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LA VERTU ET LES UOMMES

Cette allaire Dreyfus, si obscure encore, et qui jette tant de trouble ici, je lui crois une utilité à un })oint de vue tout moral. Il est certain (piiinc éiuotion s'est emparée du public, que le terme corrompu <'t détruit de patrie a repris une espèce de sens, t[ue le culte de la justice a pu de nouveau s'installer dans l'esprit de (juehjues personnes. Au nom de léternelle vertu, on distingue (jue ([uebjues auteurs agitent

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dans nos gazettes les plus basses passions, suivent la rumeur populaire et t'ont le plus grand mal aux institutions du pays. Mais de toute cette fièvre éparse et qui gagne peu à peu les plus indilférent&» de cette véhémence assez grosse dont sont gonflées certaines pages de journaux, de cette passion dévorante, désordonnée et confuse qui règne aujourd'hui en France, il restera peut-être un goût plus assidu de la patrie et un sentiment plus exact de la justice et de Tordre.

Ce qui renforce une nation et dans une nation chaque individu, c'est la pensée que des frontières ne renferment pas simplement un troupeau d'hommes réunis, mais une terre faite de la poussière des héros morts, des monuments particuliers et pleins de trésors nationaux, d'éternels lieux rendus tout à fait mémorables par le souvenir des batailles et des hauts exploits, c'est enfin le sentiment qu'en défendant le territoir(^ de scm pays, chacun défend son domaine propre, qui est pour le laboureur un champ de blé et de luzerne, et pour le philosophe les émotions que seuls pourraient lui inspirer ces luzernes, ce champ et ce blé.

La patrie française, depuis vingt-cinq ans, n'a guère été le théâtre que des spectacles tout à fait inférieurs, représentés au Parlement. Est-ce donc avec des aventures comme le Panama et l'affaire Dreyfus que l'on peut soutenir une nation, dans son goût de la gloire, dans son ardeur vers la beauté et dans son harmonie même ?

Ces fortes populations lorraines et alsaciennes à qui nous sommes unis par un si grand nombre de

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lragic[ues souvenirs, les hiisserons-nous toujoui*s aux mains de l'étranger ! Au lieu de prendre garde aux grossières intrigues que l'on noue au Palais-Bourl)on. regardons vers Nancy, vers Metz. Ces lieux rente rnient la cendre antique de soldats (jui lurent nos conq)atriotes.

Il faudrait pour nous rendre, à tous, le culte ancien de la patrie, des actions qui soient peut-ôti^ un peu moins vénales et un peu moins basses (pie celles auxquelles nous assistons chaque jour. Mais un peuple n'est jamais tout à fait perdu tant qu'il peut piHîndre intérêt à des aflaires si dégoûtantes. inai< qui tiennent à son cœur même.

Que le public se jette sur les journaux, que les écrivains de gazette ampoulent leurs discours de haine et de fiel, que les nouvelles dont chaque jour on nous apprend la fausseté nous préoccupent cependant, que la fièvre enq^orte chacun, cela témoigne précisément de la vitalité française. Il est permis à un peuple de voir sortir de son sein, un scélérat, un houHue vénal, un traître à la patrie ou un mauvais auteur. Mais le mal c'est (pie le peuple n'en paraisse pas irrité et y demeure indilïérent, puisqu'il s'agite, puisqu'en nous s'allume une fiamme de dégoût, puisque l'honneur et la justice ont encore des partisans, il ne faut pas désespérer. A la moindre occasion, et à l'aide d'un prétexte, on verra tressaillir la nice, on verra les honunes prendre lesai'mes, on les verra marcher à la bataille.

L'apathie n'est point générale. On a tort de la croire commune à la plupart des esprits, mais enfin soyez justes un peu ! A quoi voulez-vous que l'iui

s'enthousiasme. Est- il un héros parmi vous ? L'armée a-t-elle conquis des territoires nouveaux ? Nos législateurs actuels ont-ils traduit dans les termes fixes, brillants et solides d'une loi, le sentiment du pays et la conception de la vie ? Un livre immortel est-il né ? Pour ma part, je ne distingue rien qui puisse être un excitant pour l'esprit contemporain. L'engourdissement de la nation a comme excuse la stérilité du génie et l'absence totale de héros.

(8 décembre i8gy.)

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