‹ Les élégances du Second EmpireChapitre 32 sur 35 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

« LES COMPIEGNES »

Dans le jargon impérial, le mot de Compiègne n'a plus rien de géographique ; c'est l'extension mondaine d'une expression sous laquelle se cachent beaucoup de sous-entendus mignards. Un Compiègne n'est plus un Fontainebleau, n'est pas un Saint-Cloud et tout en rappelant de plus près les Tuileries, n'est pas non plus les Tuileries. Les Compiôgnesde ITmpératrice sont à la fois du sans-gène et du quant à soi, de la ville et de la campagne; c'est la vie de château exaspérée dans son luxe, accueillante, mais limitant sa bonhomie à de fort étroites règles malaisément enfreintes. Strictement, c'est la transition entre ce qu'on a fait tout l'été à Fontainebleau, et ce qu'il faudra reprendre à Paris pendant l'hiver, entre la bride sur le cou et le harnais avec ses gênes habituelles. Là, dans ce

fond de province, au milieu des forêts, avec la chasse le jour, les raouts, les bals, le théâtre pour les soirs, l'Impératrice prépare sa réinstallafion défmitivc du semestre froid. Les Compiègncs sont donc tout cela ; ils sont en plus et spécialement les fournées successives d'invités qui, de cinq en cinq jours, pendant le mois de novembre, se succèdent au château. Le Compiègne frisquet est le premier ban: le très beau est celui du 16, jour de la fête de la souveraine oii Ion convie les personnes du cercle intime et proche; les relents viennent après, et sur les « cadets » l'histoire se termine dans la pluie ordinairement, la neige ou les ventées d'ouest. Bon nombre de nos contemporains, quelques-uns jeunes encore et ayant suivi d'autres dieux n'ont point totalement perdu le souvenir de ces déplacements ; certains en parlent même volontiers et les bons contes qu'ils en font causent des surprises, celle, entre autres, fort singulière, de témoins bien placés pour voir, regar-s dant lamême chose, s'en pénétrant à fond, et unej fois dispersés, après trente ans de silence et d'oubli , ne parvenant plus à s'entendre. N'y cher-j chez ni parti pris ni malice, c'est la loi des mé-i moires écrits après coup, des chroniques jetées]

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à la ligne comme faisait la duchesse d'Abrantès ou le baron de Marbot. Quand, un beau jour, le dernier contradicteur possible est mort, si des écrits de cette sorte se publient, voilà les épisodes travestis à jamais, ils régalent toute une classe de gens, et M. Taine lui-même ne dédaigne pas de les faire entrer en ligne de compte. D'où peut-être les très humbles, seulement attachés à la philosophie en gros des événements, un peu dédaigneux des'anecdotes piquantes et des mots historiques, trouvent moins vite l'oreille du grand public. Les Gompiègnes sont une mine de cancans saugrenus, j'en pourrais, moi chétif, répéter plus de cent à faire rire les pierres. Seulement, comme je les tiens de sources diverses, et que pas une de ces sources n'a coulé de môme façon en mon honneur, je m'en garderai pour le moins autant que de rien assurer de définitif sur Pépin le Bref ou Charles le Chauve.

Un fait dont tout le monde convient, c'est que le premier Compiègne vrai eut lieu tout de suite, le 18 décembre 1852, et que les amusettes parurent fort goûtées. C'était un samedi, et de puis une semaine ou deux, le nouvel Empereur différait son départ ; il arriva au milieu des canonnades, passa sous des arcs de triomphe.

dans une haie de troupes et de pompiers indigènes, avec, pour musique, le grand tralala des paysans antipartageux accourus de partout. L'Empereur était accompagné du prince Jérôme, de la princesse Mathilde, des ministres et des ambassadeurs. Le même soir il y eut bal, et le lundi suivant une grande chasse à courre oii apparurent les premiers « boutons », c'est-à-dire ceux des invités qui avaient reçu du souverain la faveur de porter l'uniforme vert et le lampion. Le cerf de meute n'y mit aucune bonne grâce, soit qu'il s'amusât de tous ces novices, soit qu'il eût de trop bons jarrets, il sortit par trois fois de l'étang de Sainte-Perine après uni bain sommaire et ne fut porté bas que très tard! par Edgar Ney. Les témoins oculaires vous diront les uns qu'il y avait deux cents amazones ' en costume Louis XV, casaque à basques et chapeau mousquetaires ; les autres n'en ont pas vu cent. Qu'on s'en tienne à un terme moyen, mais une chose paraît sûre, c'est la présence au nombre des dames chasseresses de M""' de Montijo et de sa ravissante fille (1).

1. On donna au théâtre le Fils de Famille avec la troupe du Gymnase. Le vendredi suivant, 25 décembre, eut lieu la seconde grande chasse.

Ces dames escortaient la princesse Mathilde en compagnie de M""" Droiiynde Lhuys,dePersigny et de Contades. On les put voir toutes réunies au carrefour Bourbon, lieu du rendezvous, et le soir à la curée aux flambeaux dans la cour du Palais.

Sur cette installation au château de deux dames étrangères, lesquelles n'avaient d'autres raisons d'y être que l'extrême beauté de la jeune fille, les langues bien pendues ont eu beau jeu et l'ont encore. Dans le tas des historiettes, beaucoup de grossissements et de fadaises; mais la vérité est parfois amusante. Comme à la chasse à tir, par exemple, dans les allées du parc, oîi M"^ de Montijo et sa mère, suivent le même « layon » que TEmpcreur, toutes deux armées de jolis joujoux à un coup peu redoutables. On a loisir de gloser, et on glose, on n'admet pas comme possible ce qui, arrivera, et on tient pour sûres des aventures qui, cependant, ne sont point arrivées. Dans la réalité, il se jouait là un dernier acte de diplomatie où l'Espagne jetait moins la poudre aux moineaux qu'elle n'en avait l'air.

On voudra bien comprendre que le séjour de ce château admirable, tout plein de jolis rêves

réalis-és par elle, ne déplût point à l'Impératrice, Napoléon mit sa galanterie à renouveler chaque année le « petit voyage » en novembre, clans le mois 011 l'on fêtait la sainte Eugénie. Après la guerre de Crimée, les Compiôgnes sont définitivement reçus et classés parmi les obligations d'étiquette. On y vient vers le 6 ou le 8 et on s'en retourne pour Fouverture des Chambres. Alors, dans Tintervalle de ces trois semaines, c'est ce que vous pouvez imaginez de plus Mille et une Nuits, de plus Louis XIV même. D'abord l'installation des souverains, leurs premières promenades, leurs bals, leur théâtre tenu par les Français ou le Gymnase. Une ou deux chasses tout a fait dans le particulier des princes et des très hauts personnages. Quand les priAÙlégiés ont bien disposé leur nid et se sont mis à l'aise, les fournées commencent. Elles sont de soixante à quatre-vingts personnes, hommes et femmes, artistes, écrivains ou simples gens d'esprit. Partis de Paris par train spécial à deux heures, on est au château à la nuit tombante, quoique les chars à bancs anglais fi ssent prompte diligence de la gare au Palais. L'instant est gai, gai pour les officiers de la maison et les personnes déjà installées qui assistent de leurs fe-

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nôtres au grand déballage. Dans le nombre des voyageurs tous ne sont pas de grâce mondaine reconnue, on aperçoit d'inénarrables couples, — souvent ceux qui tout à l'heure recevront les meilleurs sourires, — des hommes ignorant Festhétique d'une cravate, ou ce qui se porte de plus raffiné en habit do route. Puis ces heureux du monde sont encombrés de bagages, ils ont d'énormes caisses renfermant les uniformes ou les toilettes qu'ils s'en vont reconnaître au débotté, escorté de Aalets et de Suisses. Dès l'entrée au péristyle on se heurte à ces Suisses majestueux, en vert et en or, tenant des hallebardes et commandant le respect du temple. Il faut qu'à sept heures un quart tous et toutes aient retrouvé leurs malles, passé l'habit de bal, les culottes courtes, les bas de soie noire, les souliers à boucles, et se trouvent réunis au grand salon pour l'entrée de Leurs Majestés. Les souverains viennent aussitôt et reçoivent les saints de leurs hôtes avant de passer à table oîi chacun se groupe suivant ses sympathies. Les personnages officiels ont seuls des places attitrées. Ce n'est rien, ou si Ton veut dire très peu, d'ordinaire, que ces repas de Cour, toujours semblables, guindés, où comme à lagrand'messe

d'un cardinal, les servants font plus de tours que de miracles. Mais à Compiègne, il y a autre chose ; on dîne véritablement, la chère est bonne et la musique excellente. La salle de quarantecinq mètres à colonnes de stuc, ornée des statues deM""^ Lœtitia et du grand Napoléon récrée convenablement la scène. La table est d'ailleurs tenue sur un ton irréprochable, le couvert est de Sèvres, les girandoles d'argent et, sur toute la longueur du service, un surtout en biscuit se poursuivant en épisodes différents montre une chasse à courre dont la bête de meute fait face à l'Empereur. L'armée des valets de pied est en livrée de cérémonie, Ihabit galonné, la perruque et les bas de soie rose: pour chefs, ceuxci ont les maîtres d'hôtels, en habit marronj brodé d'argent, avec l'épée au côté. Tout c( monde évolue sans bruit aux sons d'un orchestri voilé et doux, dans le ronron d^s conversationî particulières. Par exemple on s'attarde peu] moins de trois quarts d'heure sont à peine écoulés que l'Empereur et l'Impératrice se lèvent; on retourne dans les salons en traversant la salle des gardes.

Au jour, c'était la grande chasse indiquée pour ici ou là; tous les invités n'y parais-

Descléc dans un rôle joué à Conipicgnc

saient pas et pour de bonnes raisons. De grands breaks anglais étaient réservés aux dédaigneux de Téquitation, à M. Leverrier qui regardait la lune ou cherchait des étoiles, à M. Pasteur qui poursuivait les grenouilles (1), h tant d'autres plus habitués à Tébauchoir ou au pinceau qu'à la cravache. Ceux-là prenaient leur revanche, le soir, au théâtre parfois, oii on leur demandait une petite conférence-impromptu, à table oii leurs mots faisaient fortune, aux thés de l'Impératrice, surtout de quatre à sept dans le cercle plus fermé où la Souveraine les mettait à l'aise et souhaitait que chacun d'eux eut son petit succès particulier, condition essentielle de leurfaire le se jour plus aimable. — Yiollet-le-Duc \ous qui savez tout!... Viollet-le-Duc ne savait pas tout, mais croyez qu'il était enchanté de se Tentcndre dire devant les autres. Puis n'était-ce pas un autre tact très sûr que celui de grouper, ces foules bigarrés par catégories et d'entre-

1 . Un jour les grenouilles récoltées par le cher grand homme, et destinées à des expériences au château, s'échappèrent et se répandirent partout. Ce fut comme une i>laie d Egypte, et heaucoup de jolies personnes à l'exemple de Pharaon faisaient examiner leurs lits devant que de s'y risquer, par crainte des pauvres bestioles innocentes.

prendre run des assistants sur un sujet susceptible d'entraîner tous les autres? M. Pasteur parle de vibrions avec un petit accent tranquille à faire froid dans le dos; Alexandre Dumas lils discute, et finalement se rend; il emporte son vibrion et le campe dans une pièce célèbre. M. Pasteur est très content, Alexandre Dumas enchanté, et ces dames pendant deux jours au moins ne mangent plus la croûte de leur pain de peur des microbes.

11 y a de ces Compiègnes littéraires et scientifiques, il y en a de musicaux, mais après 1859, et la venue de M^^'deMetternich, les Compiègnes s'orienteront plus volontiers vers la note mondaine. Les fournées sérieuses tomberont dans les opérettes et les cavalcades ; le ton change et le langage tout pareillement. Dans la réalité, on voyait se reconstituer une sorte de Trianon cascadeur, oi^i plusieurs femmes tenaient l'emploi des Polignac et M. Garo, celui d'un Marinontel psychothérapeuthe, diseur de riens charmants, allant au plus loin dans les insinuations galantes et musquées. Mieux encore, on assure que M. Garo s'est laissé aller aux charmes de la Souveraine, qu'il ambitionne le personnage du cardinal de Rohan. sauf à n'acheter

pas le collier. Mais il jetait prodiguement ses « mots crauteiirs » en présence d'elle, il se transformait, et de la philosophie il ne restait que l'Aristote du lai, tout prêt de marcher à quatre pattes, comme l'autre.

L'existence ainsi renfermée de femmes charmantes et de gens d'esprit en un château, par des journées pluvieuses souvent, où l'on se pouvait croire isolé du monde, tant de fanfaronnades qu'on tentait pour laisser courir le temps, l'instinct inné du Français à faire la roue en présence des femmes, ceci ou cela attirait les escapades et les favorisait extrêmement. Que la comtesse de Mercy Argenteau se mît au piano, c'était autour d'elle un essaim de grands ou de moyens seigneurs, cmoustillés de sa beauté triomphante, prosternés et courbés devant elle comme devant une divinité. Et d'année en année, les hôtes nouveaux: la maréchale Pélissier, espagnole brune, belle à déconcerter, ]\|rae Fieury, la maréchale Canrobert idéalement svelte, et la plus délicieuse écossaise qu'on ait pu connaître. Puis au milieu de toutes, voltigeant, ne tenant point en place jamais, « pas jolie, mais bien pire », autrichienne au tempérament méridional, M""" Pauline de Metternich

dont je parlais, sans cesse en quête de nouveautés, de fanfreluches ou de folies, mettant sens dessus dessous le palais sur une idée, tantôt improvisant un bal, une représentation, une fête travestie, entraînant chacun à la suivre, et se reposant juste le temps de penser à mieux.

En novembre 1861, elle invente une chose. Comme le roi Guillaume de Prusse sera à Compiègne le 15 novembre, jour de la fête de l'Impératrice, on fera une surprise aux souverains.

Très vite, mystérieusement, on mande le maître des ballets de l'Opéra, et sous sa direction le marquis de Caux et quatre danseuses du monde dont sera M""" de Metternich répètent une pantomime intitulée le Diable à quatre. Il y a M. Camille Doucet pour régisseur, et je ne sais plus bien quel académicien, noté pour mettre en scène. Le soir venu, après les fêtes, les acteurs jouèrent et mimèrent leur calembredaine en présence de l'Empereur et du Roi. Ce fut un triomphe. On ne s'en tint point là ; les danses devinrent générales alors, et les figurantes de tout à l'heure, y vinrent prendre part en tutu et en maillot rose. Le roi Guillaume rit son saoul, et pourquoi n'eut-il pas ri, lui qu'on avait vu trente ans auparavant, dans un

Madame de Metternicli en 1868

bal travesti de Berlin, si irrésistiblement carnavalesque sous ses oripeaux moyen âge (1) ? Les Compiègnes sont déroutants, ils ressemblent aux Trianons, oii dans le même temps l'étiquette et le vau-l'eau s'en vont de compagnie. Des scènes de ce genre par exemple : M"^° de Metternich chante la femme à barbe, en petit comité, et l'Impératrice en marque une joie. Mais que le môme soir, à une représentation au théâtre, quelque dame âgée, s'avise de paraître les épaules voilées d'un tulle, on lui dépêche un chambellan pour la conduire à son appartement. Sur tous ces points l'accord est absolu entre les témoins ; alors on ne s'explique plus très bien, on ne saisit pas les nuances, on soupçonne que les intéressés eux-mêmes agissent nerveusement, à l'aventure, comme l'occasion les conseille. Malheureusement les étrangers se gaussent; ils venaient â Compiègnc comme ils visiteront l'exposition, pour s'être frottés à une étrangeté. Le vieux Guillaume, pince-sansrire, excelle â en coordonner les sensations

\. J'ai raconté le bal de Berlin dans la Vie contemporaine. Les austères personnages allemands eussent alors donné la repli ^ue aux cocodettes de Compiègne, et avec moins de grâce sûrement.

multiples; il imagine de venger la reine Louise, sa mère, des réserves impertinentes du premier Napoléon, en poursuivant l'Impératrice de ses galanteries de vieux beau. Le jour même où il a appris certaines histoires de ménage, il s'offre candidement en médiateur. On dit que ses petits yeux gris étaient fort drôles à voir dans ce rôle, en haut de ses deux joues rougeaudes, par dedans les broussailles grises de sa barbe moscovite. Et M. de Bismarck se devait amuser beaucoup du manège, lui qui savait tout, et au besoin, eût inventé, au cas qu'il n'eût point su.

Somme toute la vénerie et le théâtre, avec l'obligation de parfois garder le coin de l'âtre, faute de beau temps, telle est la note spéciale des Compiègnes, opposée aux bergerades printannières de Fontainebleau. A elle seule la vénerie impériale eut mérité un long chapitre, non qu'elle fût en réalité le meilleur équipage de France, mais pour le luxe qui s'y déployait, les admirables betes, chevaux ou chiens dontj on se servait, et le splendide régiment de capitaines, de lieutenants des chasses, de piqueurî de valets, conduite par un maréchal de France!

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titré grand veneur (1). J'ai dit ailleurs les bizarres volontés qui avaient présidé à l'adoption des costumes; nous voyons maintenant ces histoires plus drôlement, parce que nous nous sommes déshabitues ; dans le moment on estimait le bouton de la vénerie impériale, un des plus gentilliommes qui fussent. Et quand en 1865, on en habilla le petit prince, en lui accordant les plumes blanches que portaient seuls son père et sa mère, il fut appelé « mignon chéri », par ceux qui le pouvaient, et embrassé à la ronde.

Dans la pratique des chasses théâtrales, on eut à Compiègne les pires mécomptes, dont les gens de la profession dussent se garder. Frappait-on à la brisée d'un dix corps, et sur

1. Constituée en 1852, la vénerie avait pour chef le maréclial Magnan grand veneur, Edgar Ney premier veneur, le marquis de Toulongeon commandant des chasses à tir, le baron Lambert et le marquis de La Tour-Maubourg lieutenants de vénerie, le baron de Laye lieutenant des chasses à tir, M. Rollet secrétaire géaéral, et Gigault contrôleur. On avait Latrace pour chef d'équipage et premier piqucur, une quantité de piqueurs de valets de chiens, 100 chiens provenant du marquis de l'Aigle et V>0 achetés en Angleterre. C'est Edgar Ney qui avait fait adopter le lampion comme je l'ai diL

l'avis des trompes, tout le monde officiel prenait-il sa cavalcade folle? un harde de cerfs imprévue traversait la voie, emballait les chiens et après une journée de marches et de contremarches, il fallait massacrer une innocente bête gardée en cage pour se ménager une curée aux flambeaux. En dépit du vieux Latrace, les buissons creux de la vénerie impériale eussent fait rire aux larmes le marquis de Beauquers, ou les veneurs de Yendée, dont les meutes moins mirobolantes, mais autrement doctes, restaient collées à la voie, et môme à vue dédaignaient les diversions. Le maréchal Magnan qui voulait coûte que coûte expliquer le choix de sa personne pour le premier rôle, faisait un volume énorme au milieu de ce beau monde de la Cour; on le voyait empressé, fatiguant son cheval, et faisant sonner la vue au moindre chevreuil qui sautait dans une allée. Qu'importait au fond ! Les belles dames venues là, ou les jolis seigneurs avaient en tête d'autres préoccupations que de connaître la bete de meute ou non; ils allaient au petit galop, racolant dans les layons de la forêt, s'arretant pour entendre la musique et marivauder; et si par chance inespérée le cerf battait l'eau et tenait

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