'au moins il soit ordonné que les Électeurs du Tiers-État feront, à l'Hôtel de Ville même et non à la Prévôté, la nomination des Députés de leur Ordre et celle des Commissaires pour la rédaction des Cahiers.

« 11 est encore temps de pourvoir à cet amendement ou modification du Règlement du 28 mars.

« Vous étiez d'abord disposé, monsieur, le k du mois dernier, à faire conserver à la Ville de Paris ce foible et juste dédommagement de tous les sacrifices que les circonstances lui coûtent. Vous avez pu vous convaincre depuis qu'en la réduisant aux seuls préliminaires de la convocation du Tiers, c'est une humiliation de plus, sans utilité pour l'ensemble de l'opération ni pour l'objet principal. Je crois fermement aussi, monsieur, que la Ville de Paris a bien des droits à quelque consolation, à quelque bienveillance, en attendant la justice qu'elle ne cessera de réclamer. Je désire pour vous-même qu'elle vous en ait l'obligation.

« Je voudrais qu'il eût pu dépendre de moi de faire prévaloir les diverses propositions que j'avois exprimées, au moins celle de la convenance et de l'utilité de ne pas diviser l'opération, d'en attribuer la totalité, pour cette fois, à M. le Prévôt de Paris, plutôt que de la partager.

u Je ne cherche point à vous déguiser ma sensibilité sur l'issue de cette affaire. Tantôt, après que vous nous avez quittés, je n'ai pu soutenir la séance jusqu'à la fin.

« M. le Lieutenant civil l'a prolongée inhumainement en sollicitant notre avis particulier sur son projet de convoquer à la Prévôté même le Corps municipal.

« J'ai observé que cette intention ne pouvoit se traiter qu'avec le Corps de Ville et je me suis retiré.

« C'est déjà trop de faire boire le calice. Il faudrait au moins faire grâce de la lie. Je vous supplie de recommander la générosité pour les vaincus.

a Je suis avec respect, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

« De Corny. »

La question de la tenue à l'Hôtel de Ville de l'Assemblée générale des Électeurs du Tiers-Etat avait été abandonnée devant le refus ministériel, mais, comme fiche de consolation, les Officiers municipaux s'étaient attribué l'inoffensif honneur de faire cortège aux élus des trois Ordres de la Capitale pour le dépôt du Cahier particulier de la Ville qui, d'après le Règlement du 28 mars, non altéré sur ce point par le Règlement du 13 avril, devait être rédigé le dernier, entre les Députés de Paris et le Corps de Ville.

Le 22 avril, le Garde] des Sceaux, Barentin, invite le Greffier en chef, Veytard, « à faire tout le nécessaire pour que le Bureau de la Ville s'assemble extraordinairement le lendemain jeudi dans la matinée ». Il adresse quelques heures plus tard au même Greffier cette note à transmettre aux Prévôt des Marchands et Échevins * :

« Le Garde des Sceaux demande qu'on lui explique ce que les Prévôt et Échevins entendent par cette députation municipale, de combien de membres elle sera composée, de quelle manière et à quelle époque elle se réunira aux quarante Députés. élus a la Prévôté; en quoi consistera la mission qu'elle aura à remplir aux États généraux; à quel titre elle y sera admise, et enfin sous quelle forme elle y comparoîtra.

« Le Garde des Sceaux n'a pas voulu en parler au Roi avant des explications, qu'il demande pour le lendemain jeudi dans la journée. »

Le Bureau de la Ville était alors occupé de la distribution des pouvoirs aux électeurs qui venaient d'être nommés par les districts; il ne put tenir séance extraordinaire qu'après l'ouverture de l'Assemblée générale des Électeurs à l'Archevêché.

Sa délibération fut expédiée à M. de Barentin2, sous forme de lettre signée de trois des Échevins 3.

LES PBÉVOT

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