‹ Les élections municipales a PompéiiChapitre 30 sur 54 · ROGAMUS AUG · texte numérisé non relu

ROGAMUS AUG

(77) supérieur, autour desquelles s'agitaient les luttes communales. Entre les sectateurs de Vénus et ceux d'Isis, ni les pratiques, ni les doctrines n'étaient assez opposées pour que la lutte pût prendre un caractère religieux. S'ils patronnent des candidatures diverses, c'est que la sympathie et rintérét de la corporation leur dictaient des choix opposés. La religion nouvelle qui devait renouveler la face da monde préparait encore en secret la voie à son futur triomphe ; il n'est pas même absolument certain qu'elle eût déjà des prosélytes à Pompéi (1). La lutte pour l'abolition de l'esclavage n'a jamais passionné aucun Romain, et même la lutte séculaire entre la démocratie et l'aristocratie appartenait déjà à Thistoire du passé. Certes, les bourgeois de Pompéi étaient tous électeurs, mais ils n'étaient pas tous éligibles. Non seulement les candidats aux magistratures devaient, comme tous les membres du conseil communal, posséder une fortune déterminée dont le minimum semble avoir été de 100,000 sesterces (2); mais encore la loi obligeait les candidats aux fonctions qui participaient à la gestion financière de la commune, à fournir, au jour de l'élection, avant le vote, une bonne et due caution à la commune (3) ; et au lieu de recevoir des honoraires de la caisse communale, les magistrats devaient dépenser, de leur propre fortune, à des jeux publics ou à des travaux d'utilité publique, une somme d'argent dont le

(1) Il y a une inscriptioD sur laquelle on croit pouvoir lire Christian..., (IV, n* 679); mais la leçon est controversée. Cf. Zangemeister ad h. 1 , de R08si,Bti//. C^mf., 1864, p 71, Overbeck, p. 486.

(3) Voyez mon Droit public rom., p. 536 et p. 541.

(3) Lex Malac, c. 60.

minimum était fixé par la loi (i). La fortune était donc la barrière qui séparait le vulgaire des ramilles dominantes : et chez les électeurs pas la moindre protestation ne se fait entendre contre le privilège du cens. Au contraire, pendant toute la durée de FEmpire romain, le progrès, puisqu'on est convenu d'appeler de ce nom le développement régulier de rhistoire de l'humanité, le progrès consistait, non à niveler toutes les classes sociales, mais à établir entre elles des barrières de plus en plus infranchissables.

La lutte était donc circonscrite au terrain des intérêts matériels de la commune. Et, il faut le dire à l'honneur des administrateurs communaux, la magnificence des édifices publics, le pavage des rues, les fontaines d*eau potable qui ornent les coins des rues, les bains publics, les immondices emportées par des cloaques souterrains communiquant avec toutes les maisons, en un mot, les embellissements et les travaux de salubrité publique à Pompéi pourraient servir de modèle à bien des administrations communales de nos temps (2).

Mais ce qui décidait avant tout des élections, c'était la popularité personnelle du candidat dans son quartier, c'étaient ses libéralités, les services rendus aux nombreuses et puissantes corporations; c'étaient les alliances de

(1) Lex eol. Gen,^ c. 70-71, dans VEph, epigr., III, p. 94. Une ioscriptioD de Pompéi (CL UX, n* 8^) : « pêguma qtioâ ê lege in ludos aut in monumen(o consumere oportuit ». D'autres inscriptions de Pompéi relatent les jeux donnés ou les travaux exécutés G. I., X, n*» 845, 854-857, 1074. — De même ceux qui étaient élus décurions par le conseil municipal, sans avoir passé par les magistratures, devaient à la caisse communale une sumina honoraria pro decurionatu. Marquardt, Staatsverw., I, 182-183.

(2) Nisseu, p. 21.

iâinilles qui lui procuraient les voix des électeurs du voisinage.

On pourrait démontrer peut-être de plus près encore cette influence dont le travail latent produisait des résultats certains. Je pourrais même exposer mes prévisions sur les résultats probables des élections qui eurent lieu en Tan 79* Mais à quoi bon se perdre en conjectures hasardées, alors que les fouilles, qui sont loin d'être terminées, découvriront peut-être un jour d'une manière certaine les noms des duumvirs et des édiles sous Padministration desquels eut lieu la terrible catastrophe? Catastrophe, terrible en effet, mais qui nous permet, après dix-huit siècles, de ta ter de nos mains, de scruter de nos yeux, la vie vraie, intime, aussi brillante qu'immorale de la population payenne de TUalie au premier siècle de notre ère.

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