‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789Chapitre 265 sur 282 · RÉUNIE DANS LES ÉCOLES EXTÉRIEURES DE LA S0RB0NNE · texte numérisé non relu

RÉUNIE DANS LES ÉCOLES EXTÉRIEURES DE LA S0RB0NNE

« Ce jour d'hui 22 avril 1789, en vertu du mandement donné par Monseigneur le Recteur en date du 18 du présent mois, en exécution de l'article XXV du Règlement fait et arrêté en Conseil d'État du Roi, Sa Majesté y étant, le 13 avril 1789, l'Université s'est assemblée dans les

1. Le proies-verbal suivant est extrait de la collection Camus, Bill, 113, fos 483-188-

Écoles extérieures de la Sorbonne pour procéder à l'élection des quatre Représentans qu'elle doit nommer conformément audit article XXV du Règlement.

« Premièrement, il a été procédé à l'appel des membres de l'Université, selon l'ordre dans lequel ils sont entrés (234 membres présens).

« Secondement, il a été arrêté unanimement qu'il sera réclamé contre la restriction opposée par l'article XXV du Règlement du 13 avril de la présente année à la prérogative de l'Université reconnue au commencement du môme article, d'envoyer ses Députés directement aux États généraux.

« Troisièmement, avant que l'on procédât à l'élection, M. le Doyen de Médecine s'est levé et a demandé au nom de sa Faculté que l'élection se fît non individuellement et par tête, ainsi qu'il avoit été arrêté au tribunal de l'Université, le vendredi 17 du présent mois, mais par chacune des Facultés séparément, et, à l'appui de sa demande, il a lu le décret de sa Faculté dont il étoit porteur.

« Sur cette demande, M. le Recteur a mis en délibération si l'on procéderoit ou non, sur-le-champ à la nomination desdits Représentans; nonobstant la réclamation de M. le Doyen de Médecine, et d'après la discussion des différens moyens, M. le Recteur fondé sur les conclusions antérieures des Facultés de Théologie, de Droit et de chacune des Quatre Nations, ainsi que sur la déclaration même de M. le Doyen de Médecine, portant que si l'Université persistoit dans la résolution d'opiner individuellement, laditte Faculté de Médecine consentoit pour le bien de la paix à opiner de la même manière, sous toutes réserves de droit, et de plus fondé sur l'approbation, clairement manifestée, du reste de l'Assemblée, a ordonné sur-le-champ qu'il seroit procédé à la nomination desdits Représentans, de la manière arrêtée audit tribunal, le vendredi 17 du présent mois,

« Et, pendant que M. le Recteur recueilloit les suffrages, M. le Doyen de Médecine appelle pour donner le sien s'est présenté et a déclaré hautement que tous les membres de l'Assemblée avoient dû être témoins que sa Faculté, nonobstant ledit décret du tribunal du vendredi 17 avril, nonobstant encore la nouvelle Ordonnance portée, il n'y avoit qu'un moment, par M. le Recteur, s'étoit retirée à part, dans un angle de la salle; et a déclaré, en outre, qu'elle y avoit arrêté que ses membres, pour le bien de la paix, porteroient, individuellement et par tête, leurs suffrages, mais qu'ils ne les porteroient ainsi que comme contraints, et a demandé acte de ses susdites réclamations et réserves; ce qui lui a été accordé par M. le Recteur.

o20 LA CONVOCATION DE PARIS.

« Et M. le Recteur ayant continué de recueillir individuellement les suffrages, et les Membres de la Faculté de médecine ayant aussi donné les leurs de la même manière, tous les suffrages vérifiés et lus publiquement, ont été nommés à la pluralité, savoir :

i Pour l'Ordre du Clergé : M. François Dupont, Docteur en Théologie;

« Pour l'Ordre de la Noblesse : M. Bosquillon, Docteur en Médecine;

« Pour l'Ordre du Tiers : M. Gouillart, Docteur en Droit; M. Pierre- Claude Berault Guéroul, Professeur de Rhétorique.

« Quant à la confection des Cahiers, la brièveté du temps n'ayant pas permis de les rédiger avant la nomination de ses Représentans, l'Université se réserve de les présenter directement aux États généraux, ainsi que l'usage l'y autorise. A cet effet, elle a chargé des Commissaires d'y travailler en toute diligence.

« Fait, clos et arrêté en ladite Assemblée de l'Université de Paris lesdits jour et an que dessus.

« Signe :

« Le Recteur : Dumouchel,

« Giraud de Koudou, Greffier. »

Le Cahier, annoncé à la fin du précédent procès-verbal, ne fut ni présenté ni publié.

L'Université essaya de conserver son antique popularité à travers les premiers événements de la Révolution. Les deux électeurs, qu'elle avait nommés pour le Tiers-État, restèrent avec leurs collègues des soixante districts, non seulement durant les opérations électorales, mais après, au moment de l'installation à l'Hôtel de Ville et de la saisie de tous les pouvoirs municipaux, dans l'Assemblée générale des électeurs de Paris, à titre de Représentants du district de l'Université, le soixante et unième, porté officiellement au premier rang.

Aussitôt après la prise de la Bastille, « déployant aux yeux de la foule toute la pompe de sa splendeur passée1», l'Université se rendit en corps chez le Maire de Paris, chez le Commandant général de la Garde nationale pour les féliciter et « mettre sous leur protection ses intérêts « et ses droits ».

En même temps, considérant « les grands et importants objets qui occupaient la première nation de l'univers, assemblée par ses Députés », et « frappée d'étonnement à la vue des projets sublimes de ces illustres concitoyens », elle arrêtait unanimement « de députer vers cette Auguste Assemblée son Recteur et ses Officiers généraux pour lu i présenter l'hommage de son respect et l'assurer des efforts qu'elle fera constamment pour inspirer à la jeunesse qui lui est confiée les senti-

1. Comme dit son dernier historien, le continuateur de Du Boulay, Ch. Jourdain, l.c.

mens de la plus vive reconnaissance ». Le Recteur Dumouchel, qui, d'ailleurs, avait été élu Député du Clergé, fut admis à la barre de l'Assemblée nationale, et prononça un discours des plus enthousiastes :

« Fidèle dépositaire des sentimens de l'Université, j'apporte aux pieds de cette Auguste Assemblée l'hommage du respect et de la vénération profonde que lui inspirent l'union des vertus sublimes et patriotiques, dont vous donnez chaque jour à l'Europe et à la France entière le spectacle éclatant... Grâce à vos nobles travaux, ce n'est plus dans les tems reculés de notre histoire, ni dans les annales étrangères que nous chercherons désormais les grands et magnifiques exemples de l'honneur et du patriotisme... Vos noms sacrés enflammeront le cœur d'une jeunesse vive et sensible. »

Cependant, dès le mois de septembre 1789, lorsque l'Assemblée générale des Électeurs du 14 juillet succéda à l'Assemblée générale des Représentants de la Commune de Paris, sur la simple observation d'un délégué du district de Saint-Laurent, les Députés de l'Université furent refusés et le district qu'elle prétendait continuer à former supprimé : considérant que « les citoyens, quels qu'ils soient, appartiennent à un « district où ils peuvent se représenter; que les droits de l'Université, « fondés sur un usage dont tous les privilégiés ont fait le sacrifice, « doivent être confondus à présent dans les droits des citoyens, et « que maintenir un district qui n'auroit pas d'existence seroit perpétuer « un abus. »

L'Université répliqua « qu'animée de l'amour de la patrie et du zèle du bien public, le seul motif de se rendre utile lui avoit fait désirer de partager les travaux de ses concitoyens, et de concourir avec eux, par ses Représentans, à l'administration provisoire de la cité et à l'organisation de ses lois municipales ». Elle protesta en vain contre « une exclusion qui privoit une classe de citoyens d'un droit qu'ils dévoient considérer comme lui étant acquis au moins provisoirement, exclusion prononcée précipitamment par une autorité elle-même provisoire ».

L'Université n'en participa pas moins, au mois de février 1790, aux fêtes de la prestation du serment civique, qu'elle célébra le 10, en présence de la jeunesse des Écoles, les quatre Facultés réunies au collège Louis-le-Grand, sous la présidence du Recteur, l'abbé Dumouchel, qui peu de temps après devait adhérer à la Constitution civile du Clergé et devenir évéque constitutionnel du Gard.

Les vacances étant ouvertes, conformément à une pétition adressée par les écoliers aux Représentants de la Commune de Paris, le jour anniversaire de la prise delà Bastille, la distribution des prix du concours général de 1790 se fit avec le plus grand éclat, le 12 juillet, en présence d'une députation de l'Assemblée nationale et de tout le nouveau Corps municipal présidé par le Maire, Bailly.

Mais l'Assemblée constituante ayant décidé la réforme générale de l'éducation nationale et la reconstitution des établissements d'instruc-

tion publique conformément au plan d'ensemble qui serait adopté1; d'autre part, un certain nombre des principaux fonctionnaires de l'Université de Paris n'ayant pas suivi l'exemple du Recteur [et refusant le serment civique; des mesures rigoureuses furent prises contre les récalcitrants et contre l'Université elle-même.

En vertu d'un décret de l'Assemblée nationale, sanctionné le 23 mai 1791 par le Roi, le Maire de Paris fit notifier au Greffier de l'Université :

« Art. 1er. — La nomination du Recteur de l'Université de Paris est a provisoirement suspendue, jusqu'après l'organisation de l'instruction « publique.

« Art. 2. — Les chaires qui sont vacantes ou qui viendront à « vaquer jusqu'à cette époque, seront remplies provisoirement par l'un « des agrégés de l'Université, au choix du Directeur du département, « et les agrégés qui seront ainsi appelés à exercer les fonctions de pro- « fesseur, en toucheront les émolumens.

« Art. 3. — Nul agrégé, et en général aucun individu ne sera « appelé à exercer, et nul professeur ne pourra continuer aucune fonc- « tion, ou remplir aucune place dans les établissemens appartenant à « l'instruction publique dans tout le Royaume, qu'auparavant, il n'ait « prêté le serment civique et, s'il est ecclésiastique, le serment des « fonctionnaires publics ecclésiastiques. »

Par arrêté du Directoire du département, le recteur Dclneuf, qui exerçait les fonctions rectorales par intérim, depuis le départ de Dumouchel pour son évêché de Nîmes, le syndic et le greffier de l'Université, étaient provisoirement remplacés, et même expulsés des logements qu'ils occupaient à la Sorbonne. La procession annuelle du Recteur, qui avait été annoncée pour le 17 juin 1791, fut interdite comme « inutile et pouvant devenir dangereuse ».

L'Assemblée constituante, se séparant sans avoir établi le nouveau régime de l'instruction nationale, décida, on le sait, que « tous « les corps et établissemens d'instruction et d'éducation existans dans e le Royaume continueraient provisoirement d'exister suivant les « mêmes lois, statuts et règlemens qui les gouvernoient ».

La Convention décréta, au mois de mars 1793, la mise en vente u dans la même forme et aux mêmes conditions que les autres domaines « de l'État », des biens des collèges et autres établissements d'instruction publique, la Nation prenant à sa charge le traitement des professeurs et tous les frais de l'éducation nationale.

Le 15 septembre 1793, sur une pétition présentée par le Direc-

1. Voir le célèbre rapport de Tallcjrand, déposé le 10 septembre 1791.

toire du département de Paris, les districts ruraux, les sériions urbaines et les sociétés populaires réunis, fut roté le fameuS décret qui

abolissait l'Université de Paris et tout le système d'instruction publique de l'Ancien régime :

« Indépendamment des écoles primaires, il sera établi dans la u République trois degrés progressifs d'instruction : le premier pour « les connoissances indispensables aux artistes et ouvriers de tous les « genres; le second, pour les connoissances ultérieures, nécessaires à « ceux qui se destinent aux autres professions de la société; et le troi- « sième, pour les objets d'instruction, dont l'étude difficile n'est pas à « la portée de tous les hommes. »

Jusqu'à l'institution des nouvelles écoles et des lycées, les anciens collèges et les anciennes facultés continuèrent leurs cours. Les exercices scolaires, au plus fort de la Terreur, n'éprouvèrent aucune interruption. La dernière distribution des prix du concours général de l'Université de Paris se fit, le h août 1793, avec une solennité extraordinaire, non plus à la Sorbonne, mais aux Jacobins, clans la salle des Amis de l'égalité et de la liberté.

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