‹ Les élémens primitifs des languesChapitre 12 sur 41 · IX · texte numérisé non relu

IX

av, hav, haj^ iah ,

Am.

'An.

Ar.

Ew, si, ri,

E'ïvai, wv,

ov, r,v,

oto, etc.

rv.

Fui , fio ,

i"«/re , jfm , sumus ,

/?«.?, Jl//*^

Eram , ero ,

sies pour sis.

fui mus.

SZtt* , SUIltO.

fuero , fore.

Soyons, soyez.

Nous sommes ,

Ils sont ,

Je serai , ils seront ,

nous fûmes.

ils soient.

j« serois.

ta , dx.

rfc

Az , as.

Ass , asch , ast.

AI, ath.

EÎç, àffi,

Eoti, yj(j0a,

HTOV, Y1TI,

VJÇ, EffW,

C<JT£, l'ffTW,

•flTQ, crac,

•'iTW.

îff.Ol.

OtTO.

£j.îe , es£ » «i/o ,

Sit, fuit ,f uat pour j«<.

essem , fuisses,

futurus.

Je suis, tu es,

Je fusses , tu fusses

Étant , j'ai e'te , il fut ,

je fus, je sois.

il fust , fût.

j'etois , être , futur.

Au lieu des/et des s qui commencent en latin et en françois, mettons pour un moment des aspirations douces, nous aurons hui, hio, hoyons, hoyez, etc. , ce sera du grec pur. Au contraire dans le grec, si au lieu de toutes ces voyelles qui se mouillent et s'adoucissent, nous remettons les efforts du gosier et du poumon des Orientaux, nous retrouverons l'hébreu,

Il faut prouver maintenant ce que j'ai avancé d abord, que toutes les syllabes placées à la tête de la table précédente , signifient dans les quatre langues, le souffle , la respiration , par conséquent la vie y l existence.

Par-là on comprendra; i° pourquoi ces mêmes syllabes sont la racine du verbe subslantif dans son premier sens, lorsqu'il exprime V existence ; i° pourquoi ce verbe est irrégulier en grec, en latin, et en françois; c'est parce que les inflexions de ces syllabes ne suivent pas exactement la marcbe des conjugaisons grecques , latines, françoises; 5° Ton sentira en même temps la vérité du principe que je m'efforce d'établir, que toutes les langues suivent les mêmes analogies et les mêmes variétés de prononciation. Mais le lecteur aura bien du courage, s'il continue à me suivre au milieu des épines dont je suis environné.

J'avertis de nouveau que pour faire sentir à l'oreille l'identité des termes hébreux avec les mots grecs, latins, françois, il faut prononcer ceux-ci plus fort et plus durement que nous n'avons coutume de faire. On sait assez que les Asiatiques parlent avec effort, et qu'il ne faut pas cbercber le plaisir de l'oreille dans leurs discours.

£\H (apb) en hébreu, est le souffle et les narines par où l'on souffle ; HDin ( houphah ) en syriaque^ le souffle ou le vent-, ?]JP (jaliâph) en hébreu, être essoufflé.

IN (av) qui est la même syllabe adoucie, a signifié un soupir, puisque tDX (avah) signifie désir, par

analogie, parce que les soupirs sont une marque de désir. Ainsi nous disons, aspirer à un but, respirer pour quelqu'un, soupirer après quelque chose; et nous lisons dans Cicéron , scelus anhelantem, qui ne respire que le crime.

Avec une aspiration initiale plus forte , les Hébreux ont fait îTn , Jl^n (havah, hajah) vivre, être , devenir, et leurs dérivés HYl (chajah) vivre, vivifier, un être vivant, un animal , Vâme ou la vie. HV\ (hou) en hébreu et eu syriaque , il est , ils sont.

La délicatesse des oreilles grecques ne s'accommodoit point de ces prononciations trop rudes, elle a travaillé à les adoucir. Aco, auco, souffler, respirer, crier; otuo , expirer; attov, la durée de la vie. En substituant des lettres sifflantes à l'aspiration initiale de aw, l'on a formé Çaco, qui signifioit souffler, chez les Cypriotes, selon Hésychius; Çarîç , souffle impétueux; Çaou, vivre ; Çwov, animal; Çorj , la vie. $aa) , dire , parler, etc.

Comme il est incertain si les plus polis des Hébreux n'adoucissoient pas un peu leur prononciation, il se peut faire qu'ils aient dit nV7 , HT? (haouah, haïah); c'estalorslegrec auco, au» , tout pur. Les Latins, fort grossiers d'abord, eurent aussi un langage très dur : au lieu d'aftov, ils disoient œvum, la vie , le temps, la durée , en changeant 17 en v. Ils redoubloientce sifflement dans vivo , vivus, et se rapprochoient ainsi de havah. Ils l'augmentoient encore dans faveo , favor , favonius . Favente ou aspirante fortuna , c'est la même chose; ainsi favor wi propre étoit le bon vent. Aveo , désirer

comme avah, retient la signification métaphorique, au lieu que le grec auw, respirer, n'a que le sens propre. Aïo , dire, parler , est plus doux. Jugis , juge y j agiter, sont très peu différais de hajah et chajah des Hébreux.

En françois vie , vivre , vivant , âge, âgé , nous retracent toujours havah et hajah. Le sens figuré de av, soupir, se retrouve dans avide, avidité, envie, comme dans aveo et avah. Faveur nous est commun avec le latin; huer, pour crier, est le grec

auto.

On ne peut pas méconnoître *]N (ap , aph) dans vapor et vappa ; le françois l'a retenue dans vif et dans afflé, terme de province, qui signifie évaporé; elle paroît avoir formé le grectTrco, dire, parler , et zrcoç, chose ou parole.

Une preuve que aph s'est changé en am , comme il a été dit ci-dessus, c'est que du verbe ÊjtîO (naschaph) souffler , les Hébreux ont fait HDEO (neschamah) souffle , soupirail. C'est la formation ordinaire des noms verbaux en grec; de ypdfw, écrire, vient ypappoi, lettre, écriture, etc.

De-là om, oum est un mot générique en hébreu , pour signifier tout ce qui existe. OIND, HDIND (méoum, méoumah) nihil quidquam. D (mé) est négatif dans ces deux termes. Am, em prend une aspiration plus forte dans HDH3 (béhémah) bête, animal. Am est encore la parole dans OO (nam), dire , parler.

Cette racine est sensible dans le grec àyLpi , souffler, respirer; o:ucopoV? parfum ; bois odoriférant. En

dialecte attique on disoit ip\ pour u>npc-, dire , parler. Le sifflement du second passa chez les Latins dans fama } famosus , et nous les avons adoptés avec toute leur postérité. Ayçpoç, animus, anima, sont le même terme, et le dernier signifie proprement le souffle : aurarumque levés animœ, dans Lucrèce. Notre substantif âme est l'hébreu pur.

Il est aisé de montrer que ÏN (an) est la même racine que ON (am); que m se change aisément en n; les pluriels en im chez les Hébreux , sont en m chez les Chaldéens : les noms grecs en ov sont en um chez les Latins, et notre particule on s'écrivoit autrefois hom, hojns ou homincs.

An doit donc avoir à peu près les mêmes significations que am. pK (on) inutilité , vanité , fait allusion au souffle , comme vanus , vain^ est analogue a ventus, vent; c'est toujours la syllabe hébraïque avec un v au lieu d'aspiration. Afov en grec, vanum , lui ressemble encore davantage. L'hébreu se trouve plus souvent écrit |1N (aven) pour mieux imiter vain et vanus.

An, en, van, ven, par un sifflement plus fort ont produit fan, fen, phan, phen; OOS (phanim) signifie souvent en hébreu le souffle ou la parole; c'est le grec cpcovr^ la voix,rcvori 3 le souffle, en transposant la voyelle. Je demande pardon au lecteur si j'observe que faner et veiner, dans quelques patois, signifient rendre un vent fort malhonnête : de la viande veinée , c'est de la viande puante. Au contraire, tov, en grec^ violette, fleur odoriférante, r4v , j'ai dit , j'ai parlé.

La métaphore du souffle, pour signifier létre, revient en chaldéen. pX (houn) être , en hébreu ^N (ani) je suis , comme r,v en grec , eraî ou erant. "IN (a r) sera plus reconnoissable encore dans ses dérivés. "INK (oar) en syriaque, 1?TN (aouir) chez les rabbins, l'air; ce terme est commun à ces quatre langues, -fl^ (our) en hébreu, au sens propre, le bon cent, au figuré, prospérité, bonheur. OZpoç, en grec, aura, en latin, ont le même sens : vitalis aura, la respiration ; popularis aura, la faveur du peuple. C'est notre ancien mot heur que nous conservons dans bonheur et malheur. Oure , oire , dans les patois, signifie encore le vent.

tN , WX , HN , (az, asch, ass, ast , at, ath , ) nous fourniront les mêmes rapports et les mêmes analogies, mais il faut abréger. IX (az) le temps , la durée ; ÎJ7 (haz) vif 3 fort. Pî (ziz) en doublant la consonne , bête , animal.

KW est fe souffle, ou l'odeur. mtWK ( aschischoth) cfe^ parfums, ce quon respire; c'est la même chose répétée. ÊtfX (esch) en hébreu, <?//"<? , BP (jesch) en hébreu, il est , ils sont. WX (isch) un homme , TÏÏtfX ( ischah ) une femme. Ces deux derniers sont souvent un nom générique pour signifier tout ce qui existe.

n*>X (ith) en chaldéen et en syriaque, est le même que l'hébreu fi^ (jesch) par le changement ordinaire du ttf en H. Nous faisons de même en disant, il est, sans prononcer Ys, au lieu qu'elle se fait sentir dans est et fcrn. HN (ath) en hébreu, tôt <?*. nn , DH , t£M (hitb , bis, hisch) est le verbe être

dans la conjugaison Hithpael , comme on le verra au §. 6 de cette dissertation.

Ces trois racines sont aisées à montrer en grec, dans aaÇco , exhaler, aspirer ; o'Ça> , sentir, donner bonne ou mauvaise odeur; aa^9^oç , le souffle, en composition àQpoç , àriT-riç , le vent; oxkiicl, la substance, F être.

On a dit à la fin de la dissertation précédente que les verbes latins en asco , esco , isco , usco , sont neutres passifs, et signifient une manière d'être ou de devenir ; c'est que leur terminaison est la racine VIR, être. Vixi, vita, œtas, sont toujours VJ8 et HH.

En françois, chose, pour signifier tout ce qui existe, est le même que \H (oz). Je vis , il vit , fai vescu, selon l'ancienne orthographe , conservent de même l'analogie avec nos trois racines. On reconnoîtra aisément esc > ess , souffle > odeur, dans vesse et vessir. En mettant une lettre labiale, pour rendre plus forte la prononciation de ïtf (iz) , nous avons bize, le plus fort de tous les vents, ainsi nommé par la peinture du bruit qu'il a coutume de faire.

Il est donc certain que toutes les syllabes dont on vient de parler signifient le souffle , ou ce qui lui ressemble, et par analogie la vie et F existence en général. Voilà pourquoi ce sont autant de racines du verbe substantif signifiant Vexistence. On tâchera d'être moins long et moins ennuyeux sur le second sens, lorsqu'il est liaison; mais il faut se souvenir qu'un traité de grammaire ne fut jamais propre à servir d'amusement.

Source du verbe substantif servant de liaison.

Toutes les racines placées à la lète de la table page 74 y outre leur premier sens que l'on vient de voir, expriment encore un lien et ses effets, liaison, union, addition , arrêt , situation fixe , état permanent. Il n'est donc pas surprenant qu'un verbe } qui suit toujours dans sa conjugaison les variétés cle ces racines, en retienne constamment la signification, et soit devenu la liaison la plus essentielle des mots dans le discours.

i°. As?, aûj liai, jah,iah, signifient lien, attache, etc., dans mrii HT! (havàh , lïajàn) piège, embûche, ce qui tnous retient et nous arrête. HTl , 7VT\ (chavah, chajah) assemblée , troupe , ou demeure. *ty7\ (hehi) rassembler, ramener, lier ensemble : au figuré W (jaë) en chaîdéen et en sjr. riaque, ce qui plaît , ce qui attache , beau, agréable, convenable.

En grec e& est de l'herbe , parce qu'elle ressemble à des fils ou à des liens : et conjonction , î'to poser, fixer, rendre stable, arrêter ; a-Jw toucher , empoigner, serrer ; lato, oci>q>, la-Scso , s'arrêter, se reposer.

En latin vieo , lier; via , la trame d'un tisserand, dans Tibulle; uva , le raisin, et toute espèce de grappe. Ohe , arrête; ohe! jam salis est, dans Mai liai.

Enfrançois, haie, clôture, ligne , file; des

so

dais rangés en haie. Jà , vieux mot, signifient maintenant , c'est la liaison du temps; haçir, prendre à la main. Ohé, terme de voiturier pour arrêter les chevaux. Joie, ce qui nous plaît, est le même que îe chaldéen jae; il a pour synonyme liesse dérivé de lier.

2°. ON (im) en hébreu est conjonction ou liaison; il signifie certainement : QJ7 (him) autre liaison, et, cum, sicut; DNi HDN (em, amah) assemblée, multitude : on y reconnoît le grec à^à simul. Ajmjjux, tpaç, otspfxa , cordes, liens ; ôjzo'to , unir ou jurer , se lier par un serment. En latin hamus , anneau ou crochet; vimen, lien ; amo , amor , et leurs dérivés qui sont les mêmes en françois, et notre adjectif jumeau, ont tous la même racine et un sens analogue.

5°. pN (in) en hébreu si conjonction , comme av, làv, riv en grec; HJX (innah) obliger, forcer, est le même oue gène et gêner ; iç, cv, îvoç, corde, nerf, fibre; Woc , bride, même racine que chaîne en françois : finis a pris un sifflement plus fort; mais €iç, êvoç, svoco , unus , unio, un, unir, sont plus simples.

4A. IX (ar) a la même force dans iTlN (arah) recueillir y amasser, mettre ensemble; *HX (ari) en chaldéen et en syriaque, conjonction, comme apoc^ en grec, or, en françois : ")Tl (ètior) rets , filet , fil, ou toile; *IJ7 (hor, har) ce qui gène , ce qui afflige.

Cette racine a une nombreuse famille dans toutes les langues; e?jbu>, àetjbw, ZzVr^ nouer; rîpoç, dans

Hésychius, alliance; 6[<x>p, épouse, etc. En latin hœreo y être attaché ou arrêté; hœra , herbe qui se lie au blé et l'étouffé; arrha, gage, ce qui nous oblige; jura, les lois qui nous lient ; jurare, se lier par un serment. En françois hart, vieux mot qui signifie corde; haro , arrhe , arrêt, arrher, jurer.

5°. \X (az) en hébreu , signifie alors ; c'est la liaison du temps. Ainsi nos adverbes lors, alors , font allusion a lorum des Latins : ÏÏ1N (achaz) tenir , attacher, posséder , être tenu ou attaché : Epj (has) arrête } tais-toi , demeure en repos.

En grec ovu a, osier , arbrisseau qui sert de lien; tcioç, pair, couple, égal; RJw, îÇai, fixer, arrêter. En latin hœsio, adhœsio; en françois hésiter, osier, oiseux, chaise, etc.

6° îtfN (ass, asc, asch) signifie encore ce qui lie ; TWy ( haschah ) serrer , presser ^ opprimer ; PK (its, iss ) la même chose; X^WX (aschi, assi) en chaldéen, assiette , fondement , état fixe.

En Qrechyoo, arrêter, empêcher, réprimer ytorqrço, cTcxvto , arrêter, affermir, rendre fixe; Wyî/ju; se tenir, se placer ; cVroç, Igtiqv, tissu y voile de vaisseau, toile ; l%oç, Ify'a, de la glu; c'est le viscus des Latins. Par un sifflement plus fort, fascia, lien, écharpe; fasces, des verges liées ensemble. Nous le conservons dans fascine , fasciner, lier par des enchantemens. Festi dies , jours de repos, nous est commun avec le latin; iste , est le mot dont les laboureurs se servent pour arrêter les bœufs : on a déjà indiqué assis, asseoir, assiette, etc.

y0 DX est la même racine que WX, par le chan-

gement cle W en D'-, DH en hébreu, même eonj onction que et en latin, et en françois, st\, en grec: HJ7 (heth) retard, ce qui arrête; Hnj? (hattah) main, tenant.

Nous lisons clans Suidas, aina, une corde; rreaC, saule, osier; eryjç, œ.rriç, ami , associé, compagnon. En latin i^, zta,, mita y vitex ; en françois, tfta^ ^^^ Aote, etc. , sont les mêmes racines.

Il n'y a maintenant qu'à comparer tous ces termes avec la table des verbes substantifs; ou je me trompe, ou l'on sera convaincu de l'identité des racines et de l'analogie de leur signification.

Qu'on me permette de le répéter encore; une marche si constante, des changemens si uniformes, des rapports si ressemblais , des allusions toujours les mêmes dans quatre langues , ne sauroient être un effet du hasard. Des étymologies données en sui-^ * vant cette méthode de comparaison, ne sont plus un ouvrage de pure imagination. Or, telle est la route que je me propose de suivre constamment dans le Dictionnaire des racines. S'il m'arrive de m'en écarter, sans le vouloir, je fournirai du moins au lecteur plus intelligent que moi de quoi me redresser, et le moyen de découvrir ce que je n'aurai pas aperçu moi-même.

§• ïv.

Usage du verbe substantif et des verbes auxiliaires.

Les grammairiens françois ont remarqué, comme une propriété de nos verbes, qu'ils se conjuguent à

l'aide de deux auxiliaires, être et avoir. H y a quelques observations à faire sur l'un et sur l'autre.

Il paroît d'abord que le verbe substantif est auxiliaire en grec et en latin , comme en françois; on peut ajouter même qu'il est impossible de conjuguer sans lui dans aucune langue.

Quand on dit tuttto), tutc-tscç, tuttttçe, TU7TToptev, TLwrere , TUTnroucrt, etc. ; si Ton retranche la syllabe radicale du verbe, qui est tu-tc- ou tuitt, que reste-t-il? co, nç, et, ojutev, ers, quil C'est le verbe substantif pur,» dans toutes ses inflexions, avec de très légères variétés.

De même, si dans les conjugaisons latines, on retranche la syllabe radicale, il ne reste que le verbe eo, ire , dans tous ses temps , avec le changement des voyelles selon les conjugaisons, o, are, -h eo , ère , io, ire, etc.

Mais, dira-t-on , eo n'est point le verbe substantif. Il ne l'est point sans doute quand il est seul , mais il le devient quand il est auxiliaire, parce qu'il en prend alors la signification ; ou si l'on veut d'au» très termes ^ le verbe substantif auxiliaire en latin se conjugue comme ire, eo, en changeant les voyelles, pour varier la conjugaison.

L'on en sera convaincu , si on veut faire attention ; i°. que fa), îijxt en grec, signifie également yV vais et je suis; i\ qu'en français l'on confond encore ces deux verbes; on dit f ai 'été, on je fus, pour je sais allé; et au contraire cela va mai, pour cela est mal; 5\ que le latin eo, dans toutes ses inflexions , est parfaitement conforme aux racines du

"verbe substantif que l'on a vues dans la labié : ibarn, ibo, ivi , ne sont difïérens de ÏJHi lK(iph, iv), que par le changement des lettres omophones ; 4°. que<?o signifie être dans venire , venum ire , pessum ire , etc. ; 5 . que J"W qui exprime l'être en hébreu , signifie encore aller et venir, comme en grec |3aivw, aller, et cctto&xeW, devenir', 6°. qu'il y a le même rapport en latin entre j^o et evado , aussi bien qu'en français entre venir, qui désigne le mouvement, et devenir, qui a rapport à Y être.

On doit dire la même chose du verbe avoir. Il ne peut être auxiliaire qu'en prenant la signification du verbe substantif. Or, il est clair que dans nos trois langues, avoir est souvent synonyme d'être ; i'x00 en grec, habeo en latin, signifient être et avoir ; vj £}(£{, xaxwç l)(£t, bene habet , mole hab et ; cela est bien, cela est mal : en français il y a , il y avoit , il y aura, ne signifient autre chose sinon, il est 3 il était , il sera. Nous disons au pariait je suis allé , je suis venu, dans le même sens que nous d irions y j'ai allé , j'ai venu; preuve complète de l'identité de ces deux verbes.

Bien plus (je prie le lecteur de se prêter pour un moment à une discussion de logique , elle ne sera pas longue) , ce principe , que le verbe substantif entre nécessairement dans la composition de tous les verbes, et qu'il est le seul auxiliaire , se tire évidemment de la définition même que les grammairiens et les logiciens donnent du verbe en général. C'est, disent-ils, un terme qui exprime la liaison d'un sujet et d'un attribut, qui renferme par cou-

88 ELÉMENS PRIMITIFS

séquent un jugement. Or, celte liaison ne peut être exprimée que par le verbe substantif, que les logiciens nomment pour cette raison copula. C'est en lui qu'est renfermée toute l'essence du jugement : d'où ils concluent fort bien , qu'à prendre les termes à la rigueur, il n'y a qu'un seul verbe dans toutes les langues ? qui est le verbe substantif, ou, ce qui est le même, qu'il ne peut y avoir de verbes sans lui , ni par conséquent de conjugaisons.

La raison fondamentale de toutes ces vérités, c'est que le verbe substantif n'est auxiliaire, que quand ii est pris dans le second sens expliqué ci-devant , c'est-à-dire comme liaison. Or, la racine primitive des verbes eo , haheo , fio , avoir, aller, venir, devenir, est aussi l'idée de liaison ou de proximité , il n'est donc pas surprenant que les deux premiers puissent être auxiliaires, comme être liaison. Quand nous disons ;, fai du courage , cela signifie que le courage et moi sommes étroitement liés , intimement unis. Je vas à la maison , je viens à la maison, je m approche de la maison, c'est la même chose ; un maître , au lieu de dire à son valet, viens ici, lui crie simplement approche : je deviens sage, signifie que je m approche de la sagesse l .

Dans ces observations, Ton ne prétend pas prendre parti contre M. l'abbé Girard, dans ses élémens de la langue françoise , et les autres gram-

x- Ces mêmes verbes ont aussi le sens contraire comme toutes les racines. Avec certaines prépositions , ils expriment sortie, éloignemeni séparation; je viens de la ville, je m'en vais , etc. ; mais ce n'est pas en ce sens qu'ils sont auxiliaires.

inairiens. Jusqu'à ce que tous soient convenus de l'essence et de la définition du verbe, il est permis de s'en tenir au sentiment commun. Que ce soit l'essence, ou seulement une propriété du verbe , de renfermer une affirmation ou un jugement, cela m'est égal. Toujours est-il vrai qu'il n'y a point de verbe qui ne renferme le verbe substantif, ou expressément, ou équivalemment, et cela me suffit.

Des verbes hébreux.

De tous ces principes, qui me paroissent clairs , je tire une nouvelle conséquence , qu'il n'y a donc point de verbes en hébreu , puisque dans cette langue , le verbe substantif n'est point auxiliaire, et n'entre pour rien dans les conjugaisons, si ce n'est dans la cinquième, comme je le dirai bientôt.

Je le répète, au hasard d'effaroucher tous les grammairiens, et d'attirer sur moi les malédictions de la synagogue; dans la langue des Hébreux^ il y à des participes et des participes aoristes ou indéterminés pour le temps , mais point de verbes proprement dits. Celte proposition mérite d'être plus amplement éclaircie.

C'est une propriété des verbes d'avoir des temps ; or, il n'y a dans les prétendus verbes hébreux que deux temps, le passé et le futur; ils se mettent fort souvent l'un pour l'autre , et l'addition d'une simple conjonction suffit pour changer le futur au passé et le passé au futur. Ils sont donc indéterminés en euxmêmes; ce sont des aoristes.

Ce que Son nomme participé, est un adjectif signifiant un attribut distingué par des genres et des nombres, comme les noms, et ordinairement par des temps, comme les verbes ; or les verbes hébreux ont des genres et des nombres, ils ont des personnes et point de temps,- ce sont donc plutôt des participes que des verbes.

On peut prouver ce même fait par la comparaison de l'hébreu et du syriaque. Dans celui-ci, pour exprimer le passé , on joint le verbe substantif au participe, comme nous faisons dans je suis allé > je suis venu; par conséquent, sans cette addition, qui ne se fait point en hébreu , le participe demeure aoriste ou indéterminé.

Mais une langue peut-elle se passer de verbes? Plus aisément que Ton ne pense; le verbe sert à joindre l'attribut au sujet, par le moyen du verbe substantif qui en fait la liaison, relativement à un certain temps. Dans l'hébreu, le participe n'exprime que l'attribut, et laisse à l'esprit le soin de suppléer la liaison et le temps qui convient au sujet dont on parle.

C'est tellement le génie de cette langue , qu'elle se sert du participe proprement dit pour tous les temps , et qu'elle attribue aux substantifs verbaux un régime, comme s'ils étoient des verbes. C'est parce que l'on n'a pas fait assez d'attention à cet article , que l'on a pris pour idiotismes hébreux x des façons de parler très simples et très naturelles , comme je le montrerai dans la sixième dissertation.

Si l'on veut éprouver quel effet peut faire su,r

l'esprit la suppression des verbes, et comment on peut parler sans eux , il n'y a qu'à lire les premiers versets de la Genèse , en substituant aux verbes des participes ou des noms verbaux ; on dira : In priacipio creans Deus cœlum et terrant , ou creator Deus cœli et terrœ. Terra autem existens inanis et vacua y et tenebrœ saper faciem abyssi , et spiritus Djî agitans se , ou flans super aquas ; et dicente Deo , esto lux , lux existens , etc. Ce qui reste à faire à l'esprit avec ce langage , c'est de suppléer est, erat, fuit , c'est-à-dire la liaison et le temps.

Que ce soit le caractère de la langue hébraïque de sous-entendre le verbe substantif, on pourroit le prouver par cent exemples de phrases où il n'y a point de verbes. En voici un pris au hasard , Cant. 2, 1 : Ego flos campi , et lilium convallium; sicut lilium inter spinas , sic arnica me a inter filias ; sicut malus inter ligna sylvarum , sic dilectus meus inter filios. Voilà le verbe est supprimé cinq fois dans trois versets; tout le Cantique est dans ce style.

Mais je dois la preuve de ce que je viens d'avancer, que le participe se met en hébreu pour tous les temps. Pour le montrer, il ne m'en coûtera que la peine de copier les exemples cités par les critiques : Gen. i,6: esto dwidens , pour dividat; Deut. 9, 24 : fuistis rebellantes , pour rebellastis y Nehenx. i, 4 '.fuijejunans, pour jejunavi, etc. ; et en supprimant le verbe substantif, Exod. 2 5, 19 : ecce ego mittens , pour miito ; Exod. i3, 21 : et Dominus antecedens eos , pour antecessit, ou antece~ débat; Gen. 6, 17 .- eccc ego adducens dihunum ,

92 ELÉMENS PRIMITIFS

pour adchicam; ps. 78, 4 : z/2 generatione altéra

narrantes , pour qui narrabunt, etc,

§• vi.

Des conjugaisons hébraïques.

Cette imperfection de l'hébreu , de n'avoir point de verbes conjugués régulièrement, surprendra peut-être; mais c'est une preuve évidente de son antiquité. Ce que nous appelons conjugaison dans les autres langues, est un ouvrage trop régulier, trop médité, pour avoir été imaginé par les premiers hommes.

Qu'est-il donc arrivé? Les premiers qui ont voulu étudier l'hébreu par principes , étoient Grecs ou Latins; ils étoient accoutumés a conjuguer dans Tune ou l'autre de ces langues , comment s'en abstenir en hébreu? Les premiers rabbins qui composèrent une grammaire (à supposer que cet ouvrage vienne d'eux ) , savoient sans doute un peu de grec , qui étoit la langue la plus générale ; ils trouvoient en grec des verbes et des conjugaisons , pouvoient-iîs se dispenser d'en mettre en hébreu? Quel déshonneur pour leur langue, si l'on avoit dit crûment qu'elle n 'avoit pas de verbes ! Il fallut donc conjuguer bien ou mal; et la belle invention des points ne servit pas peu à perfectionner l'ouvrage et à augmenter l'embarras. Mais il s'est trouvé tant de verbes irréguliers ou défectifs , que les régies prétendues sont noyées dans les exceptions.

J'espère de montrer dans la dissertation sixième^

que cette même manie de comparer l'hébreu aux langues polies , et surtout au latin , et de vouloir Fassujétir k la même marche , a fait naître les trois quarts des hébraïsmes.

On ne sauroit donc trop applaudir au travail de ceux qui ont eu le courage de détruire une bonne partie des conjugaisons hébraïques, et qui, en supprimant les points, ont réduit presqu'à rien cet ouvrage de fantaisie. Ils ont porté la cognée aux branches, j'ose après eux la mettre à la racine de l'arbre : et quoiqu'une antique superstition l'ait consacré^ je ne-erains point que le fer se retourne contre moi pour me frapper. Voici dans le vrai tout le mystère des conjugaisons hébraïques.

L'on est forcé de convenir d'abord que le sens des verbes n'est pas toujours relatif a leur conjugaison. 11 en est de même en grec et eu latin, où plusieurs verbes conjugués, comme le passif, ont cependant la signification active. Ainsi en hébreu, Kal et Niphal ont souvent la même signification, très souvent encore Hiphil et Hophal n'ajoutent rien aux deux premières. Je ne parle pas de Piel et de Puai , qui ne sont que des changemens de points ou de prononciation. Hithpaël seul a une énergie particulière; pourquoi cela? Les grammairiens n'en ont pas seulement soupçonné la raison. C'est que toute la différence des quatre premières conjugaisons ne consiste que dans l'addition de lettres serviies et le changement des voyelles, lesquelles ne sont point significatives, au lieu que Hithpaël est formé par la syllabe HH (hith) qui est le verbe être.

et qui est la marque du passif en syriaque et en chaldéen. C'est le seul cas où le verbe substantif entre dans la composition des verbes, ou plutôt des participes hébreux, et son effet y est sensible, il change l'actif au passif.

Une preuve démonstrative de ce que je dis, c'est qu'il y a des verbes formés de cette particule seule avec un adjectif; ainsi de TIN (échad) un, l'on a faitTItënn (hithachad) être uni, se réunir. Nouvelle preuve de mon système, que le verbe hébreu n'est qu'un participe, puisque hith ou est se joint à lui comme à un adjectif; de même qu'en latin amatus est est le verbe substantif joint au participe.

On m'objectera peut-être que Hithpaël a quelquefois la signification active, ^Tinn (hithcholeî), par exemple, prier ou attendre. La réponse est aisée; il n'a cette signification, que parce qu'il renferme un participe qui signifie une action; ainsi hithcholeî signifie littéralement être présent, être attendant, ou mieux, être dans V attente, être en prières.

Au lieu de hith, il y a des verbes qui prennent hisch, his , hits, hiz , qui sont la même racine changée par les lettres de même organe; r\2TW7\ (hischtabach) être loué; ►plfOn (histopep) être abaissé1', pTO^H (hitstaddeq) être justifié ; HD^ÏÎ! (hizdaccah) être purifié , et ce changement se fait de même en chaldéen et en syriaque.

Il n'y a donc en hébreu , comme dans les autres langues, que deux voix, l'actif et le passif. Dans les quatre premières conjugaisons, le verbe, ou plutôt le participe, a le sens actif ou passif uniquement par

l'usage; aucun signe certain qui lui donne un sens plutôt que l'autre. Mais dans Hithpaèl , le participe est certainement passif ou équivalent au passif. Ainsi IDDnn (hithmasar) signifie qui se livre, qui est livré, ou par lui-même, ou parmi autre; qui est livré, ou qui semble livré, qui est déjà livré , ou qui lé devient; parce que D71 (hith) signifie qui est ou qui devient , qui est en réalité ou en apparence.

Nous sentons en françois léquipolîence de toutes ces expressions : cela se fera, cela sera fait; cet homme se troublera, cet homme deviendra troublé ; il se rendra habile, il deviendra habile , il sera un jour habile.

Cependant, si je conseilîois aux commençons de s'en tenir à mon principe et de secouer entièrement le joug des conjugaisons hébraïques, je révolterois tous les hébraïsans du monde. Que deviendroient tant de livres écrits sur cette matière? Qu'on les apprenne donc, sauf a les oublier le plus tôt que l'on pourra. Pour ceux qui savent l'hébreu! ou qui croient le savoir, je n'oserois les prier de renoncer à ce qui leur a coûté tant de travail et d'ennui; le sacrifice seroit héroïque, et il ne me convient pas de leur donner des avis.

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