DU DICTIONNAIRE DES RACINES, OU MOTS PRIMITIFS
On a pu déjà comprendre par les exemples qui ont été donnés dans les dissertations précédentes , quelle est la méthode que l'on se propose de suivre dans le dictionnaire des racines. Il doit renfermer tous les mots simples et monosyllabes que Ton suppose être les vrais élémens des langues, avec leurs principaux dérivés dans les quatre dont on fait le parallèle. On en remarquera d'abord les divers sens ; on fera sentir, autant qu'il sera possible,, l'analogie de leurs significations , et pourquoi ils en ont de si opposées. On observera ensuite les variétés de prononciation , les inflexions diverses que le même monosyllabe a reçues, en suivant toujours le mécanisme dont on a tracé ci-devant les règles. On montrera que chez les Hébreux et chez nous , en Grèce et en Italie, l'esprit et la langue ont suivi constamment la même route.
On ne s'oblige cependant point de montrer les racines de tous les mots qui composent les quatre langues dont on parle , ni d'en décomposer tous les termes , mais seulement ceux de l'hébreu , qui est la plus bornée et la moins abondante. Réduire exactement quatre langues à leurs racines, seroit une opé-
ration infinie, qui passe de beaucoup mes forces, et qui ne peut être exécutée que dans autant de dictionnaires diffërens. Pourvu que je puisse indiquer tous les termes primitifs et décomposer l'hébreu, il sera facile d'analyser de même les trois autres langues, et il seroit à souhaiter que cette besogne fût déjà faite. Schrévelius a tâché de le faire pour le grec, dans son lexique ou manuel ; mais parce qu'il ne suivoit pas une route certaine, la plupart de ses étymologies ont besoin d'être réformées. Les grammairiens latins ont tenté la même opération pour leur langue ; c'est dommage qu'ils n'aient pas eu les connoissances nécessaires pour y réussir. Par ce qui a été dit sur l'origine du francois dans la dissertation septième , on conçoit que pour en faire l'analyse , il faut attendre que nous ayons des dictionnaires exacts de tous les patois de nos provinces.
On a déjà indiqué dans la ire Dissertation , §. 7, les principales utilités que l'on peut tirer d'un recueil des mois primitifs : il n'est pas nécessaire de les répéter; mais on prie le lecteur de considérer que 3a méthode à laquelle on s'attache pour découvrir les racines et les étymologies , est nécessairement la seule véritable ; que si elle ne nous conduit pas à la vérité, aucune autre n'y parviendra jamais. Deux fils servent à la diriger; d'un côté^ la marche de l'esprit ,, c'est-à-dire les analogies et la manière dont les hommes ont dû envisager les objets, de l'autre le mécanisme de îa langue et de la prononciation. Ou ne se flatte point d'avoir trouvé le vrai , à moins que l'on n'aperçoive les mêmes rapports dans quatre laor
gués; il seroit difficile que le hasard put former ce concert; ou c'est un signe de vérité^ ou il faut renoncer pour jamais h. ce genre d'étude.
Mais quand on seroit assez heureux pour rencontrer juste partout ? ce qui n'est pas possible, legenre que Ton traite ici n'est guère capable de plaire à l'imagination ni d'amuser les lecteurs. Un dictionnaire qui ne renferme que des termes isolés , n'est consulté que dans le besoin. L'ambition d'être lu doit engager un écrivain à présenter quelque chose déplus ; on aura donc attention de mêler au détail des racines et de leurs dérivés un grand nombre de remarques.
i° On tâchera de faire observer l'analogie du langage avec les moeurs et les usages des peuples.
2° On recherchera soigneusement les étvmoiosies géographiques; on examinera la plupart de celles qu'a données Bochart, non pas simplement pour les copier , encore moins pour avoir le plaisir de les contredire, mais pour les rectifier lorsqu'il sera nécessaire , avec tous les égards qui sont dûs a ce savant homme.
5° On n'omettra point les notes capables d'éclaircir la mythologie; on se propose de fondre dans cet ouvrage toutes celles de le Clerc sur Hésiode , d'y en ajouter un grand nombre qu'il n'a pas faites^ et de le réfuter, lorsqu'on croira devoir le faire. On prendra la même liberté à l'égard des réflexions de M. Fourmont sur l'histoire des anciens peuples, et de plusieurs excellens mémoires de l'Académie des Inscriptions et belles-lettres, en conservant toujours pour les habiles écrivains qui sont nos maîtres., le respect et la reconnoissaoceque nous leur devons.
DES LANGUES. 2ÔÎ
4* ^a principale étude sera d'expliquer les termes hébreux, et d'indiquer de nouveaux sens dans un grand nombre de passages de l'Ecriture sainte. Loin de montrer , en les proposant, du mépris et de Tindifférence pour notre version Vuîgate, on espère au contraire de la venger, sans affectation et sans dispute, d'une infinité de reproches que lui ont faits des auteurs prévenus , et de l'oubli que plusieurs autres ont affecté pour elle. Souvent ils n'ont pas daigné rapporter dans les dictionnaires le sens qu'elle a donné a certains mots, quoique ce sens soit pour le moins aussi probable que celui qu'ils ont suivi, et quelquefois mieux fondé. L'on a supposé trop légèrement des fautes de copistes dans les exemplaires : article sur lequel un critique ne sauroit être trop réservé. 11 en est souvent de même des corrections de la Massore ; leurs auteurs ne les ont proposées que parce qu'ils n'entendoient pas le vrai sens de l'original, ni du mot qu'ils vouloient corriger. On se flatte de prouver tous ces faits.
5° Par le détail que l'on fera des différentes significations des racines , on verra l'origine des divers sens que les versions ou les commentateurs ont donnés au même terme , et les raisons de grammaire sur lesquelles ils se sont fondés.
Ce projet, quoiqu'envisagé sous un coup d'oeil assez favorable, ne m'aveugle point ; je sens tout ce qui me manque pour l'exécuter avec succès. J'y entrevois même des inconvéniens inévitables, et la bonne foi me défend de les dissimuler. En reconnoissant ingénument les défauts de mon travail ; j'ôterai
peut-être aux censeurs de profession l'envie d'y en
supposer d'imaginaires.
On m'objectera d'abord qu'il est fort inutile de rechercher tous les sens que peut avoir un même terme; c'est autoriser les versions les plus défectueuses, multiplier les doutes au lieu de les dissiper,, et , pour vouloir obliger tout le monde, c'est ne plus obliger personne.
Cela seroit, si l'on n'avoit soin d'indiquer en même temps le sens qui paroîtrS le meilleur. Dans le cas même où plusieurs significations sont également probables , il est de l'équité de les justifier toutes : si un terme étoit réellement inexplicable, ce seroit toujours rendre service à la vérité que de montrer pourquoi il l'est. Ce seroit un moyen de réprimer les censures indiscrètes et l'affectation de blâmer les traducteurs ; ce qui ne me paroît pas un médiocre avantage.
Quand même je rendrois par-là l'hébreu plus obscur, pourrai (non me blâmer de montrer le vrai , en faisant voir toutes les racines auxquelles le même mot peut se rapporter? Les esprits vifs et dogmatiques en concluront qu'il est donc impossible d'expliquer sûrement l'hébreu. Je ne conviens point de cette impossibilité; mais je soutiens que Ton ne peut mieux en acquérir l'intelligence qu'en le comparant avec les autres langues. Si , avec cette comparaison \ c'est encore une opération difficile et souvent incertaine, elle le seroit bien davantage, si on renonçoit a ce nouveau secours.
Si donc quelqu'un exige que l'on dissipe tous les
nuages , que Fou donne des démonstrations dans un genre où Ton ne peut avoir que des vraisemblances, il faut renoncer à l'entreprise , suivre avec la multitude le préjugé et la routine, écouter des rabbins qui devinent et souvent extravaguent, consulter des commentateurs qui se copient, au lieu de chercher le vrai dans sa source.
L'obscurité de l'hébreu et celle de toutes les autres langues est venue, comme on Fa déjà observé, de ce que les peuples ont donné le même nom à différens objets, surtout les noms génériques aux différentes espèces. Il y auroit souvent de la téméritéà prononcer hardiment sur la signification d'un tel nom. Les interprètes ont conjecturé, et ils ont varié dans leurs conjectures, parce que l'évidence seule peut ramener tous les esprits à la même opinion. Pour en donner un exemple, le héron est nommé dans nos quatre langues l'oiseau élevé sur ses jambes, le grand oiseau, et celui qui Fa vu pour la première foisnepouvoit pas mieux le désigner. Il ne pouvoitpas deviner non plus qu'il y a cinquante autres espèces d'oiseaux à qui ce même nom convient : le plus habile naturaliste pourroit à peine les caractériser tous par des noms particuliers; comment exigeroit-on cette exactitude d'un ignorant, teïsqu'étoient certainement les premiers hommes? Voilà donc une source inévitable d'équivoques , et toutes les fois que l'on trouve les noms ■ptyetiTPDn dans le texte hébreu, on peut aussi bien les entendre de l'autruche, de la cigogne , du butor, du courlis, que du héron, parce qu'ils se ressemblent tous par la hauteur de leurs jambes.
Que peut faire un critique dans ces circonstances? ï! a beau consulter les rabbins; il ne les trouvera point d'accord, et quand ils le seroient par hasard, leur avis ne prouveroit rien. Par quelle voie le vrai sens d'un mot leur seroit-il parvenu? On est donc réduit à des conjectures ; ce que je dis ici des oiseaux, on peut le dire de presque tous les animaux dont il est parlé dans le texte sacré, et à proportion de tous les autres noms hébreux.
L'on ne manquera pas de se récrier sur le petit nombre des racines primitives que le dictionnaire doit renfermer. On pourroit d'abord justifier cette pauvreté excessive de la première langue par le petit nombre d'idées que Ton a trouvées a certains peuples sauvages, qui , à ce que Ton dit , ne savoient compter que jusqu'à trois ; mais il y en a une raison plus -satisfaisante. Le procédé ordinaire de la nature est simple et fécond; pour faire les plus beaux ouvrages, elle emploie peu de matériaux. Si avec vingt-deux lettres Ton a pu former des langues riches, abondantes, variées ^ pourquoi, avec peu d'idées primitives , ne pourroit-on pas produire le même effet , nommer tous les objets, développer toutes nos pensées et nos sentimens?
Mais, dira-t-on, avec de prétendues analogies, on peut trouver tout ce que Ton veut ; entre vingt rapports que peut avoir un objet, on choisit au hasard, celui qui est le plus favorable. D ailleurs, en changeant les lettres à son gré , les mots les plus disparates deviennent les mêmes; il est aisé de donner ainsi des étvmologies ; en défigurant les langues
comme on le juge à propos. Les anciens les donnoient à l'aventure; fera-t-on mieux, en suivant des règles arbitraires , et que Ton tourne comme on veut?
Ma réponse sera courte; si quelqu'un est prévenu de cette idçe, je l'invite à en faire l'épreuve. Je le prie de choisir telle étymologie qui se trouvera la première dans les dictionnaires communs , et d'essayer s'il pourra la vérifier dans les quatre langues. Je ne crains pas qu'il fasse deux fois la même tenta- 'tive.
Peut-être sera-t-on rebuté d'une méthode toujours uniforme de montrer la dérivation des sens; des allusions simples qu'il faudra répéter à chacune des racines. Mais cette uniformité même doit paroître une preuve sensible de vérité; c'est le train de la nature, il se ressemble partout. Le système que l'on suit ici n'étant bâti que sur des comparaisons et des rapports, il faut sans cesse rapprocher les termes et les idées pour en faire sentir le vrai. Tous les efforts que l'on pourra faire pour varier les expressions , ne suffiront jamais pour éviter la monotonie.
Il y auroit un moyen de la prévenir , en dissertant continuellement, tantôt pour réfuter, tantôt pour applaudir ; ici pour discuter une prononciation , là pour éclaircir un fait ; dans un article pour étaler du rabbinage, dans un autre pour confronter les versions. Il est aisé de faire parade d'érudition à peu de frais. Mais on feroit des volumes immenses , et il y en a déjà trop : malgré toute l'envie que l'on a d'abréger, l'ouvrage ne paroîtra peut-être que trop long,
L'on demandera enfin, pourquoi écrire en francois? Le latin, qui est la langue des savans, conviendroit mieux à un ouvrage qui semble fait pour eux seuls ; il pourroit en faciliter le débit , en le mettant plus à portée des étrangers. Je conviens de cet avantage; mais outre linclination qui nous porte à composer dans notre propre langue, j'aime mieux parler un françois supportable qu'un latin barbare. Ou mon travail aura du succès, ou il demurera dans l'oubli. Dans le premier cas , j'aime assez notre langue pour souhaiter que les étrangers la lisent dans un ouvrage qui leur semblera utile; dans le second, il n'est pas nécessaire que l'on sache ailleurs qu'en France que j'ai fait un méchant livre.
Une autre raison m'a fait prendre ce parti. Comme je prétends que pour comprendre la structure des langues anciennes, il faut les comparer avec les modernes , je ne pouvois mieux faire cette comparaison qu'avec la langue qui nous est la plus familière. Si cette pratique est utile , les étrangers feront chacun pour leur langue ce que j'ai cru devoir faire pour la notre. Je ne lui donne la préférence que pour notre commodité; je laisse volontiers à chaque nation la satisfaction de croire que son langage est préférable a celui de ses voisins.
Mais quel travers de citer les patois , ces jargons informes et grossiers qu'une personne bien élevée n'oseroit parler., qu'il est de la bienséance d'ignorer ! On se déshonoreroit si on vouloit en faire mention dans le monde poli : n'est-il pas encore plus indécent de les introduire parmi les sa vans?
Ces patois si méprisés sont cependant des langages humains ; ceux qui les parlent sont des êtres raisonnables , comme les Grecs et les Latins ; ils ont du bon sens, souvent de l'esprit et de l'éloquence, comme les citoyens d'Athènes ou de Rome; il ne manque a ces jargons, pour acquérir de la considération et devenir à la mode , que d'avoir servi à faire des ouvrages utiles ou amusans. L'indifférence que nous affectons pour eux est une des raisons principales du peu de connoissance que nous avons des origines de notre langue. Ce n'est pas ma faute ^ si les langues orientales ont plus de rapport avec eux qu'avec les langues savantes et cultivées , on ne doit pas me savoir mauvais gré d'avoir aperçu et développé ce rapport. Le Glossaire de Ducange est un livre savant, utile, précieux; que renferme-t-il autre chose que des patois et des langages barbares latinisés ?
Ceux dont j'ai le plus de connoissance sont le dijonnois ou bourguignon, le lorrain , et ceux des différentes parties de la Franche-Comté. Je présume que ceux de nos provinces méridionales pourroient fournir des observations utiles, je n'omettrai rien pour m'en procurer du moins une légère teinture.
Les dictionnaires dont je me sers pour faire le parallèle des langues sont^, pour l'hébreu, ceux de Forster, de Robertson , l'abrégé de Pagnin, et le père Giraudeau; pour le grec, Lexicon Leimarium^ parce qu'il fait grand usage de celui d'Iiésychius ; pour le françois , le dictionnaire de Furetière.
Jaurois pu faire grand usage des divers glossaires du P. Thomassin et de l'harmonie des langues de
258 ÉLEMENS PRIMITIFS
Guichard; mais pour n'être point séduit parle poids de l'autorité, je me fais une loi de ne copier personne, et de chercher les racines des langues, comme si j'étois le premier qui eusse entrepris ce travail. Par la même raison, je m'abstiendrai de consulter le recueil des mots de la langue primitive, que M. Bullet a mis à la fin des Mémoires sur la langue celtique. C'est lui qui m'a indiqué le principe que les racines des langues sont monosyllabes, et qui a conduit mes premiers pas dans la vaste carrière où je suis entré ; si dans quelques étymologies je me trouve peu d'accord avec mon maître, c'est que nous voyageons l'un et l'autre en pays de liberté.
Une explication plus longue de ma méthode seroit inutile , si je n'en clonnois un exemple. Je vais donc placer ici un échantillon du dictionnaire des racines dans l'état imparfait où il est encore. Je prie le lecteur de ne pas juger de ce qu'il peut être dans la suite/ par ce qu'il est actuellement. Le travail n'est qu'ébauché, et il faut plusieurs années pour le conduire à sa perfection.
PKEMiÈRE SYLLABE DE L-' ALPHABET.
ab , eb , ib , ob , ub.
r° 2& signifie dans toutes les langues hauteur, élévation, et par analogie grandeur , grosseur, rondeur. De là sont formés en hébreu m^N , Job. 52, 19 j Vulg. lagunculas , des bouteilles , des outres , des vases à mettre le vin, tous instruinens gros et ronds. rOVyD ( thlaoubath) , Os. i3, 5, que plusieurs traduisent locus montuosus y est formé de jD (thaï) élévation , et y\H (ob) , qui signifie la même chose; c'est un pléonasme ordinaire dans les langues. tOD^(abba), enchaldéen, est un coq, c'est-à-dire un animal qui se dresse , qui marche fièrement. Les divers noms qu'on lui a donnés ^DJ) et *>*0& (gabar , schakouï) en hébreu, àkéertop en grec, gallus en latin , coq en françois, jau, gao , pou, dans les patois , font tous la même allusion à la hauteur, à la fierté. C'est même un proverbe dans les provinces : il se dresse comme un pou, c'est-à-dire comme un coq.
Cette racine a fait en grec -oShc, bosse et bossu, Aëb*, Abus ou Aba, montagne d'Arménie à la source de i'Euphrate, ainsi nommée du nom général de hauteur. C'est le même que "Q3 (naboii) , autre nom de montagne en hébreu , avec un n paragogique, et ces deux syllabes réunies ont formé Abnoba, autre montagne à la source du Danube. En ajoutant m } qui se glisse facilement devant le b , lettre de même organe , 011 a composé auSVi, dcpêwv . sommet de
montagne ou lieu élevé; Opia^ëoç , grande supériorité y grande victoire, a cause de Qpi qui est augmentatif; en doublant la consonne de la racine, nous avons j3ou6œv, tumeur y grosseur : de là vient la syllabe bob, bub , dans plusieurs dérivés de bos , boçis , qui signifie un gros animal.
En latin obba et ambo , est un vase à gros ventre, comme rVOK (aboth) dans Job. Umbo est le dessus d'un bouclier ou d'une montagne ; ab et ob , prépositions, sont souvent augmentatives en composition^ comme abedo, abnego,absumo, obbibo , obdormio. Les anciens Latins disoient haba pourfaba, une fève, un gros légume ; fève a changé le b en v : ova , des œufs , de même; ils se disoient a>6ka chez les Argiens; ainsi ovare , triompher , est analogue à apëwv et Gptocfjtêbç du grec , par la même mécanique.
Jubé, en françois, signifie une tribune, un lieu élevé dans une église; l'aspiration initiale de la racine y est changée en J consonne. Nos grammairiens ont dit qu'il étoit ainsi nommé de la formule Jubé , Domine , benedicere , qui commence les leçons de mâtine; mais les patois nous font sentir la fausseté de cette allusion ; ils appellent un jubé jechou, du verbe jucher , élever ou percher, et c'est précisément la traduction de àp&ov qui est son nom en grec. Bombe 9 «ros boulet , a doublé la consonne comme fiouëwv et bombé signifie élevé en voûte; bobine a fait de même, aussi bien que ftip£iu> 9 tourner.
Je prie le lecteur de remarquer tous ces change-
DKS LANGUES. 241
mens de lettres; ils continueront constamment de même dans toutes les dérivations suivantes. On peut les retrouver en hébreu , comme ailleurs ; ainsi 2& dans ce premier sens est relatif aux syllabes DH et 3J7, qui ont une aspiration plus forte, et aux racines £\H, W» tNj où le "2 est changé en £l qui est de même organe.
2° ZiH , élévation au propre, signifie la même chose au figuré, c'est-à-dire prééminence , supériorité, autorité, 3K, en hébreu, père , et au pluriel ancêtres , auteur, maître, seigneur ou docteur, roi, prince, etc. ZH HO (bith ab), i. Parai. 2/±, 6, famille principale. Dans le premier âge du monde , les pères étoient les seuls souverains dans leur famille , c'est la première origine du gouvernement parmi les hommes : ils pouvoient seuls instruire leurs descendans. L'identité des noms de père, de roi, de docteur, est donc un monument des anciennes mœurs. Nous en retrouvons encore des vestiges dans les patois, où Ton appelle un père sirot , diminutif de sire , seigneur. En latin avi, les aïeux, senommoient autrement majores ; nous disons aussi grand-père , grand-mère , pour père et mère anciens ; et mes auteurs, pour mes aïeux.
Il est clair que ce nom avus est le même que l'hébreu ab , par le changement du b en v. Les Grecs au contraire disoient dwrcpùç ou airrr&ç, par une prononciation plus dure ; et en doublant la consonne ,
irairrraç et TtaitTcoç. Ces deux derniers ont passé en
S41 E LE M'EN S PHI Ail TIFS
iatin, en françois et, dans la plupart des autres langues; et c'est un des premiers mots que les enfans prononcent.
Aba, selon Calepin, est le nom que les jeunes gens donnoient aux vieillards ; il signifié pater y par conséquent Bauffw, nourrice deCérès, peut exprimer vieille , ou mère. Dans abavus et abaçia, ab est augmentatif; il répond au grec eVi dans éirMroKTiroç , bisaïeul ou trisaïeul, et Ittit^tV) , grand tante : c'est toujours la même allusion. Jubeo , commander, exercer la supériorité , a changé l'aspiration douce en y consonne, comme jubé de l'article précédent.
Le mot françois abbé, emprunté du syriaque abba, nous a rendu cette racine familière ; mais nous aurions peine à la reconnoître dans aïeul et aïeux , sans le latin avus. Nous verrons souvent le v changé en ï, ou au contraire ; ainsi lœvis répond au grec Àsioç, clavis , à x/sjç , etc., comme ayus au françois aïeux.
5° Par analogie a i° élévation, 2& signifie /^ crisf l'élévation de la voix. Ce sens peut encore avoir rapport à l'article 1 2° ci-après; parce que le souffle, Ïôs silïlemens et les cris aigus se ressemblent. ^2H (abouï) Prov. 2 3,, 29, cris de douleur , regrets, soupirs; TOP (iabab), crier, hurler, avec un \ (i) au lieu d'aspiration; "OH (ibou) en chaldéen ,, est le hibou, le chat-huant; oiseau qui jette un cri lugubre pendant la nuit ; il est singulier que ce nom se soit conservé en françois. C'est le bubo des Latins
DES LANGUES. Ut
avec la double consonne : aussi a£x signifie clameur en grec, adëoï , cris de douleur ou d'admiration , comme en hébreu ; iS5a> , dans îïésychius, crier ou hurler; |3oj*6oç , bruit, son, tonnerre.
Iap£oç a signifié d'abord des huées , des moqueries ; fou.&Zœ ; maledico. On a donné ensuite ce nom à la poésie mordante, à la satyre et aux vers dont elle étoit composée. Les Grecs ni les Latins n'ont pas connu l'origine de ce mot, puisqu'ils Font tiré de la fable. Il vient, disent-ils^ d'une certaine ïambe , fille de Pan et d'Echo : pure équivoque qui signifV que la voix est fille de la bouche et du gosier ; ]p (pan , pen) la bouche , "lil (bac , bec) le gosier.
4° Par une autre relation à i° rondeur , 3^ signifie ce qui entoure, ce qui environne, un lien, ce qui ressemble à un lien , ce qui fait les effets du lien, ce qui arrête, ce qui serre, ce qui unit, liaison , union , arrêt. On peut très bien rapporter à ce sens 2H , plante, herbe, et ses dérivés, surtout 2H, racine , parce qnc }es racines des herbes ressemblent à des fils ou à des liens, et prrce qu'avant l'invention du lin ou du chanvre, les' cordes ou les liens se faisoient avec des herbes ou des arbrisseaux plians ; il en est plusieurs qui servent encore à cet usage. On verra que cette allusion s'est conservée dans toutes les langues. Les syllabes DH, DH, DJ7, Ti, "YI, (al , chah, hâb, bar, char), été*, ont encore le même sens.
De là /.y.wa&ç } cànnabum > le chanvre , sont
%a ELE.MENS PRIMITIFS
composés de cari, canna (roseau, tuyau), et ah, lien ; c'est le roseau dont on fait le fil et les liens. Une preuve que ab chez les Latins avoit cette signification , c'est qu'on lit dans plusieurs auteurs ambi, des esclaves ; ambio signifie encore environner comme un lien . Hayir a exprimé autrefois en tvawçoxs prendre ou serrer ; on disoit haçi de froid, pour saisi de froid , serré par le froid. C'est de la que viennent nos termes habit ^ habiller, c'est-à-dire environner, couvrir. De la encore les prépositions ab y ob désignent encore souvent liaison , proximité, réunion ; prope ab urbe. Ob signifie propter et simul y marques de rapport ; et les anciens le mettoient pour ad y autre liaison -, &bire pour adiré. Q6yj5 en grec, tribu, famille, plusieurs personnes réunies ; comme ambo en latin y deux ensemble; sêaw en Laconie signifioit s arrêter, cesser y se reposer; |3au6ao) , dormir ou endormir; nouvelle allusion à 3K , lien , arrêt ; elle reviendra dans toutes les racines de même sens; et on l'a déjà vu^ quatrième dissertation ^ § 3.
5° Par la même analogie , DK signifie liaison , attache, au figuré, c'est-à-dire attachement, inclination , volonté , désir ; i"QN (abah) , désir , volonté y souhait; TON (abah), vouloir, consentir, être d accord, uni de sentiment; ^H (abi) , Job. 34, 36, Vulg. utinam! signe de désir; 3&H (thaab) , désirer ; 2^ (ïab)^ ps. 119, 3i , desiderabam ; nOVZiK (abiounah) > désir y concupiscence.
DES LANGUES. ' n%
Je ne connois point encore de ternies grecs qui aient ce sens, mais on ne peut oublier le latin ambio, désirer, rechercher, souhaiter; ni le François, envi, envie , envier > où le b est changé en v. Cette même signification reviendra dans les syllabes DH, 2H, ~P, (hab, chab, jab) , etc.
6° Dans le même sens H& exprime ce qui nous plaît et nous attache, ce qui est bon, agréable , désirable. Ainsi en chaldéen 2ND (téeb) , être bon , doux , agréable y peut être formé de D augmentatif, et 3K, 20^Î3 (tiba) en syriaque, bonté y douceur y plaisir , béatitude. L'hébreu a fait par contraction DD (tob) bon y bien; et ZftD ( taouab), être bon. On peut supposer au contraire que DD est la racine, que 2H"û en a été dérivé par l'addition de l'aspiration au milieu pour alonger la syllabe ; et c'est ainsi que nous Favons envisagé, 3e dissertation, § 2. Ces deux opinions sont indifférentes, parce que 2H et 3LD sont synonymes.
Le grec êetcipàt, mot de tendresse entre frère et sœur, vient de cette racine par la prononciation que nous avons remarquée dans ' owrcpftç, art. 2. On lit dans quelques auteurs latins, abo , abare , caresser, témoigner de Famitié.
70 Par une autre allusion à 4° lien, 2K signifie un autre effet du lien^ serrement , gêne , incommodité, misère, pauvreté : ces idées sont toujours réunies dans les diverses langues. Le peuple appelle encore un homme qui est dans le besoin, un homme serré , un
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homme a l étroit ; angustiœ , chez les Latins, signitîoit un lieu étroit , le chagrin et la disette. On dit aussi d'un homme malade qu'il est arrêté ; c'est toujours le même rapport. De là viennent en hébreu 1V2H (ébioun), pauvre, misérable , mendiant; ^2H (abi), interjection qui marque la douleur ; DJO (caab), douleur, tourment; 282, 281 (caab, daab), souffrir , être malade ou languissant ; de là encore le nom 2V8 (aioub), Job , c'est-à-dire pauvre ou souffrant.
A&oç en grec signifie pauvre et languissant, comme ebion en hébreu, et on lit dans quelques auteurs hebeo , hebeonis , dans le même sens. TIebes en approche encore; hâve en françois exprime pâle et languissant, et le mot enfantin bobo signifie mal, douleur.
Cette signification de 28 , contraire aux précédentes , leur est cependant analogue, par rapport à l'idée primitive de lien, idée intermédiaire qui rapproche les deux oppocés. V03 ez la première dissertation , § 9.
28, signifiant pauvreté, est encore analogue à 90, ci-après, vide , manquement , t/tf/ZzMf/ et on pourra feire les mêmes observations sur toutes les racines qui désignent un lien.
8° Dans un sens contraire aux précédens , 28 signifie séparation, sortie , éloigneraient 9 aversion; J73X dans la version syriaque du ps. 45, 1 } eructavii : pousser dehors , faire sortir; 2*>8 (aïh) , en-
nemi; HIPN (aïbah), inimitié, aversion; ZPH (haïb), N2M (hiba) en chaldéen , méchant, qui inspire de l'aversion. C'est la signification de ab en latin, dans abigo , abeo , ablego ; cpoêoç, en grec , la faite } Vetoigwment, yoSïJô. mettre en faite , ont changé l'aspiration en sifflement. Le françois en a substitue un autre dans gibier , synonyme à chasse , et «/bayer , qui veut dire chasser. Nous verrous à l'art, du J} , que dans toutes les langues il se met pour les sifïlemens et les aspirations ; 2H dans ce sens s'est conservé aussi simple dans hober , vieux mot qui signifie bouger > s'éloigner ; ne hobez point delà; il est fort usité en Picardie.
90 Par relation au précédent , 3H signiiie creux , vide , profond. Ce sens est directement contraire à l'art. i° élévation, mais il est analogue à séparation et sortie ; vider la maison, c'est sortir de la maison. f^iduus en latin exprime aussi la privation ; viduus pharetrâ , dans Horace ; voilà pourquoi nous avons dit à l'art. y°9 que fVQH (ebioun), pauvre, peut se rapporter ici. 11 en est de même de ÎQ'QK (abouba), en chajdéen , flûte , tuyau, et rYQK (aboth), vases, bouteilles , tous instrumens creux. L'on a eu soin d'avertir, ire Dissertation^ §. 8, qu'un même mot peut se l'apporter à plusieurs racines. Nous retrouverons ce même sens à 3H et t\H (chab et aph).
X£ en grec a dû signifier vide , puisque uêaÇw , dans Suidas ^ signifie vomo, vomir ; c'est rejeter et se vider; uS en doriett , signifiait dessous , comme ,m6
en latin ; ùSSaXkw , pour u7i-o&aÀÀu>. Or le dessous, le bas , la profondeur , le vide , sont des idées analogues ; on en verra mille exemples.
Bibo en latin, avec la double consonne, signifie vider , rendre "vide ; il a le même rapport avec DN, DD (ib, bib), creux ou vase, quepoiare avec notre substantif pot , et thvco* avec pinte et pinter. Abdomen , le bas-ventre , est composé de ab et dom , deux syllabes qui signifient creux , profond, pléonasme ordinaire. Abbée, en françois, est l'ouverture par où l'eau passe pour tomber sous la roue d'un moulin. Pipe , mesure creuse ou tuyau , est le même mot que bibo , par la substitution des consonnes de même organe.
io° Par analogie à 8° ^ sortie , ZH signifie ce qui sort de terre , fruit , production en général ; DN , plante, arbre, fleur, germe, herbe, verdure; IP3N, (abib) , un épi sur pied ': Exod. i3, 4? ^ signifie le mois du printemps, de la verdure, des premiers fruits; 828 (aba) , en syriaque, un fruit ; K2DH , (habba) , une fleur ; DDK (abab) , en chaldéen , produire du fruit.
HSVj, en grec , la jeunesse , les jeunes gens , tout ce qui est jeune; il se dit des animaux et des plantes ; cxfioç, jeune, tendre ou mûr; ^ffaco, scpyjêao), croître, grandir; |3aj3cxÇ<jO, j3ap.6octW> , bégayer comme les en fans.
Les mots latins pub es, pubeo , pubesco, ont changé l'aspiration grecque en consonne labiale ana-
aie
îogue au sifflement. Le patois bobe , petit garçon, a seulement doublé la consonne radicale , et les Allemands disent pueb , comme en latin. Le françois babouin et babiole, fait encore allusion aux enfans.
Ce dernier sens de 2H nous donne lieu de douter si dans plusieurs noms propres hébreux , il signifie pater, comme le croient les grammairiens. Il n'est pas probable que David ait nommé son troisième fils QTO3N, Ahsalom , pater pacis , mais plutôt filius pacis, ou fruc tus pacis; 3N pourroit même être seulement particule augmentative , par rapport à Fart. i° , et Absalom signifierait magna pax.
1 1° 3N employé, comme on vient de le voir, pour désigner la verdure , et par analogie la jeunesse et les enfans , a servi conséquemment à désigner la petitesse , qui est le sens opposé a- Fart. i°; et cette opposition est sensible dans rfan, jeunesse , et par conséquent petitesse, comparé à ^fiaco , croître , devenir grand. Voilà comment les racines ont reçu insensiblement les deux sens contraires. Voyez première Dissertation, §. g. Cette idée de petitesse se fait surtout sentir dans |3a6aÇco, |3ap&civu>, babouin , qui nous rappellent le bambino des Italiens ; et une preuve que ce sens n'est pas le plus ancien , c'est que DK ne Fa point dans les langues orientales.
i2° 3N signifie le souffle ; c'est la même racine que IN et *)tf (av et apb) qui sont peintures du souffle., comme on Fa vu dans la quatrième Dissertation , §. 2, parce que ces consonnes sont de même or~
gane; 3X mauvais esprit, devin, homme inspiré par an génie , magicien ; PTOX (aboth) , des soufflets f ou des esprits follets ; ND13N (aboubâ) , flûte, instrument à vent , peut encore s'y rapporter. jPar cette signification l'on explique fort naturellement R5SN H\2H (aboth abah), Job. 9 , 26. Ce n'est point naves desiderii , ni naves pomorum, comme on l'entend ordinairement; mais naves venti, naves afflatœ , des vaisseaux poussés par le vent.
Le grec, en changeant l'aspiration douce de ob , oub, en sifflement, a formé <Èoi6oç, nom d'Apollon , le dieu des devins et de la magie; cpoiêaÇco, cpotSatvco, deviner, prédire. AÊaç, àfirjç, dans Hésychius, signifient un fol. Or ce terme fait allusion au souffle ou auvent, comme notre substantif folie est analogue à follis , un soufflet. Par la même analogie nous disons une tête pleine de vent , pour une tête folle , et nous appelons esprit follet , une exhalaison qui voltige.
On reconnoît aisément le chaldéen abbouba dans le terme d'Horace ambubaiœ , des joueuses de flûte. Bombus , en doublant la consonne , est le souffle , ou le son de la trompette, et un vent malhonnête. On peut rapporter à la même racine le françois bibus , terme de mépris ; elle a pris un sifflement plus fort dans fifre y emprunté de l'allemand pfeiff, et on apercevra le même changement , en confrontant les
syllabes 2«> 3D' 33' ^ % ^' ^ *P' ^ ' ab, chab, nab, hab, chav, aph, Iiaph, chaph,âpb>
qui toutes signifient Ja même chose.
i 5° 2N signifie le feu, par analogie avec l'article précédent, et avec le suivant ; parce que l'air, le feu, et l'eau, ont été réprésentés par le souffle. (Voyez première Dissertation, §. g.) Ainsi rOlfrOH (thlaoubeth), Osée, 1 3, 5, est entendu par quelques-uns de la chaleur ou de la sécheresse , qui sont les effets du feu; c'est le sens de la Vulgate qui a traduit solitudinis, une terre dévastée par la chaleur : 2H en chaldéen, le mois de juillet, le mois des grandes chaleurs.
Aêoç exprime de même en grec sec ou brûlé ; et «ÊoîSoç est le soleil et la lumière. On lit dans les auteurs latins du moyen âge ebo , ebonis , le soleil ; et de la même racine s'est formé le mot fi ançois havir, dessécher la viande au feu.
2H, dans ce sens, est encore le même que 3Ï1, t\$, £]J7, par le changement ordinaire.
i4° 2N signifie de Veau, dans le nom syriaque 2W1 (daïb) , fluens , au lieu duquel les Chaldéens disent par contraction 311 (doub), et les Hébreux nt(zoub).
Aussi gf6o> en grec exprime de même fluo ; s'.S^oç, fluens ou stillans, xars^co, effundo. |3op.Soç, en doublant la consonne , est une rivière de Cilicie , selon Pline. Abus , dans Ptolomée , est un fleuve d'Angleterre, appelé aujourd'hui Humber. Cette prononciation moderne nous fait comprendre : i° que ojp- ÇjOoç , imber, de la pluie; et hibernus , viennent de ob y ib , comme Humber de Abus ; 2° que ces noms de rivières ne sont autre chose que le terme général
d'eau, comme il a été dit huitième Dissertation, §. 2.. Ainsi Aube, rivière de France, ne signifie ^omlalba, et son eau n'est pas plus blanche que celle des autres rivières ; mais c'est le même nom que Abus.
Uveo , uvesco , être humide , uvidus , ont changé le b en v. La même chose est arrivée dans hive, ave, ove, noms patois qui désignent de l'eau ; dans hiver ,. hiverner , etc. ; l'hiver est le temps pluvieux. Voyez la sixième Dissertation , §• 4*
Ce changement est le même en hébreu, où UN, in, Ê]N, ont le même sens. Ce monosyllabe a conservé toute sa simplicité dans le françois ebe , le reflux de la mer , la décrescence du flot, et il a été latinisé par quelques auteurs qui ont dit ebba. Il peut encore avoir rapport à 8° et à 90 , éloignement et vide.
L'équivoque du nom ZH ., liqueur, et DN^ jeunesse, a fait dire aux mythologues qu'Hébé donnoit à boire aux dieux. Hébé est fille de Jupiter et de Junon, c'est-à-dire que la pluie est fille du ciel et de l'air; on conçoit cela sans effort.
Il est bon de remarque]1 que Dtf, eau , liqueur, est encore analogue à Dtf, profondeur , art. 90, parce que l'eau ne se trouve que dans les lieux bas et profonds ; ces deux sens sont presque toujours réunis dans les racines.
Voilà donc quatorze significations attachées à la même syllabe , qui ont entre elles une liaison évidente et qui reviennent dans îe même ordre, avec les
mêmes variétés de prononciation dans quatre langues. Cette conformité paroît démontrer le principe sur lequel porte le système que l'on a tâché de développer dans les dissertations précédentes ; que les vraies racines du langage sont monosyllabes ; qu'elles sont les mêmes dans toutes les langues ; que tous les peuples ont suivi et suivent en parlant le même fil dans leurs idées , et les mêmes règles dans leur prononciation; que c'est à ces mots simples et primitifs qu'il faut s'attacher pour trouver les vraies étymologies , pour comprendre la structure intime et le génie des langues , et qu'en suivant cette nouvelle route , on peut faire d'utiles découvertes en plusieurs genres.
Mais si l'examen d'une seule racine suffit pour en convaincre un esprit droit et non prévenu , il est a présumer qu'un Dictionnaire , où seront rassemblés environ trois cents monosyllabes , selon la même méthode , mettra cette vérité dans un plus grand jour^, et pourra mériter l'attention des savans.