SACRA [SANCTA PROPITIA SIT
C'était, je crois, un peu dans les habitudes des Pompéiens de faire agir Vénus par personne interposée. Dans le vico degli Scienziati, dans la grande salle ou Vatrium d'une maison qui n'est pas déblayée depuis longtemps (2), on lit tracés au stylet deux hexamètres dont, sauf quelques variantes, le premier est emprunté à Properce (3), le second à Ovide (4) :
Candida me docuit nigras odisse puellas Odero si potero : sed non invitus amabo
« La femme blanche m'a appris à détester les noires. Je les détesterai, si je puis; mais, si je les aime, ce ne sera pas malgré moi. »
La poésie porte la signature de Pauteur :
ScRipsiT Venus fisica Pompeiana (S).
Les associations de Pompéi n'avaient pas toutes un but sérieux, comme celles dont nous venons de parler. Il y
(t) C. I., IV, n® 26: Lisez // virum virum bonumoro vosfaciatis. lia, etc. Le candidai est N Veius Barcha. Zangemeister, ad h.l.
(2) Fiorelli, Descriz., p. 4-29.
(3) Eleg., I. 1,5:
DONEC HE DOCUIT CASTAS ODISSE PUELLAS
(4) Amor., III, n,35:
Odero, si potero ; sinon, invitus amabo.
(5) C. I., IV,nolK20.
(40) avait aussi des sociétés d'amusemeot. D*après le droit de TEmpire, toute association a besoin d'une autorisatioi» préalable : coUegia quibus ex senatus consulta cotre licef. À Pompéi, où le goût de l'association était fort développé, on n*avait pas toujours observé la stricte légalité. En 59 après Jésus^Christ, des jeux de gladiateurs avaient donné lieu à une rixe sanglante entre les habitants de la ville et les nombreux spectateurs qui étaient venus de la ville voisine de Nuceria. Il y eut des blessés et des morts, à td point que le Sénat de Rome, pour punir Pompéi, interdit ces jeux pendant dix années et ordonna la suppression de toutes les associations non autorisées : collegia quae contra leges instiluerant dissoluta (1). Cependant des sociétés d*amusemenl avaient continué à subsister. Il y avait, par exemple, des sociétés de jeu de balle, et à Toccasion on ne manquait pas de recommander un candidat aux joueurs, aux piiicrepi (2).
Mais entrons de la rue de Stabie dans la rue des Âugustaies, qui conduit au forum et est située entre les deux rues parallèles qui vont de l'ouest à Test. Là, à droite, entre la 10* et la iV entrée, se trouve la taverne d'Edon (5). Celle-ci est le local des seribibi, des tardbuveurs. Le graffito qu'on lit sur un mur de l'atrium
(l)Tac., Ann.,XIV, 17.
(-2) C. I.,lV,nM147:
Â. VeTTIUH FlRHUM AED. 0. V. r. D. R. P. 0. V. F. PlLICREPI FACITB
La candidature datait de 76 ou 75. (Éclaire, § 6.) Sur les piiicrepi, voyez Zangemeister ad h. I.
(3) Florelli, Descriz.^ p. 197.
(C. 1.9 IV, n"" 1679) découvre suffisamment la destinalion du lieu :
Edone DiciT :
ASSIBUS HIC BIBITUR. DlPUNDlUM SI DEDERIS MELIORÀ
BiBES. Quantum
SI DEDERIS VINA F.
FALERNA BIS.
€ Edone (le baes de reslaminel)dil : Ici Ton peut boire pour un as. Celui qui donnera deux as aura meilleure boisson. Que faut-il payer pourboire du falerne?^
La société des tard-buveurs, par une inscription |)einte sur le mur extérieur de la maison (CL, IV, n** 581), demande à l'unanimité la candidature de Cerrinius Vatia :
M. Cerrinium
VaTIAM AED. g. y. F. SERIBIBI
Universi rogant.
ScR. Florus cum Fructo
Deux portes plus loin, en deçà de la iZ^ entrée, une candidature est présentée par la société des laronneaux (furunculi) (1), et au delà de l'entrée, par celle des dormeurs (dormientes unii^ersi) (2).
0) c. I,lV,no576:
(2) c. 1., IV, n« 575 :
VATIAH AED.
Furunculi bog.
VATIAM AED. ROGANT
Nacerio dormientes Universi cum
Les lard- buveurs, les laronneaux et les dormeurs, qui affichent leurs réclames à des endroits si rapprochés, sontce trois sociétés diverses, ou ces noms ne sont-ils que des sobriquets différents d'une même société de bons vivants? Car on concevrait que les tard-buveurs fussent également tard-dormeurs. Et quoi d'étonnant si ces oiseaux de nuit s'étaient qualifiés eux-mêmes de laronneaux ? L'on serait d'autant plus tenté d'adopter cette solution que tardbuveurs, tard-dormeurs et laronneaux présentent tous un seul et même candidat : M. Cerrinius Yatia, qui avait la spécialité des patronages peu ordinaires. Il était aussi, rappelons-le, le candidat des portefaix.
Les tavernes, auberges, ateliers sont nombreux à Pompéi. Boutiquiers et boutiquières, cabaretiers et cabaretières rivalisent pour proposer des candidatures. Si ce n*est pour plaire au candidat lui-même, c'est pour gagner les bonnes grâces et la clientèle de riches voisins qui patronnent la candidature. Promenez-vous par la rue de Stabie, depuis la porte jusqu'à la rue dite d'Holconius; entrez-y et parcourez-la : partout c'est le duumvir L. Ceius Secundus, l'édile Popidius Secundus qui sont les candidats favoris. Remontez la rue de Stabie, prenez à gauche la rue des Augustales : Casellius, Cerrinius, Cuspius se partagent les préférences. Passez le forum et entrez dans le vico dei Soprastanti. Casellius, qui y est recommandé par Vénus, comme nous l'avons vu, reste presque seul maître du terrain, à tel point qu'à un coin de la rue les habitants ont peint la recommandation collective (C. L, IV, n"" 551) :
Casellium aed. g. v. F.
HiNC ROGANT
Rendez-vous par la strada di Foro, au nord, dans la
strada di Mercurio : Casellius y trouve un redoutable concurrent dans Cerrinius. Cerrinius était fortement appuyé dans toute la section du nord-ouest. On lit même dans la strada consularis une recommandation des Salinienses en faveur de Cerrinius (1). Les Salinienses^ à notre avis, sont les membres de la section électorale du nord-ouest de la ville (2).
Les préférences, on le voit, varient de quartier à quartier, de rue à rue (3). Ce n'est que dans les grandes artères de la ville, la rue de Stabie, la rue de Noie, que tous les candidats parviennent à obtenir des recommandations, quoique dans des mesures assez différentes. Dans la rue de Stahie, par exemple, Cerrinius est battu de loin par tous ses concurrents à Tédilité, tandis que dans la rue de Noie, Cuspius Pansa et Âlbucius sont devancés de beaucoup par les autres candidats.
La plupart des personnes qui patronnent une candidature n'ajoutent pas leur nom. D'autres se désignent sur les affiches par leur nom gentilice ou leur nom de famille, parfois avec l'indication de leur profession. Il n'y a guère que cet électeur de la rue de Noie qui insiste spécialement sur sa personnalité (C. I., IV, n** 423) :