ÉCLAIRCISSEMENTS
§ i. — Les élections municipales sont faites par le peuple. — Sens des termes rogare et fagere employés dans les recommandations électorales.
Par qui les magistrats municipaux annuels de Pompéi étaient-ils élus? Avant la découverte des lois municipales données par Domitien entre 82 et 84 après Jésus-Christ aux municipes de Salpensa et de Malaga en Espagne, découverte qui ne date que de Tan 1851, on était porté à admettre que, de même que depuis Tibère les anciennes magistratures républicaines à Rome étaient élues par le
Sénat, de même les magistrats communaux des colonies et des municipes étaient nommés, dès le début de l'Elmpire, par le sénat municipal ou les décurions. On prétendait que les inscriptions électorales de Pompéi ne fournissaient aucune preuve suffisante pour infirmer cette opinion.
Si l'empereur Domitien en 8S-84 après Jésus-Christ a inscrit le principe de l'élection des magistrats communaux par le suffrage populaire dans des lois nouvelles destinées à des municipes d'Espagne, il n'y a pas de doute, ce nous semble, qu'à la même époque ce mode d'élection ne fût en usage dans les municipes et dans les colonies de l'Italie. D'ailleurs, pour Pompéi, les inscriptions électorales le prouvent, à notre avis, d'une manière évidente.
Si l'élection avait appartenu aux cent décurions, penset-on que chaque bourgeois de Pompéi eût eu ses candidats, et se fût donné la peine de faire peindre leurs noms sur les murs de sa maison? La formule ordinaire est oro vos faciatis, abrégée en o. v. /; (i) ou 0<^ : c je vous prie de nommer un tel duumvir ou édile. » Facere ne saurait avoir d'autre signification. Vos s'adresse évidemment au public qui passe par les rues de Pompéi, et non aux seuls décurions.
(1) Parmi les recommandations récentes aucune n'écrit la formule en toutes lettres. On trouve au n* 456 : o. v. fcLcialis, et au n" 618 : o. v, f. faciatis. Mais la formule se trouve enlièredans l'ancien programme n«61 :
M. Mâbium
AED. FACI.
ORO vos.
Parfois la lettre v, est omise : par ex. au n<» 234 : o. f. De même Giofnu^ (1875) fasc. 2i, p. 99, n» \Z. — L'inscription n« 971 est incomplète; les inscriptions n»» 261 o. v. s. et Eph. ep., n» 165 o. r. t?. e. sont probablement mal copiées.
Beaucoup de bourgeois qui certes ne siégeaient pas parmi les décurions déclarent qu'ils nommeront tel ou tel candidat, par exemple, C. I., IV, n* 768 :
M. Epidium Sabinum d. i. dig.
Sabinus dissignator cum plausu j-agit
Personne n'admettra que Sabinus, employé subalterne chargé de maintenir l'ordre parmi les spectateurs du théâtre (1), et qui, comme cela se comprend d'un employé du théâtre, donne sa voix avec des applaudissements, ait fait partie du conseil municipal de Pompéi. On ne le supposera pas davantage des clients Thalamus (C. I., IV, n*» 933) et Acastus (C. I., IV, n» 2925), ni du cabaretier Novicius (C. I., IV, n« 494), ni d'un Phoebus (C. I., IV, n' 2949), d'un Posido (C. I., IV, n« 385), d'un Thyrsus (C. I., IV, n*» 3271), et de tant d'autres habitants dont le cognomen trahit la basse extraction, et qui cependant tous promettent leurs voix : faciunt.
De même, on fait publiquement appel aux voix des cabaretiers, des marchands de parfums ou de légumes : caupones /*act7e(lV, n** 336), unguentari facile (IV, n® 609), pomari facile (IV, n® 183) (2). Voici d'ailleurs une inscription qui déclare que Paquius Proculus a été élu duumvir par l'unanimité des habilanls de Pompéi (IV, n** 1122) :
PaQUIUM PrOCULUM II VIR. I. D. D. R. P.
UnIVER(SI) POMPEIANl FECERUNT
Celte inscription, qui se trouve à l'intérieur de l'Amphi-
(1) Sur ies dissignntores voyez Marquardt, Eôm. Staalsverwaltung, III, 516, n<^ 2.
(2) Ainsi encore, lY, n» 1 147, pilicrepi facile.
théâtre, n*est pas une recommandation électorale (1). Elle doit avoir été peinte, tel est aussi Tavis de Zangemeister, après l'élection.
Il y a, enfin, une dernière affiche qui ne peut laisser de doute. Elle se trouve C. I., IV, n*" 768 :
M. Epidium SABINUM D. I. DIC.