‹ Les élémens primitifs des languesChapitre 15 sur 41 · SIXIÈME DISSERTATION · texte numérisé non relu

SIXIÈME DISSERTATION

SUR LA SYNTAXE OU L ARRANGEMENT DES MOTS DANS LE DISCOURS , SUR LES RÈGLES DE GRAMMAIRE ET LES IDIOTISMES DE l'hÉBREU.

Sur les idiotismes.

Je crois avoir montré dans les dissertations précédentes, que toutes les langues ont été formées sur le même modèle , et en suivant une mécanique uniforme, soit dans la prononciation des lettres, soit dans l'union des syllabes , soit enfin dans l'usage des mots. Cette uniformité doit faire présumer, que dans la manière d'arranger les parties du discours, il doit encore se trouver entre elles beaucoup de ressemblance. Cependant , si nous en jugeons par la multitude d'ouvrages qui ont été composés sur la syntaxe hébraïque , et sur les façons de parler extraordinaires de l'Ecriture, on est tenté de croire que l'hébreu est une langue bizarre, où toutes les règles de grammaire sont renversées, que le peuple qui la parloit étoit une espèce d'hommes singuliers, encore plus ditïérens des autres nations par le langage que par les mœurs et la religion ; et ce préjugé n'est guère propre à inspirer le goût d'apprendre l'hébreu.

Ce qu'il y a d'étonnant ., c'est que les savans qui

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ont le plus multiplié les hébraïsuies et les règles pour les expliquer, sont en même temps ceux qui ont soutenu avec le plus de chaleur que le texte de la Bible est clair pour toutes sortes de personnes; que c'est dans l'original, et non point dans les versions, qu'il en faut puiser le véritable sens. Je ne sais s'ils ont persuadé beaucoup de lecteurs, mais il me semble qu'ils ont fait tout ce qu'ils ont pu pour empêcher qu'on ne les crût sur leur parole. Ou l'hébreu est une langue fort difficile, ou ces volumes énormes de règles imaginées pour en faciliter l'intelligence , renferment bien des inutilités.

L'affectation de supposer partout des hébraïsmes me paroît avoir produit un autre effet plus pernicieux encore; elle a rendu le texte hébreu incapable de fixer notre créance. Que l'on oppose le passage 3e plus clair à quel sectaire on voudra : entre trois ou quatre cents règles qu'il a sous sa main pour en expliquer le sens, il y aura bien du malheur, s'il ne s'en trouve pas une qui lui fournisse le moyen d'échapper.

Après avoir lu avec beaucoup d'attention la philologie de Glassius., ouvrage d'une sagacité infinie, et qui mériteroit d'avoir été écrit avec moins de passion y après avoir confronté plusieurs grammaires, je suis demeuré convaincu que les trois quarts au moins des idiotismes sont venus des raisons suivantes : i°. l'on a comparé l'hébreu avec le latin, qui est celle de toutes les langues qui lui ressemble le moins ; 2°. l'on n'a pas compris le vrai sens ni l'origine de plusieurs termes; 5°. l'on a pris pour règle la ponc-

iuation des rabbins, c'est-à-dire, une orthographe souvent fautive et une prononciation vicieuse. Je ne parle pas d'une autre source qui n'est pas la moins abondante, c'est l'intérêt de secte et de système, et l'envie de contredire la Vulgate. Je dois éviter tout sujet d'aigreur et de dispute, je n'ai envie de blesser personne; mon intention est de rapprocher, autant que je le puis, tous les hommes, en travaillant à concilier toutes les langues.

Il est évident que l'on ne doit pas regarder comme idiotismes des façons de parler dont les critiques ont cité des exemples dans les autres langues. Idiotisme est, selon la force du terme 9 une expression propre et particulière à l'hébreu; or elle ne l'est plus , dès qu'on peut la trouver ailleurs. Il y en a sans doute en hébreu; quel est le langage qui n'en ait pas? Mais je soutiens qu'ils y sont en petit nombre; et déjà cette vérité semble avoir été aperçue de quelques grammairiens. Le P. Giraudeau , qui est un des plus modernes, est aussi celui qui en a le plus retranché. Si l'on réforme encore une partie de ceux qu'il a conservés, ce qui restera doit se réduire à peu de chose.

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