SECONDE DISSERTATION
SUR LES DIFFÉRENTES MANIÈRES DONT LES TERMES PRIMITIFS ONT ÉTÉ PRO- NONCÉS , OU SUR LE CHANGEMENT DES LETTRES DANS LA PRONONCIATION.
Il est naturel à tous ceux qui parient de chercher la facilité en prononçant, et de préférer, même sans attention , les inflexions de voix qui ont le plus de rapport à la disposition de leurs organes. Celleci étant toujours relative au climat, les nations qui habitent différens pays ne peuvent conserver long-temps le même langage, sans qu'il s'y glisse des variétés. Il a donc été physiquement impossible que les sons primitifs usités d'abord parmi les hommes, se conservassent tous sans altération , malgré la dispersion des peuples. Ils ont changé , mais en suivant toujours une mécanique constante et une espèce d'uniformité. On a mis une lettre pour une autre, mais en substituant celles qui sont de même organe. On peut le remarquer dans le même pays et parmi le même peuple, dans les langues vivantes, comme dans celles que l'on ne parle plus; dans les jargons grossiers, comme dans les langues polies; et les grammairiens ont eu grand soin d'en avertir, par rapport aux langues orientales.
Des voyelles , et des points qui les marquent en hébreu.
Quand je dis que les lettres se changent ,, on comprend aisément que je ne parle pas seulement des voyelles , mais des consonnes. Pour commencer par les premières, je ne dois prendre aucune part aux disputes qu'elles ont excitées parmi les sa vans : soit que Ton dise , comme quelques-uns , que les voyelles n'ont jamais existé dans l'alphabet des Hébreux ni des autres peuples de l'Orient, soit que Ion prétende avec d'autres que les voyelles étoient marquées
Par les lettres **' '', -'J^1 ' ' mon système se souaï e, 1, o,u,
tient également ; il me suffit de supposer ce qui est certain , que dans toutes les langues les voyelles se changent, sans que la signification des mots en soit altérée. La méthode de rechercher les racines hébraïques monosyllabes , est donc entièrement indépendante de la ponctuation des Massorètes ., et peutêtre que l'oubli de cette ponctuation ne seroit pas le moindre avantage que l'on en pourroit tirer. En laissant l'hébreu dans son état naturel , c'est-à-dire sans points, on se rend maître d'en rechercher le sens sans préjugé ; et la comparaison que l'on en peut faire avec ses divers dialectes, et même avec les autres langues , est d'un tout autre poids que l'autorité de la Massore.
Elle à fixé , dit-on , par les points-voyelles la prononciation des mots hébreux; ces points, cette prononciation servent à en déterminer le sens. Mais
si l'on peut montrer que dans aucune langue de l'univers le sens des mots n'a jamais dépendu de la prononciation scrupuleuse des voyelles, à quoi peuvent-elles servir en hébreu? D'abord, si les Massorètes eussent vécu sans interruption depuis Moyse jusqu'à Esdras, s'ils eussent été encore les premiers génies de l'univers , ou des hommes inspirés , je me rangerois volontiers à leur avis. Mais c'étoient des rabbins , et c'est tout dire. Quand même les sa vans seroient aussi d'accord sur la ponctuation qu'ils sont divisés, les Massorètes n'ont pu nous apprendre que la prononciation qui étoit en usage de leur temps , c'est-à-dire au sixième ou au neuvième siècle depuis J.-C. Supposer que cette prononciation n avoit point changé pendant plus de deux mille ans que l'hébreu avoit été une langue vivante ; que le peuple avoit toujours scrupuleusement conservé les mêmes voyelles^ qu'il avoit toujours prononcé ab pour signifier père, eb pour dire une plante, sans varier jamais, ce seroit une imagination digne d'un cerveau rabbin. Les Septante n'ont pas prononcé les noms propres comme S. Jérôme ni comme Origène ; preuve certaine que la prononciation hébraïque n'a point été fixée , et que c'est en vain que l'on a entrepris de le faire. Il est encore , malgré la Massore , un grand nombre de mots qui se ponctuent différemment sans avoir différentes significations , d'autres qui sont ponctués de même et qui expriment diverses choses ; comment donc le sens des mots peut-il dépendre des points? De l'aveu des grammairiens, la ponctuation n'est ni plus constante, ni plus régulière dans le
chaldéen et dans le syriaque. Indépendamment de la fantaisie ou de l'ignorance des ponctuateurs , il y en a une raison claire : le langage varioit chez ces peuples , comme il varie encore parmi nous ; la prononciation change selon les temps et selon les provinces, souvent d'un village à un autre. Il sera démontré que chez les Orientaux comme chez nous , le peuple changeoit souvent les consonnes qui sont les lettres radicales , sans cesser pour cela d'attacher la même idée au mot qu'il défîguroit ; comment auroit-il conservé les mêmes voyelles, dont le changement est plus aisé? Gomment la signification des termes peut-elle être attachée aux voyelles , puisque souvent le changement , l'addition , ou le retranchement d'une consonne , n'en altère pas le sens? Les points-voyelles peuvent donc nous apprendre comment les Massorètes ont lu, et à peu près comment ils ont entendu l'hébreu; mais qu'ils puissent nous apprendre comment on doit l'entendre, c'est ce que je ne concevrai jamais.
Je dis plus. Quand ces points seroient aussi essentiels ou aussi commodes que leurs partisans le supposent, ils seroient encore inutiles par rapport à moi. J'examine l'hébreu, non dans ses mots composés , mais dans ses racines , en tant quelles lui sont communes avec ses divers dialectes , et avec les autres langues. La prononciation hébraïque n'est donc pas plus sacrée pour moi que la prononciation chaldéenne ou syriaque. Je cherche ce en quoi ces langues conviennent, pour voir par-là même en quoi elles sont différentes; j'ai droit de choisir, non-seu-
lement la prononciation que les Massorètes ont suivie, mais celle qui est la plus commode pour le parallèle que j'entreprends.
La seule remarque qui me reste à faire sur les voyelles, et qui convienne à ce sujet, c'est que des trois langues de l'Ecriture sainte, l'hébreu termine ordinairement les substantifs en e, le chaldéen en a , le syriaque en o. De même chez les Grecs , le dialecte dorien affectoit surtout les a , l'ionien les i ou r\ , l'attique les o , co , et changeoit indifféremment toutes les voyelles. Ainsi encore les noms terminés en françois par un e muet , se terminent dans les divers langages des provinces méridionales de France en a y en o, en ou, brefs. Dans une des provinces de France où le patois est assez grossier , les habitans d'un certain canton terminent presque tous les substantifs en at , ceux d'un autre en et, ceux d'un troisième en ot. Cette variété peut se remarquer partout. Si nous connoissions de même la prononciation des divers peuples qui parloient latin , et les différences du grec , tel qu'il étoit en usage dans les provinces de l'Europe et de l'Asie-Mineure , la ressemblance seroit plus sensible, et rien ne manqueroit au parallèle.
Toujours est-il certain que les différens jargons ou patois des provinces de France ont précisément entre eux les mêmes variétés que l'on remarque entre les divers dialectes des langues les plus anciennes ; l'étude de ces jargons ne seroit donc pas inutile; j'en dirai encore quelques raisons ailleurs.
Des aspirations.
Le langage des Orientaux est tout hérissé d'aspirations. Il y en a quatre en hébreu , tf , n •> Fî \ J7 ; nous en ignorons la différence précise, et la prononciation de la dernière nous est impossible. Point de voyelle chez eux qui ne soit aspirée plus ou moins; plusieurs consonnes sont encore , ou aspirées , ou sifflantes , de sorte que dans leur bouche tout est aspiration ou sifflement. Et il en devoit être ainsi du langage des premiers hommes : dans la nécessité de peindre l'agitation des élémens , le mouvement des êtres animés , le bruit des corps sonores , plus les inflexions de voix étoient dures et marquées , plus elles étoient propres a faire des peintures. C'étoit comme les efforts d'un enfant ou d'un bègue, à qui la détresse de ne pouvoir s'énoncer fait faire du bruit et des grimaces.
Ce langage rude et difficile , porté dans la Grèce , s'y adoucit peu à peu , à mesure que les habitans devinrent moins "barbares. Les aspirations furent supprimées de leur alphabet, les voyelles en prirent la place , ou plutôt les aspirations furent prononcées en voyelles. On conserva seulement deux accens pour y suppléer , l'esprit doux et l'esprit rude , et chaque jour le premier gagna du terrain sur le second. Les Grecs remplacèrent les aspirations dans les mots par les consonnes aspirées et les lettres sifflantes, X, <ï>, Y, Z, S. Pour éviter le choc de deux
voyelles dans un même mot, ils plaçoient un accent à la seconde -, et le prohonçoient comme notre V : coov , ovon ou ofon; oc'ç, ovis y fiooç s bovos. C'est ce qui fit naître chez eux dans la suite le digamma œolicum , FF , qui n'y étoit pas d'abord, et qui se prononcent aussi comme notre V. Elle suppléoit aux aspirations, et adoucissoit la prononciation du <£. On l'appela Iit/otî^ov (3xj , le signe Vau, parce qu'il tenoit la place du vau des Orientaux, et qu'on le mettoit au lieu de l'esprit placé sur la voyelle. Telle est la force du mot liuory^ov-. On lit sur d'anciennes médailles FHPAKAEQN , pour H PAKAEflf N , et plusieurs ont écrit F a/ero/ pour hterat.
Chez les Latins , la réforme augmenta encore. Cicéron , Quintilien , Priscien nous apprennent que les anciens Romains ne connoissoieht point de consonnes aspirées ; l'Orateur lui-même , dans sa jeunesse , prononçoit pulcros pour pulchros , triumpus pour triwnphus, Cartago pour Carthago, etc. Le commerce qu'ils eurent avec les Grecs leur fit adopter quelques-unes des lettres aspirées , et ils conservèrent les aspirations dans les termes grecs dont ils enrichirent chaque jour leur langue. Quintilien ajoute même que l'usage en fut excessif pendant uiî certain temps. L'H , seule aspiration dont ils se servissent , ne se trouve cependant que dans fort peu de mots ; l'S, 1T , le V prirent ailleurs sa place, et ces deux dernières furent souvent confondues dans la prononciation. Sous le règne de Claude, qui afFectoit de paroitre grammairien et homme capable , on mit dans les inscriptions çedi-
ficafit , reparajit , dedicafit , etc. ; mais l'usage, seul souverain des langues , n'adopta point cette manière d'écrire.
Ce que je dis ici, sur la manière de suppléer aux aspirations par les lettres sifflantes , n'est point de mon invention ; c'est une remarque faite il y a longtemps par les grammairiens latins. Térentianus Maurus ou Scaurus, qui vivoit sous Trajan , observe que du mot grec farix, les Latins ont fait vesîa ; de iaOr'jÇ , vestis y de îç , vis; de ïap , rtp , ver , etc. Nous mettons souvent, ditPriscien , une S au lieu d'aspiration , dans les mots que nous avons empruntés des Grecs : au lieu de s, IÇ, ènra-, #pcu, L>7r£(o5 nous disons , se, sex , septem , semis , super. Ges deux auteurs, après Quintilien , nous enseignent que les anciens Piomains disoient fordewn et fœdus pour hordcum et hœdus , fircus pour hit eus , et au contraire haba pour faba.
Mais ce qui paroîtra fort singulier, c'est que ces grammairiens ont fait, sans le savoir, l'histoire des langues orientales. Je vais montrer que dans cellesci l'on a suivi la même route qu'en grec et en latin , et que ces deux langues si polies n'ont fait que copier fidèlement les premières.
i° Pour éviter le bâillement ou le choc des voyelles aspirées, les Orientaux ont substitué un sifflement à l'aspiration. Ï1H1 (daah)*, en hébreu milan], vautour, se trouve souvent écrit rTH(dajah); 1KN (oar) 1 air , en syriaque , se prononce ojar , et les rabbins qui l'ont emprunté de cette langue écrivent >lX(ojar); 2Xû (toub) en hébreu, 2H"û (teeb)
38 ÉLEMEKS PRIMITIFS
en chaldéen , être bon, forme en arabe lajeb ou tajebon, adjectif. On lit en chaldéen fcjlp pour PjfcO ( cajeph pour caëph ) , et TO pour f *0 ( cajets pour caëts) : c'est ainsi que l'aspiration s'est changée en y, cjui est un sifflement.
On lit en hébreu HKH et TV\JT\ ( thaah et thavah ) limiter; nXS et HU (ghéah et ghévah ) orgueil, TiiÇ\ (raah) voir, a formé 7VÏÏ (réveh) vue, aspect; H1J (navah) demeure, fait au pluriel indifféremment nWJetmJ (neothetnevoth). C'est l'aspiration changée en vy autre sifflement.
2° La même transformation s'est faite aux aspirations des initiales. Dans tous les noms propres hébreux qui commencent par un H (h) , au lieu d'ajouter un autre H (h) pour article, on a mis le "* (j ) ; ainsi l'on prononce KW, WXMV , ou W& (Jehu, Jehoas, ouJoas), au lieu de X)ïin, WWiïn (Hehu, Hehoas), "pour [ne pas mettre deux HÎ1 de suite. Et voilà, sans autre mystère, pourquoi le nom de Dieu mrp (Jehovah) ne prend jamais un H démonstratif, c'est que le ^ lui en tient lieu1.
3° Les aspirations ont été aussi changées en s , comme en latin , et en simemens analogues ; plusieurs mots écrits en hébreu par¥, s'écrivent en syriaque ou en chaldéen par J£. C'est le plus fort
i De là je conclus, ou que la prononciation des Massorètes est fautive en plusieurs mots, ou que nous la prononçons mal. î*""l^n (haarets) la terre, fait un bâillement désagréable et peu naturel. Il y a toute apparence que l'on a prononcé héarets, hajarets ou havarets , comme dans les autres termes que j'ai cités. De même HQ^fl ( véebaîi ) et inimicitiam , devroit se prononcer véjébah , pour conserver la coi*sonne de ^K (ojeb) ennemi, dont le premier est dérivé.
des sifflement» , remplacé par la plus forte des aspirations.
Enfin , pour que rien ne manque au parallèle , on peut observer la même marche dans le françois et dans les patois. Au lieu- du latin pavo , pavonis , nous écrivons paon , et nous reprenons le v dans Je verbe se pavaner, se regarder comme un paon ; le substantif taon , grosse mouche, se prononce tavin ou tavon dans les patois. Au lieu de dire en françois fy% irai, j'irai là , nous supprimons le premier y, et nous disons simplement j irai, pour ne pas être obligés de prononcer le second i du gosier : les patois, pour éviter le même choc des deux iiy mettent un sifflement entre deux 5 et disent, les wx\%f y vira , les autres fy zirà ; ainsi les jargons les plus grossiers évitent ce qui peut blesser l'oreille. C'est ce qui a fait mettre des ss à la fin de nos pluriels.
Cette altération , que les mots ont éprouvée dans la même langue ,'leur est encore arrivée , en passant d'une langue dans une autre, p^ (jaïn)je vin, en hébreu , s'est dit olvoç en grec , par le changement du •) ( j) en aspiration ,, et vinum a repris en latin et en françois le sifflement du v.
Voilà donc un usage constant, uniforme, universel , de substituer les lettres sifflantes aux aspirations , ou au contraire ; et cette mécanique est puisée dans la nature. Le sifflement n'est autre chose que l'aspiration même rendue plus forte, ou par la compression des lèvres, ou par l'effort de la langue contre les dents, ou par son impulsion contre le palais; 1 un et l'autre sont nommés spifâus owjlalus
par les grammairiens latins. Ceux à qui le jeu du gosier étoit trop difficile, aimoient mieux siffler que d'aspirer en parlant. De-ià en hébreu 5N et ^ (el et phel), en grec auw et cpcrJoo, en latin halare et flare , en françois hoùer et fouir , sont le même terme. Je prie le lecteur de ne point perdre de vue ce principe ; il est d'un usage continuel dans la recherche des racines. Peut-être n'en est-il pas une sur laquelle on ne puisse faire cette remarque, et cet article seul en retranche près de la moitié , que Ton a doublées mal-à-propos.
ïl s'en faut donc beaucoup que les aspirations doivent être regardées comme des lettres essentielles et immuables. Elles se mettent indifféremment Tune pour l'autre ; souvent une racine écrite par une aspiration forte, se trouve dans ses dérivés avec une aspiration foible , ou au contraire; souvent même elles deviennent oisives pour le sens. Mais je traiterai plus exactement cette matière dans la troisième Dissertation.
Des Consonnes.
L'on a eu soin, dans les grammaires des langues orientales, de distribuer les consonnes en cinq classes, selon les divers organes dont elles dépendent principalement. Les gutturales , ou celles du gosier , sont les quatre aspirations dont j'ai parié ; celles de la langue sont ci, t , th , l, n; celles du palais g , j ' , c y q ; celles des dents z , s , (s , sck , r ; celles des; lèvres b , v , m , p.
Cette distinction, dit Louis de Dieu, chap. 2 , est d'un grand usage ; les lettres de même organe se changent aisément, non seulement dnis la même langue , mais dans les divers dialectes ; un mot hébreu devient chaldéen ou syriaque , par le seul changement des lettres du même organe ; et il en apporte plusieurs exemples. J'ajoute que ce changement seul , avec celui des voyelles , fait toute la diversité des dialectes du grec aussi bien que de l'hébreu ; et, pour le dire en un mot, c'est ce même changement .plus ou moins multiplié qui constitue la différence de toutes les langues de l'univers.
Je sais qu'on peut trouver à redire à la division dont je viens de parler , et douter si une consonne dépend plutôt du palais que du gosier , etc. Aussi faut-il étendre le principe, comme a fait Priscien dans sa grammaire latine, et assurer qu'en général toutes les lettres dont la prononciation a quelque affinité, se mettent aisément Tune pour l'autre. On me permettra de les appeler lettres omophones , puisque notre langue n'a point de terme propre pour exprimer cette idée»
Je ne puis proposer un exemple plus frappant ni plus connu de ce changement, que les divers temps ou modes des verbes en grec ou en latin. Dans ces deux langues , les déclinaisons se forment par le changement des voyelles, les conjugaisons par le changement des consonnes. Quand on dit tuWco , tutto), tu\]xo, TSTUcpoc, TSTUjUL^atj dico , clîxi , diclum y elc, on ne fait que changer la lettre figurative ou radicale du verbe avec les consonnes omophones.
42 ÉLÉMEWS PRIMITIFS
Ajoutons à ce changement l'analogie que les grammairiens ont remarquée entre les figuratives des verbes, pour en former les différentes conjugaisons. Ils ont mis au même rang les verbes en |3u>, ttco, cpco, tttio ; de même ceux en yoo, xw, yto, xrco • ceux en Ça>, ovtw, ttw , etc. Ils ont jugé que tous les termes , dont les radicales sont omophones, dévoient composer, pour ainsi dire, la même famille. Ainsi en latin dico fait au parfait dwi; scribo, scripsi ; ferveo-yferhvd; coquo y coxi ; meto, messui , etc. C'est toujours la même mécanique , et la même substitution des consonnes analogues.
Si Ton pouvoit montrer la même uniformité dans les racines hébraïques , et d'autre part les mêmes inflexions dans nos mots français , une ressemblance si parfaite pourroit-elle être regardée comme un effet du hasard? Il faut essayer ce parallèle.
h, nb,-f,yb,pb, ïk, r^'en hébreu,
lag, leg, log, etc. , îach , lak , lâh , laq , lasch , lats ,
signifient la langue et les opérations de la langue , parler et lécher . De là sont formés tybi &$ ( lahag, helîag), bègue, qui a la langue grasse, qui parle difficilement ; y6 , VVb •> V^ i ppb { lichec, ïâhhah , louâh , laqaq ) lécher; V^b ( lassass ou iatsats) parler poliment; YVfc (melits) orateur; pfc^ ( lasch on) la langue; VflT> ( lachasch ) parler, etc. Je retrouve en grecAsyco, À£r/o>, XÀfxqs, Xa<jy.u>. Xfêiç, Xoo-crœ ou y/oWa : en latin le go , legi , lectus , loquor, lectio pour lexio, qu'un gascon prononceroit/e^oy Ungo , linxi , linclum , lingere ; en français langue , leçon } que Ion prononçait autrefois lechon > et que
nous lisons aujourd'hui comme s'il y avoit le s son ; lécher, que l'on écri voit jadis lescher ; éloquence , élocution, etc. La conformité deviendra plus sensible en rangeant tous ces termes selon l'ordre de leur figurative, ou plutôt de leur prononciation.
#5 nb\ybi nV; pb; ub-, fb-
Lag,leg, lig.log; lach , lâh ; lac; laq ; lasc,lasch; lass.
Atyw , /£t)(a) • \z\tx<x ^ Xs£tç, Xotffxw } yÀoccny.
Lego, lingot legi, lingere; lectum, linctum ; loquor; leclio (lexio) ; (lessio).
Langue; éloge , lécher ; e'iocution ; e'loquence ; lescher, leçon ; (lessqn).
Dans cet exemple, c'est la seconde lettre de la racine qui se change ; dans le suivant, c'est la première.
bx, bz\ b&i bo,
al , el , il , ol u\ \ bal , bel , etc. ; pal , phal ; mal t mel , etc.,
signifient en hébreu hauteur, élévation, grandeur, au propre et au figuré, et par analogie , augmentation ou quantité. Ainsi 5$ ( al , el ) est une préposition qui signifie dessus ou le dessus ; j^H (aï!) le dessus d'une porte, le linteau,. ou le seuil y qui est plus élevé que la terre ; y)# (oui) force , puissance , etc. En chaldéen b2 (bel) au lieu de l'hébreu by2 ( bahal ) , maître , seigneur ; }3 ( bol ) le cœur, le courage, la force ; ^311 (hebei, chebel) en hébreu , troupe , multitude, etc. bSiï$ (hôphel) lieu élevé; yjQ (phalal, palal) exceller, surpasser; xb*b (malé) fort, vigoureux, mâle; "6d (melo) abondance ; FDQ (moullah) multitude, etc. Le grec nous donne akkopœ. , sauter, bondir, s'élever par des sauts; o3)oç , un tas de gerbes ou d'autres choses; fioÀnç, le seuil d'une porte ; ficàXoc; , une motte de terre; ttqàoç 9 le sommet de la tête-, wahç ,
le dessus d'un casque , une aigrette ; ixakaA beaucoup , y.ccÀÀov 9 davantage > etc. En latin alo et ait us , bulla et bolus ; valeo etpolleo ; moles elrmdtàm; en français , aider, altesse , boule , foule , valoir, valeur, pde , mole , nous retracent les mêmes analogies dans le sens , et les mêmes variétés. dans la prononciation. Je ne citerai ici que ces deux exemples, on en verra de nouveaux dans la quatrième Dissertation , et le Dictionnaire des racines en doit être un recueil complet.
On y verra souvent le changement de deux consonnes, qui ne paroissent point être de même organe ni omophoneS; S et T. Il en est peu qui se changent plus communément dans toutes les langues. La plupart des termes écrits en hébreu par un W se, sch, ss , se retrouvent en chaldéen et en syriaque avec un H , th. C'est une des propriétés du dialecte attique de changer en r le Ç et le ç. On dit en grec aupiÇio, Gvpi<xno, Gùp/aâoà, cuptT^ax* en latin mitto , misi, miss uni; meto , messui , messum, etc. Lucien, dans un de ses dialogues, fait paroître TS qui intente un procès au T par-devant les cinq voyelles, qu'elle prend pour juges, et se plaint de ce que celui-ci lui enlève chaque jour de nouveaux termes. Nous observerons ici que le procès est décidé, et que pour réparation, le Ta été, condamné à prendre souvent la prononciation de l'S : nous disons en latin Titius , metior, ratio, etc.; eu françois nation, mention, caution, comme s il y avoit des ss. Mais d'où a pu naître le démêlé de ces deux lettres et l'usage de les changer?
Il vient sans doute du mécanisme de leur prononciation; les enfans prononcent le T avant de pouvoir prononcer ÏS; ils disent ma tœur pour ma sœur. Pour prononcer le T, il faut approcher davantage la langue des dents que pour faire sentir ÏS; les enfans, qui ne sont pas encore accoutumés à garder la juste distance, poussent trop fort le bout de leur langue contre les dents, et font sonner le T.
D'ailleurs dans le ¥ (ts) des Orientaux, les deux lettres sont unies, de même que t (dz) réunit le D et le Z. L'usage de ces deux siffîemens leur est familier, parce qu'ils sont les plus forts et les plus sensibles de tous. En prenant l'habitude de joindre ainsi un sifflement au D et au T, on est parvenu à le confondre avec eux. De-la le changement continuel des letlres d , dz , s , ts , sch, se, th9 et de celles qui leur correspondent dans les autres langues.
On verra plus en détail les analogies et les changemens des consonnes, dans les remarques qui seront placées dans le Dictionnaire, à la tête de chacune des lettres de l'alphabet.