‹ Les élégances du Second EmpireChapitre 23 sur 35 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

lu: « PETIT PiaNGi?: >

Entendez cette histoire :

A riieure précise où allait naître ce petit garçon pour qui la terre d'Afrique devait être si dure, la reine de Madagascar, Ranavalo, faisait assassiner notre consul à Maurice, M. d'Aunoy. Et les journaux disaient : « N'y « a-t-il donc aucun moyen d'en finir une bonne « fois avec ces brigands Ho vas, et l'horrible « créature qui les gouverne? » Mais les paroles et les haines se perdirent dans les fêtes ; on eut tout à coup un dérivatif, on oublia les Ilovas quand, au matin du 16 mars, le canon des Invalides annonça aux Parisiens l'arrivée d'un petit prince « bien portant, bien constitué, et doué d'une excellente poitrine. »

Il y avait dans la famille un autre prince dont la poitrine était moins bonne, c'était le prince

Jérôme, l'ancien roi de Westphalie, lequel avait pris un rcfroiclissement et toussait à rendre l'àme (1). Hélas ! lui aussi le bon roi Jérôme fut un peu délaissé dans le bruit. Les jour-j naux mêmes, occupés d'autres nouvelles, commirent à son endroit une coquille féroce et célèbre : « Le vieux persiste. » Le vieux per-j sista, il allait môme tout à fait bien quand on apprit la délivrance de l'Impératrice sur les] quatre heures du matin.

Séance tenante, l'enfant fut ondoyé aux Tui-l leries ; il reçut les prénoms deNapoléon-Eugène- Louis-Joseph. Le pape était son parrain, et la reine de Suède sa marraine (2). Ceux qui le purent apercevoir alors et qui n'écoutaient pas trop leur courtisanerie dirent volontiers qu'il n'était point beau du tout et faisait une vilaine petite grimace de prince ennuyé.

Llmpératrice avait admirablement supporté

1. Les photographies du prince Jérôme montrent un beau vieillard, ramenant désespérément un cheveu rare, et rappelant de très près la physionomie de Napoléon P"". Si TEmpereur eut vécu, il eût été à peu près en 1845 ce qu'était le prince Jérôme en 18SG.

2. Il existe une photographie de la reine de Suède par Dernée. Elle porte un chapeau plat à plumes et une rohe grise à manches pagodes très amples. La reine n'était ni élégante ni belle, loin de là.

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Jérôme, roi de Westphalie frère de Napoléon !«■•, en 1860

lopreuve ; il se pouvait produire pour elle des acciilents ; les choses allèrent le mieux du monde, et comme le roi Jérôme eut la belle galanterie de se relever, il ne fut question que de joie. Bien mieux, la guerre de Crimée s'en venait à peu près finie, TEmpire s'asseyait à la meilleure place en Europe, Napoléon TU créait des maréchaux comme autrefois l'oncle; ceuxci se nommaient Randon, Canrobert et Bosquet.

Toutefois l'enfant qui est là n'est point roi do Rome, et ces maréchaux ne sont ni princes ni ducs, il y a des nuances.

Pour tout le reste, le petit prince pouvait rivaliser avec son prédécesseur. Sa layette extraordinaire avait été commandée à Fclicie, la plus grande artiste en lingerie, qui habitait alors rue Vivienne entre la Bourse et la rue des Petits- Champs. Félicie avait obtenue de la Cour l'autorisation d'exposer ses chefs-d'œuvre, et dans les journées du dimanche 9 et du lundi 10 mars I80G, six jours avant le grand événement, elle ouvrit ses portes aux personnes munies de cartes ; les visiteurs furent si nombreux

que la circulation fut interdite aux voitures, et que des gens de police organisaient par paquets les fournées admises à la contemplation.

On entrait par la porte cochère d'un vieil hôtel, et dans un premier salon où l'on pénétrait s'alignaient tous les objets de la loitettede nuit; dans un second salon les effets de bonneterie par douzaines, et le trousseau de madame la nourrice, déjà choisie, et habitant les Tuileries ; dans un troisième les habillements du jour, les robes, les surtouts, les manteaux par douze douzaines. Les robes étaient de Matines et de point d'Angleterre (celle du baptême en point d'Alençon valait 25.000 francs) les manteaux de satin bleu ou blanc, toutes choses décorées à la maui de plumetis, festonnées, couvertes de rubans par Ilots, bordées de fins duvets, plus merveilleux que jamais Perrault n'en sut imaginer dans ses contes.

Puis on put voir le berceau ordinaire en velours blanc, capitonné d'étoiles d'or, recouvert de point d'Alençon. Ce berceau est destiné à la chambre de la nourri ce, il y en a un autre d'apparat et celui-ci est un don de la Ville de Paris (l).

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