I. iiiipcratrice à cliexal, et l'un de ses écuvers
l'hallali, les trompes guidaient, on avait le temps d'arriver, sauf que par un grand hasard, le pauvre animal entendît mal le jeu et se ruât sur la meute. Dans ce cas, une balle de l'Empereur, ou du premier veneur, Edgar Ney, mettait fm à la cérémonie ; la troupe brillante arrivait le coup fait, juste assez tôt pour apercevoir dans sa belle importance M. le grand veneur saluer l'Empereur et lui dire ce que tout le monde savait mieux que lui.
Nulle passion ici de la part de personne, rien qui rappelât même, du plus loin les chasses du roi Charles X, ou du prince de Condé, conduites avec une ferveur pieuse. L'Impératrice adorait le cheval, mais elle abominait les tueries, au moment de l'hallali elle se cachait les yeux, étrangeté pour une Espagnole, qui avait suivi les corridas de mnerte là-bas à Madrid, et que les récits de guerre passionnaient. Le jeune prince, lui, à peine admis aux chasses, et tout frais de ses études cynégétiques, déplorait qu'on se servit pas la béte au couteau, suivant ce que lui avaient appris son écuyer et le premier veneur (1). Quant à l'Empereur ces
i. Ce fut très exactement à dix ans, le jour de la Saint-Hubert 1865, que le prince arbora le bouton de
choses, comme beaucoup d'autres, n'arrivaient guère à le fixer, il était là parce qu'il ne pouvait guère ne pas y être: mais il eut été ailleurs qu'il n'en eut pas manifesté davantage. Les rares enthousiasmes venaient des jeunes femmes émoustillées par la chevauchée, et dont les nerfs se serraient, tout à coup détendus là dans le silence respectueux des assistants. Pour dire vrai le spectacle n'était point banal, de ces amazones en robes gros-vert, bordé d'or au corsage, coiffées du lampion, laissant flotter aux manches les dentelles blanches, de ces veneurs aux habits et aux chapeaux pareils,; aux culottes de daim blanc et aux bottes vernies,] des piqueurs, le chapeau en bataille, des valets de chiens, aux bas blancs serrés d'une jarre- j tière et sonnant de la trompe. Alors, à l'endroit j qu'on pouvait, les breaks contenant les invités,] conduits par les postillons poudrés, et traînés] par des bêtes pommelées, colletées de grelots,] la queue tressée ; puis à distance respectueuse,] retenus par la gendarmerie, les curieux, venus] de Paris, ou des alentours, cavaliers ou piétons,
vénerie et le lamijion. Il assista à la chasse avec M. Bachon, son écuyer. Une foule était accourue pour le voir au Puits-du-Roi où était le lieu du rendez-vous
mettant sur la lisière du bois, une longue ligne sombre, que les crépuscules tôt venus, confondent avec les arbres. Enfin la retraite 2)rise, donnée par toutes les trompes en fanfare, le retour par les routes, au clair de la lune, les gardes à cheval, portant devant les souverains les torches allumées, beaucoup de rires, de joyeux propos, comme une de ces calvacades d'autrefois, quand Louis XIV, entouré de ses gardes rentrait à Versailles, après avoir donné à Van den Meulen un sujet de tableau, et à M""" de Montespan ou à d'autres, une accolade cavalière sous les feuilles.
En ces soirées d'après courses, le dîner, et après une réception limitée, peu de veille; on se déclare volontiers brisé. Par contre dans les jours de chasse à tir, ensuite des inénarables boucheries, où les chasseurs n'ont pas fait cent mètres de marche, où le maréchal Magnan et d'autres avec lui se montrent coiffés du haut de forme et chaussés de souliers vernis, le théâtre, joue (!). Suivant les fournées c'est le Théâtre
\, Dans une année les lires impériaux accusaient une moyenne de 20.000 pièces aux tableaux. A Compiègne la chasse était divisée en 9 layons, celui du milieu pour rEmpcrcur, qui était suivi du baron
Français, rOdéon ou le Palais-Royal qu'on appelle; le Théâtre-Français, pour les gens graves des premiers temps, les membres de ITnstitut, les écrivains solennels, les poètes tragiques. L'Odéon pour les fonctionnaires, le Palais-Royal pour la fournée des cocodcltes. Les cocodettes arrivent quand les torpeurs commencent à envahir le beau monde. On leur donne ce nom, et volontiers elles se le donnent elles-mêmes. Elles sont dans la Cour, ce que le cosmopolitisme envahissant a découvert dans toutes les parties du inonde, et les cadres sont des Françaises délurées, insouciantes, que la langue verte anime, et qui jouent de la riposte comme d'une lame. « Vous ne mangez pas del raisins, monsieur, ils sont cependant bien verts! » Par ce mot de Tune d'elle à un amou-; reux éconduit, on a mieux le diapason que je ne le pourrais donner. Malheureusement ces personnes font rire, et elles se grisent de leursj succès, elles vont si loin, si loin qu'un colonel,
de Lage préscnlaiit les fusils chargés par Gaslyne- ReneLle. Uti brigadier pointait les pièces et un autre tenait en laisse deux retrievers pour retrouver les bêtes blessées. L'Impératrice assistait quelquefois à ces déplacements mais elle tirait peu, elle préférait un jeu de l'arc installé à Compiègne pour elle et ses invitées.