‹ Les élémens primitifs des languesChapitre 10 sur 41 · SDR LE VERBE SUBSTANTIF, SDR LES VERBES HÉBREUX ET LEUR CONJUGAISON · texte numérisé non relu

SDR LE VERBE SUBSTANTIF, SDR LES VERBES HÉBREUX ET LEUR CONJUGAISON

Il faut compter beaucoup sur le pouvoir de la vérité, pour oser mettre au jour des idées aussi singulières que les miennes. J'entreprends de renverser des principes établis et suivis depuis près de douze siècles, de montrer que les grammairiens hébreux, grecs, latins, n'ont pas assez connu la constitution intime de leur propre langue, et, ce qui est encore plus téméraire , que nous avons à peine effleuré l'étude de la nôtre. Le moins qu'on puisse me reprocher, c'est de vouloir réformer tous les dictionnaires et toutes les grammaires, enseigner mes propres maîtres, et régenter l'univers. Dut-on me faire des reproches encore plus graves, il m'est permis sans doute de faire connoître ce que je crois vrai ; et je le fais avec d'autant plus de confiance , que l'étude des langues semble se renouveler parmi nous, et que l'on par oit plus disposé que jamais à secouer le joug des anciennes routines.

Si je pouvois par mes réflexions abréger et faciliter la méthode d'apprendre les laugues orientales, je croirois rendre un service essentiel aux lettres. Tous les savans ont regardé les langues comme k

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source d'une solide érudition, et de même que les Grecs alloient autrefois chercher la sagesse en Egypte, il faut encore aujourd'hui faire le voyage d'Orient, du moins dans les livres, si on veut voir clair dans les antiquités des peuples.

Origine du verbe substantif.

Ceux qui ont fait de la grammaire une étude ré- (léchie, ont remarqué sans doute que le verbe substantif est irrégulier dans les trois langues, grecque, latine, françoise; mais je ne crois pas que personne se soit encore avisé de rechercher l'origine de cette irrégularité. Je n'y aurois pas pensé moi-même, si je n'avois été frappé de la ressemblance de ses diverses inflexions dans ces trois langues avec les racines qui lui sont analogues en hébreu. Pourroit-on se persuader même, si je nen poussois la preuve jusqu'à la démonstration , que toutes ces variétés sont relatives à un pareil nombre de monosyllabes hébreux qui ont la même signification, et que tous ces monosyllabes se peuvent réduire à un son simple et unique, qui est une peinture dans son origine, et qui a été successivement changé par les consonnes de même organe ou lettres omophones ?

La généalogie que j'entreprends d'en faire n'est peut-être qu'une rêverie de système; mais il me suffît qu'elle soit vraisemblable pour la proposer, C'est un exemple de la manière dont je conçois que le langage a pu se former, et l'application des priti^ cipes que j'ai taché d'établir jusqu'ici.

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Scaliger, dans sa grammaire latine, a remarqué que le verbe être s'emploie en deux manières, ou pour signifier l'existence, ou pour exprimer la liaison d'un attribut avec son sujet. Voici ses paroles : Pessimè à grammaticis verbum substantwum dietum est. Duobus modis ponitur verbum hoc ; aut nomini solù solum adjacet : C^sar est; aut inter duo ex tréma quasi sequestrum : Gmsak est albus. Ac primum quidem modum significare existentiam in rerum natura ab omnibus receptum est; altero autem modo dwinus vir Aristoteles animadvertit nihil significare , sed quasi nexum et copulam esse quâ albedo jungerelur Cœsari.

Pour sauver l'honneur du divin Aristote, il faut un peu aider à la lettre de ses paroles. Est dans le second sens ne signifie rien comme verbe, c'est-àdire qu'il n'exprime pas une action ou un état, mais il signifie comme liaison ou conjonction, puisqu'il en tient lieu. C'est sans doute ce qu'Aristote et Scaliger ont voulu dire»

Quoi qu'il en soit, nous en chercherons d'abord l'origine dans ie premier sens, lorsqu'il est verbe exprimant l'existence; ensuite dans le second sens, lorsqu'il est liaison, copula , comme parlent les logiciens.

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