‹ Les élections municipales a PompéiiChapitre 16 sur 54 · L. Albucium aed · texte numérisé non relu

L. Albucium aed

Thesmus libert. rog.

Cette inscription fut une des premières que Ton déchiffra, lorsqu'on déblaya, il y a un peu plus de quinze années, la première rue parallèle à la rue de Stabie, à Test de celle-ci. Peu d'années après, on retrouva, comme nous allons le dire, les quittances du banquier Jucundus. Parmi les témoins de ces quittances rédigées vers 55-60 après J.-C.» on rencontra L. Albucius Thesmus (3). C'est bien le même personnage, affranchi sans doute du père d'Albucius, qui en 79 recommandait la candidature du fils de son patron. La postérité Ta récompensé de cet acte de reconnaissance. La rue dans laquelle sa recommandation se lit et où il demeurait sans doute, porte actuellement le nom de rhumble affranchi. C'est le vico di Tesroo.

Cependant même des affranchis peuvent acquérir dans la cité une influence qu'il serait imprudent de la part des candidats de mépriser.

Pansa et Cerrinius n'ont certes pas dédaigné le patro-

(1) Fiorelli, Z)65crtz , p. 45:

Ceium II VIR 0. V. F.

Pollius cliens aog.

D*aatres affiches où les rogatores se disent également clients sont n« 593, 824, 933, 101 1, 1016. 2925.

(2) G. L, IV, n* 2983. — Nous avons déjà mentionné les recommandations de l'affranchi Denys (p. 20) et de l'affranchi Cerrinius (p. 16, n* 2.)

(3) Tab. cer., n" 99.

nage que leur accordait un affranchi de la gens Fabia, M.Fabius Eupor (1), encore un de ceux qui ûgurenl comme témoins dans les quittances de Jucundus (â); mais aussi se disait-il président de l'association des affranchis : prtnceps libertinorum (3). Et si» dans la rue di Mercurio, Cerrinius est le candidat des fruitiers et d'un grand nombre d'habitants, il le devait sans doute, au moins en partie, au patronage public de Nymphodotus et de sa femme Caprasia (4), tous deux affranchis de la gens Caprasia alliée à la gens Vettia^ laquelle avait son hôtel dans celte rue (5).

(1) C. l.,lV,n"117eli20.

(2) Tab. cer., n<*' 31, 74, 80, 99. La quittance n» 3i est de septembre 57 après J.-G.

(3) G. I., IV, n« 117. Mommsen (Rhein. Mus.^ 1864, p. 436) et Zangemeister ad. h. 1. pensent que ce n'est pas un litre proprement dit, mais que princeps veut dire simplement spectatissimus^ qui auctoritate praecêtlebat. — Cependant on n'a pas l'habitude de se donner à soi-même de telles épithètes honorifiques.

(4) G. 1., IV, n" 207 (coll. Zangemeister, ad. h. !.)•

M. Cerrinium Vatiah aed.

Nymphodotus cuh Caprasia rog.

On rencontre précisément, sur les inscriptions sur pierre (G. I., X. n« 908): Nymphodotus Caprasi Jucundi^ parmi les ministri Augusli, qui étaient généralement affranchis peu de temps après.

(5) Parmi les candidats des années antérieures nous rencontrons A. Vettius Gaprasius Félix et A. Vettius Firmus (Éclaire, § 3), certainement proches parents. Ge qui prouve cette parenté, c'est d'abord que A. Vettius Firmus est recommandé précisément par les mêmes affranchis de la gens Caprasia{C. 1., IV, n? 171) :

A. VETTIUM FUIMDM AED. 0. V. r. DICN. EST

Caprasia cum Nynphio rog.

Una et vicini

Bien que riosciiption dise Nymphio^ nous ne doutons pas qu'il ne

Les affranchis avaient été, ce semble, les interprètes des préférences de leurs patrons.

D'ailleurs, il y avait dans les dernières années de Pompéi beaucoup de familles influentes et même de celles qui briguaient les honneurs, chez lesquelles il eût suflB de remonter au père ou au grand-père pour rencontrer une souche servi le.

En juillet 1875, en déblayant la partie septentrionale de la rue de Stabie, au nord de la rue de Noie, à droite, on a mis à découvert la grande maison de Vauctionator ou banquier L. Caecilius Jucundus (1). Jucundus, outre qu'il était locataire de plusieurs propriétés communales, de prairies et d'une foulerie, était l'homme d'affaires des grandes familles de Pompéi. C'est par son ministère que se faisaient les ventes publiques, et à cette époque la vente à l'encan était le mode en usage pour les transactions d'achat et de vente. Avec les débris de l'armoire qui les avait enfermés, on a trouvé à l'étage, au-dessus du portique du péristyle de la maison, des tablettes de bois enduites de cire, contenant les quittances de paiement, données à la décharge du banquier, de la part des vendeurs qui avaient eu recours à son intermédiaire, ou de la commune

s*agisse des mêmes rogatores que ceux du n« 207, qui se trouvait à peu près vis-à-vis du n* 171. Une seconde preuve de leur proche parenté, c^est qu'ils portaient les mêmes prénoms et occupaient la même demeure ou des demeures voisines. Car la recommandation des voisins de Vettius Firmus (n<> 171) se lisait vis-à-vis de la recommandation des voisins de Vettius Gaprasius (n» 204). — Sur les noms propres à Pompéi, voyez Éclaire, § 8

\i) L'entrée est la septième porte à droite, en venant de la rue de Noie. BulL deW Instit.y 1876, p. 149.

dont il était le locataire (1). Ces documents sont inté« ressants à plus d'un titre. Outre qu'ils fournissent au juriste des renseignements précieux sur les formes de Vacceptilatio et du cbirograpbe, ils introduisent Tbistorien dans la société de Pompéi des années 50 à 60 après Jésus-Cbrist. Car toute quittance est accompagnée des noms de plusieurs témoins,- les uns bourgeois d'importance, conseillers communaux, qui par ce service obligeaient le vendeur qui était de leurs amis, les autres des affrancbis, qui rendaient le service par déférence pour leurs patrons ou les amis de ceux-ci. Eb bien, parmi ces conseillers communaux nous reconnaissons les parents, les oncles des jeunes gens qui dans les dernières années de Pompéi briguaient les fonctions publiques (2); parmi les affrancbis, nous retrouvons des patrons de ces mêmes candidatures (3).

(1) Le texte, accompagné d'un commentaire, a été publié par G. de Pelra, Le tavoletle ceraU di Pompéi Hnvenute a3e5 Juglio 4875^ dans les Atti della ubali Accadbhià dei Li>XEi,Ser. seconda. Vol. III. Parte terza,Rome, 1876, pp. 150-230. — Une étude, principalement juridique, sur ces tablettes a été insérée par Mommsen, Die Pompeianischen Quittungstafeln dés L Caecilius Jucundus, d2dis le Hermès, XII (Berlin, 1877), pp. 88-141.

(2) Voyez ce que nous avons dit plus haut sur les familles des candidats de 79, et ce que nous dirons des familles des candidats antérieurs, aux Éclaire, § 3.

(3) Nous avons déjà parlé de L. Albucius Thesmus et de M. Fabius Eupor. L. Vedius Geratus, témoin en 53, apparaît dans la recommandation suivante (G. 1., IV, n» 910):

P. VeDIUM NUMM(lANUlf) AED. GERÀTUS LIB. ROG.

Celte candidature remontait, ce semble, à Tannée 74 (Éclaire. § 6). — M. Fabius Memor paraît comme vendeur dans les lab. cer. n» 66 ; Fabius

( S3 ) Le banquier L. Caecilius Jucundus était affranchi ou fils d'affranchi. Jucundus est un cognomen fort répandu à Pompéi (1), parce qu'il était fréquemment porté par des esclaves (2), qui après leur affranchissement l'ajoutaient au nom gentilice de leur ancien maître (5). D*ailleurs^ la profession d'auctionator était loin d'être aussi estimée dans l'antiquité que Test actuellement celle de banquier. Le banquier Jucundus,bien que ses honoraires ne fussent que de I 7o sur le prix de vente (4), avait acquis une belle fortune, attestée par la magnificence de l'hôtel qu'il avait occupé; et la nature même de ses occupations lui avait donné une certaine notoriété dans le nombreux public qui suivait les ventes publiques. Il était mort (5). Sa

Memor recommande la candidature de Herennius Geisus {Atti^ III, 5, p. 250). Fabius Tyrannus est témoin dans les tab. cer. n^ 29; sur le mur d'une seule et même maison Gerrinius est recommandé par Tyrannus (C. I., IV, no" 221, 224) etSamellius, un candidat de Tannée précédenie, par Fabius {ib., n=»217). C'est donc bien Fabius Tyrannus qui lésa recommandés Tun et Tautre.

(1) II y a, par exemple, outre les Gaecilii Jucundi, des Nnmisii Jucundi(G. I., IV, n^ 558 et tab. cer.), des Holconii Jucundi (tab. cer., n«» 75,83), des Gaprasii Jucundi (G. I., X, n» 908).

(2) Voyez p. 25, n« 7.

(3) Si les Gaecilii Jucundi descendaient d'un affranchi de la gens Caecilia, on ne sera pas étonné qu'ils aient voté en 78 pour la candidature au duum^irat de L. Caecilius Gapella {Bull, deW Instity 1876, p. 54, sur le mur de la foulerie vis-à-vis de leur demeure) :

Gaecilium Càpella Jucund.

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