‹ Les élémens primitifs des languesChapitre 29 sur 41 · BACCHUS · texte numérisé non relu

BACCHUS

Il seroit inutile de vouloir concilier les différentes généalogies 'de ce dieu fameux ; les auteurs varient là-dessus ; aussi ne paroissent-elles fondées que sur une explication équivoque de la manière dont il faut cultiver la vigne, Bacchus est , dit-on , fils de Jupiter et de Sémélé , c'est-à-di.re que le vin est fils du ciel et des montagnes , parce qu'on plante la vigne sur les hauteurs : Bacchus amat colles ; et qu'elle a besoin , pour fructifier, des influences du ciel. Sémélé est composé de deux racines , sem et mel , qui toutes deux signifient hauteur. Sémélé pendant sa grossesse ayant voulu voir Jupiter dans l'éclat de

sa gloire et avec sa foudre, en fut consumée^ et Bacchus naquit avant terme. Cela signifie que dans les pays chauds la vigne plantée sur les montagnes étoit souvent desséchée par les chaleurs excessives , et qu'alors elle ne pouvoit pas mûrir. Jupiter mit cet enfant dans sa cuisse, où il demeura le reste des neuf mois , el après sa naissance il fut élevé par le secours des Hyades , des Heures et des Nymphes. Le terme pjpoç , la cuisse, peut signifier ce qui est couvert. Dans toutes les langues , les parties du corps depuis la ceinture en bas, sont nommées les parties cachées. Mvjpoç peut être la même racine que àpaupoç^ obscur, et signifier couverture et ombrage. Toute cette fable nous fait donc entendre que pour préserver le raisin de la sécheresse , on s'avisa de le mettre à l'ombre , et de planter la vigne sous des arbres; qu'étant ainsi à couvert, elle mûrit avec le secours des Hyades , ou de la pluie ; des Heures, c'est-à-dire du temps; et des Nymphes, ou de la culture que lui donnent les femmes.

Le nom de Bacchus a été donné d'abord au vin; pZ , "p (bac, baq), en hébreu, liqueur; n*D2, pp2 (bacah, baqaq), couler, répandre, arroser. Bocxsa; a signifié en grec s'enivrer , et jSaxtaç, un lieu humide, un bourbier. Ensuite on l'a donné par analogie aux divers personnages qui ont enseigné à cultiver la vigne et à faire le vin, enfin a l'intelligence que l'on a supposée présider à cette production de la nature , et on a confondu les différentes aventures des vignerons fameux , pour en composer l'histoire fabuleuse de Bacchus.

Les Grecs le nômmoient encore lax/oç, de T\iï (ach , och) , eau} ou liqueur ; oyoç et o'/iroq signifient imisseau , courant d'eau , et hoùache , en françois , terme de marine, est synonyme à aiguade. Acovuaoç, autre nom de Bacchus , est expliqué par quelques grammairiens At'oivuo-oç, le dieu du vin; il peut être encore dérivé de <Wvco , mouiller , humecter , arroser. ÀvjvaToç vient de Ànvoç, la cuve du pressoir ; et àuohoç de Àouco , laver. B^ojjuoç a le même sens , puisque abromius est le même qu abstemius , qui ne boit point devin ; liber pater en latin est le père des liqueurs; ÀeiÇw et libo signifient verser, répandre , faire couler , hSnpoç , goutte, distillation. Liber est donc celui qui fait couler le vin sous le pressoir. Tous ces noms reviennent au même.

Avec le secours de ces étymoiogies il n'est pas difficile de trouver l'origine des Orgies ou Bacchanales; leur nom Opyia. est le même que l'hébreu JHJ? (hôrg), crier, faire du bruit , et rip-oyw dans lïésychius , rugio , crier fort , hurler. C'étoient donc les fêtes des vendanges et les folies des gens ivres ; et, pour en retrouver la copie , il n'y a qu'à jeter les yeux sur les fêtes de villages. Dans les Bacchanales on crioit, on chantoit, on dansoit, on couroit les rues toute la nuit, souvent on se battoit ,, c'est encore aujourd'hui la même chose. De jeunes paysans pleins de vin ont la fureur de chanter et de danser; ils crient à pleine tête t'oa , tou , comme on faisait en Grèce et à Rome ; c'est ce que l'on appelle dans quelques endroits hucher \ dans d'autres happer. Euîoç, Euîé, eîjotv, qui embarrassent les grammairiens >

sont dérivés de &a>, pleuvoir ou faire pleuvoir /• evoe Bacche est une invocation au dieu prétendu de faire couler le vin en abondance; ciaSoT, cri des Bacchantes^ fait allusion a JOD (saba) boire , s enivrer ; c'étaient les cris de gens ivres. On représentoit Bacchus avec un échalas environné d'un cep de vigne et de raisins, que Ton nommoit en grec Q-opcoç, nouveau symbole qui fut ensuite transformé en lance guerrière ; et les prétendues conquêtes du dieu ne sont autre chose que les progrès qu'a faits successivement chez les peuples divers l'art de cultiver les vignes et de faire le vin.

Lorsque les Grecs et les Latins eurent la tête remplie des contes de leurs poètes et des aventures de leurs héros, ils mêlèrent à cette fête d'autres symboles qui avoient rapport à ces événemens vrais ou faux, et qui donnoient un air d'importance à la cérémonie. On appela tout cela des mystères, pour leur concilier du respect ; mais rien n'étoit moins mystérieux ni moins respectable , puisque ce n'étoit originairement qu'une fête où l'on s'enivroit.

On remarquera que ces mystères prétendus sont nés dans les lieux où il y avoit abondance de vin , et ont parcouru successivement les pays où l'on a planté des vignes. La raison en est claire ; les peuples du Nord, abreuvés d'eau glacée , n'avoient garde de faire les fêtes des vendanges qu'ils ne conuoissoient pas, ni de copier les extravagances de l'ivresse. Il falloit avoir bien bu pour en être capable, et joindre la réalité à la figure. Mais les usages se perpétuent : on iramoloit des boucs dans les fêtes de Bacchus ;

ti'est encore la coutume du peuple dans plusieurs provinces de manger du bouc pendant les vendanges , et on n'en mange que pendant ce temps-là.

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