‹ Les eléments d'une renaissance françaiseChapitre 2 sur 20 · I. — De l'Esprit national en littérature · texte numérisé non relu

I. — De l'Esprit national en littérature

Si qucl([ues nations maintiennent, dans le inonde, leur traditionnelle unité et leur mémoire historique, c'est moins à cause des fabuleux exploits où des héros conquièrent la gloire, que par reflet des belleslettres. Peut-être, les auteurs ne sont-ils pas l'objet d'un culte égiû à celui que le peuple a coutume de rendre aux victorieux capitaines et aux habiles intendants. C'est là une bien grande injustice. Rien ne subsistera plus d'Athènes ni de Troie, du jour où nous aurons perdu le sens des torrentiels poèmes composés en leurlionneur par Pindare. par Homère, par le tendre Euripide. Mais aujourd'hui, l'on distingue bien que les Grecs, malgré leurs défaites, possèdent sur le inonde un extrême empire. Grâce aux quelques poètes épiques ([ue cette peuplade a enfantés, personne ne demeure insensible, dans une époque comme la notre, à ses chimériques entreprises, encore ([u'ellc ait perdu tout intérêt, toute vitalité et toute cohésion. Mais au liom d'Ajax, de Phidias, les petits enfants des écoles, eux-mêmes, sont prêts à prendre parti pour une race misérable et contre qui, en ce moment, la fatalité se porto fortement.

Tel est le mérite des auteurs. On ne peut nier l'utilité des hommes de guerre. Ils ont une importance considérable. Ils défendent le territoire. Mais leur gloire ne parait fondée que sur la lâcheté publi(|ue. On les honore, parce qu'ils permettent à la

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plus grande partie d'un peuple de vaquer à ses affaires, sans prendre les armes pour combattre, quand l'ennemi menace la patrie. A cet égard, une troupe soldatesque est précieuse. Aux époques de bouleversement et de déroute Farmée préserve nos philosophes de l'agitation et des catastrophes. Afin qu'Emmanuel Kant pût méditer paisiblement sous les sonores et jaunes tilleuls de Kœnigsberg, des hommes en armes combattirent l'étranger dans toutes les noires plaines de l'Allemagne.

Voilà donc le rôle des soldats. Ils assurent la tranquillité, des négociants, des forgerons et des moralistes. Convenons de leur utilité. Sans territoire» qu'est-ce qu'une nation ? Une tribu éparse et nomade (comme on voit les juifs depuis deux mille ans).

Mais il faut convenir également que les belleslettres ont une importance infinie. 11 suffit d'une ou deux odelettes afin de raftérmir un peuple près de périr. Des frontières morales existent. Peu de personnes y prennent garde. Reconnaissons donc leur réalité! Le moindre auteur agit sur sa nation.

Si une infinité de gens honorent davantage les guerriers fameux et s'intéressent de préférence aux entreprises militaires, vous ne trouverez cependant pas un homme qui reste insensible en présence d'une ode, d'un aimable et fluide rondel, ou d'une délicate idylle. Le goût de la beauté persiste en nous. La poésie en est l'image . elle-même. Il n'existe aucun être, aucune plante et aucune couleur, il est impossible de prévoir un lieu, une aventure ou une pensée, on ne conçoit rien, ni golfe, ni étoile, ni pierre, ni

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abeille que les poètes n'aient point clianté et dont ils n'aient tiré irextrèmes délices.

Combien d'amantes et de héros nous interrogerons sur leur propre émoi, sur le secret de leur illustre audace. Personne n'a le droit d'être indifférent à lép^ard d'un parfait spectacle de comédie où se rencontrent des personnages qui égalent Paméla et Diane, Rodolphe, Ajax, Amadis, Hercule même. Certes, de pareilles créations nous touchent d'une manière infinie. Vous songez bien qu'elles occupent l'univers. Soit que quelques auteurs glorifient la prospérité de leur patrie, soit qu'ils la discréditent par leur sourire, ils exercent un extrême pouvoir dans la contrée où ils se trouvent et auprès du peuple pour qui ils composent leurs drames, leurs ariettes, leurs pompeux ballets.

Aussi est-il bon d'y prendre intérêt. Et quoique l'on puisse olïenser un assez grand nond)re de personnes, susceptibles au point de voir dans l'éloge des poètes, une sorte de directe allusion à leur médiocrité propre, il est nécessaire d'en courir le risque, de célébrer l'éternelle chimère, la beauté infinie, le naïf héroïsme et toutes les merveilles de la terre, telles qu'elles paraissent dans les grandes odes et dans les églogues champêtres.

Car. la poésie chante de purs travaux. Tant di' beautés imaginaires font donc paraître encore plus dégoûtante l'habituelle abjection dans laquelle nous vivons. Cette manière d'entendre les propos d'Eglé et les harangues de Damœtas, voilà ce qui froisse un grand nombre de gens. De là vient le goût du public à l'égard dos militaires et des administrateurs, dont

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les exploits font son repos, composent sa gloire et lui épargnent le poids des charges, sans faire aucune allusion à sa lâcheté propre, à ses basses passions.

Convenez cependant de l'utilité des poètes et qu'ils garantissent la fortune, l'unité et la gloire d'un peuple, s'ils traduisent ses sentiments, si leurs poèmes portent la marque de l'âme nationale.

On sait quelle stérile poésie a été inspirée tous ces temps-ci à de juvéniles écrivains, sur qui Richard Wagner, Nietzsche et Henri Ibsen prirent trop d'empire. Les lettrés françaises ont manqué de périr. Une deuxième fois, les Allemands franchirent les frontières, mais cette chimérique invasion eût pu être autrement pénible et exténuante que la conquête de 1870-71.

Nos jeunes lettrés ont subi la tyrannie étrangère. Je suis tout à fait surpris de cette servitude acceptée d'une manière aussi facile par de généreuses personnes dont Racine, Diderot, Hugo, Lamartine ont pu composer la pensée et auxquelles tant de promenades dans les jardins du Luxembourg, à Meudon, à Versailles, parmi le riche parc de Saint- Cloud, n'eussent pas laissé d'apprendre les lois de la beauté, si elles n'en étaient pas distraites par un trop vif amour des lettres.

Il convient donc de se promener parmi les avenues du parc de Versailles. Leur majestueuse solitude m'est très chère. C'est là que j'ai pu prendre conscience de mes devoirs d'écrivain. Elémentaire enseignement ! Ces molles et magnifiques pelouses

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oùdélbrleun (ucaii d'herbes, de houleuses pâquei-eltes et de boutons d'or, quel éloquent ténioii^nage tle notre esprit national! De sonores quinconces abritent des statues. Un vert torrent berce leur ondjre étendue. Là retentissent des ifs taillés en cône. Des colombes se posent dans les branches. Sur le marbre éclate leur chaude blancheur d'or.

Pour ma part, ces parcs me démontrent d'une manière extrêmement claire, que nous ne pouvons nous accommoder d'un art sans symétrie et sans pureté. Ainsi, aucun enseignement ne vaudra le spectacle présenté par Versailles. Quand M. Lenôtre. jardinier du roi, trat;a le dessin de ces parcs, que traversent de profondes avenues mélancoliques, et où stagnent par-ci, par-là, les noirs flots croupissants des bassins trop pompeux, il avait une vue bien précise des sentiments de la France. Sur cette étendue gazonnée. il mit comme sur un plan moral, les traits de ijoble allégresse et de cérémonieuse grandeur qui rendent si distincte une ligure l'ran- «•aise. Blanches pelouses où courent des statues de dieux, quelle harmonie vous attestez! chargés de lloconneux feuillages, que le vent balance comme de grosses nuées bleues, les grands nuirronniers portent sur les avenues de nobles et magnitlques ombres.

11 est certain que des personnes, munies d'une sensibilité un peu comnmne, ne sont en aucune façon capables de distinguer, ici, simplement, par ellesmêmes, les premières lois de la beauté qui est propre à l'àme française. Devant ces sites décoratifs, si mélancoli(|ues et si enchanteurs, je les imagine in-

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sensibles. Elles ont bien besoin d'un intermédiaire auprès de qui entrevoir la nature de leur patrie. Cet intermédiaire, trouvez-le parmi nos auteurs nationaux. Racine, Diderot, Chateaubriand et Lamartine ne peuvent-ils rien leur apprendre des éléments dont leur vulgarité d'esprit leur interdit de prendre conscience en contemplant les jardins de Saint- Cloud, du Luxembourg ou de Versailles. Car ces qualités de spacieuse noblesse, de proportion, de gaieté innocente, qui donc ne les rencontrerait en comj^agnie d'Iphigénie, de Bérénice, d'Elvire ou de Clorinde, au cours de ces pures tragédies d'une décorative tristesse et dont le dessin n'est pas moins correct que celui de nos jardins ! (Dans cette pensée quelques poètes, MM. Charles Maurras et Jean Moréas, ont conçu l'excellent dessein de rendre à la littérature ses vertus élémentaires. Mais on voit bien que s'ils tentent cette réforme, c'est au nom des auteurs classiques. Pour nous, avec une ambition semblable, nous imaginons qu'il est mieux de prendre pour modèle la nature elle-même. Aussi parlonsnous beaucoup moins au nom de Diderot ou de Lamartine, qu'en celui de M. Lenôtre et de quelques autres jardiniers. D'ailleurs, n envisagez-là qu'une différence de sensibilité et de méthode.)

En vérité, en cette étroite contrée, toute humide à cause de l'herbage bleuâtre aromatique et fluide près de l'Orangerie ou à Trianon, il est impossible de prendre goût aux meilleurs ouvrages des grands étrangers. Le paysage contraste biçn trop avec les drames de Wagner, ses poèmes désordonnés où ne règne point cet ordre correct (jue nous admirons

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]>iiissaninient dans la iiiaiiièrc d'ôtre du château, «ic r.-n <'iiu(' ('t (les ;n'l)r(^s Iraucais.

Une nation ne peut perdre son uuité si elle ne désapprend point le sens des chants nationaux. Je ne doute guère de la force du génie. Ce qui a permis aux Grecs de reconstituer leurs lois, après six cents ans d'esclavage, c'est la tradition poétique dont le uionde leur rappelait sans cesse l'illuste éclat.

Tant que nos jeunes lettrés connaîtront la route iles cimetières où pleurer des personnes éteintes, de <{ui la noire terre presse le corps glacé et qui dorment couchés cote à cote, non loin de nos grands homuies. de nos glorieux soldats et de nos héros militaires, tant qu'ils pourront venir auprès des chiuiériques sépulcres (je parle des livres où sommeille aussi une pensée anti(pie), nous ne craindrons point l'étranger. Racine, Diderot, Chateaubriand nous sauveront toujours du complet désastre, autant 4[u'un ïvelleruuinn, qu'un Bonaparte.

11. — l)i: i."j:si'i!ir I'Iionixcia i i;\ i.i i i i i; \ i i i;i'

On sait quelle tendre et charuuuite Renaissance se réalise aujourd'hui dans les Lettres. Il semble que uous soyons bien près de connaître une gloire nouvelle. Aucune époque ne parut plus gracieuse. Une aimable aurore sourit tendrement au-dessus de la terre française. Peut-être nos auteurs sont-ils dispo-

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ses à repousser l'étranger. En vérité, les jeunes lettrés contemporains témoignent, d'une manière constante, le goût que leur inspirent encore les ondoyantes rivières de leur patrie, l'herbe aromatique de ses plaines, les nuages qui courent parmi son ciel fin, les vaporeuses pelouses où se mirent ses châteaux, l'infinie allégresse des nids dont sont chargées ses noires forêts de hêtres. C'est un gage de santé morale. Aussi leurs poèmes ont-ils pris les traits de la correction la plus grande, de l'éloquence et d'une grâce extrêmement profonde. Les mêmes lois de la beauté présideront désormais au dessin de nos parcs, à la construction de nos édifices et à l'ordonnance de nos poésies. Tel est le sentiment des auteurs de vingt ans.

Je demeure tout à fait touché du culte où ils tiennent la nature. La contrée qui les a vus naître, voilà leur première nourrice ; ils la chérissent avec force.

Mais regardez-les de plus près. Ils n'obéissent point simplement aux traditions de leur grande patrie nationale, car leur province leur inspire une extrême tendresse. De là un caractère local que je trouve, pour ma part, sublime. Non seulement nos jeunes lettrés étudient l'art qui présida à la création des antiques poèmes de la France, mais encore ils semblent davantage enclins à écouter les voix qu'exhalent les profondes grottes, les sources, les plantes et les oiseaux de leur petit pays natal.

Ils éprouvent bien peu de peine à se trouver dans ime lointaine province. Au lieu d'aller prendre ailleurs des motifs d'inspiration et des prétextes de

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poésie, ils aiment ces étroits paysages oîi ils sont nés. (Evidemment Brizeux, Victor de Laprade, plusieurs autres se sont déjà, dans ce siècle, inspiré de leurvillap^e, mais la manière de ces poètes était l)eau- ( oup trop didactique, apparente et présomptueuse pour qu'il leur lïit permis d'atteindre à l'auguste et glorieuse beauté. Aujourd'hui, nos jeunes auteurs ne citent pas le lieu qui les a nourris. Ils en conservent seulement le goût, et en quelque sorte l'essence primitive. D'être infiniment sensibles à l'enchantement de la nature, ils en traduisent l'innocence, la mélancolie. Mais aucune trace cependant de cette vanité régionale t(ui souille les plus sublimes accents de Brizeux et de Lamartine lui-même, par endroits.)

Des sentiments de ce genre distinguent dune façon très profonde la littérature nouvelle. Un obscur courant de sève, monté de la terre natale alimente nos créations. Rien de plus émotionnant.

Voilà le trait propre à nos jeunes auteurs. M. Joachim Gasquet se promène sur les routes d'Aix et il en glorifie les plantes, les hautes rociies fendues par le feu. la stérilité foudroyée aux desséchantes llammes du soleil. Ce poète a de grands dons. Les déesses de la mer ont nourri, fortifié la substance de son Ame.

A Orthez, ^L Francis Jammes se plaît dans les jardins d'abeilles, où luisent de petites roses d'or. 11 chante tout cela avec désespoir. M. Jean Viollis dit le bruit des ruches, la niajestueuse mélancolie ([ue le soir amène avec lui. On conçoit bien que Maurice Magre sest reposé sur le sein des prairies, comme sur le sein même de sa nu'rc. (^«'^ deux au-

leurs ressuscitent la gioire de Toulouse. Exilé à Saint-Saturnin, Michel Abadie chante les Pyrénées, et ses grandes odes ont la puissance ïimpide des gaves. Tels sont les poètes de province sur qui nous comptons aujourd'hui afin d'illustrer la race appauvrie, toute desséchée par un trop long repos.

Parmi ces prodigues et charmants poètes, M. Michel Abadie me paraît le plus admirable. Encore qu'il n'ait pas trente ans, je le pense mûr pour la gloire. Il est surprenant d'abondance, de riche et splendide allégresse, de vitalité innocente. Faut-il avertir, tout d'abord, qu'il habite au cours de l'année la petite bourgade de Saint-Saturnin et que, s'il partage mon goût de la terre, je ne le lui ai point dicté.

Michel Abadie est un prodigieux, un auguste, un lyrique poète. Je ne le connais que par ses ououvrages. Je ne l'ai donc jamais vu. (Peut-être le public sera-t-il surpris que j'insiste aussi fortement sur un sujet d'une telle l'utilité. Mais comme un grand nombre de gens n'imaginent point que les auteurs puissent se décerner des louanges, si aucun lien d'amitié, d'intérêt ou de coterie ne les y oblige en effet, il était nécessaire de prévenir une fois pour toutes que ce panégyrique-ci m'est uniquement inspiré par la beauté d'vm ouvrage.)

M. Michel Abadie habite dans le Cher, à Saint- Saturnin, où il est instituteur. Pourtant, les Pyrénées ont nourri son enfance. Rien de plus émotion-

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iiaiil (lucc'clle ''vi<«'M"'<' chaniix'lrc. in^ciiiic v\ provinciale.

Repivsciilez-vous lo hameau paisible, assis sur la pente des montagnes qui contiennent des métaux, de l'eau et de houleuses bruyères. Quel repos pour la pensée î Un solide peuple de paysans s'emploie aux travaux de la terre. Dans la j)laine déferle une mer végétale, à pleins sillons, tumultueusement.

Voyez la vieille église, l'étroite place publique, où roule, quand vient le vent, le tonnerre des chênes taillés en quinconces, les douces maisons laites de plâtre et de bois qui sont couchées sur le bord de la route. Dans une contrée^ aussi morne, un poète ne (;raint point de demeurer. Car le poète a le don des mobilités. Et pour lui, l'Eden reconstruit se trouve toujours dans l'endroit même où le mènent le hasard, la Ibrtune, Taventure.

11 me plaît de supposer que M. Michel Abadie possède une maison teinte du sang des roses avec un pauvre enclos que peignent de belles verdures très claires. Gomme cette contrée est monotone ! Les dates de la récolte et des fôtes patronales en sont seules les péripéties. 11 faut donc comprendre à quel point cette uniformité des jours dissipe peu à peu chez un homme sensible, emporté et pathétique, la passion que la nature avait déposée en lui et qu'il dépensera désormais en grandes exaltations lyriques.

Dès les premiers matins d'avril, de glaciales pâquerettes égayent le hameau. Un groupe de collines occupe l'horizon tout entier. L'orage des sapins court sur les hautes pentes, polies par la^ chute des

lumières. J.e sang des genêts les empourpre encore. Ensuite avec le crépuscule, on rentre en chantant par les routes. Tel est le lieu où habite M. Michel Abadie. Nul doute qu'il n'en éprouve toute la beauté profonde, bucolique, étendue et pure. Cette campagne lui a inspiré d'extrêmes et retentissantes odes qu'emporte le souffle obscur des terres. Ses poèmes sont vivants comme des prairies. La sève du monde y atllue avec force. Elle leur communique la passion première qui anime les plantes de la plaîne, la tlamme et les flots du torrent natal.

Lisez les Voix de la Montagne, vous éprouverez lémoi mourant des colombes qu'assoupissent tous les parfums du monde :

Le clos, et son rempart de roses que tu vois

Ondoyer au soleil, ont reconnu ma voix.

Car dans mes jeunes ans, je fus le divin pâtre

Des troupeaux qui s'en vont, bêlants et doux, s'ébattre

Et se poursuivre au bord des osiers languissants.

Souventes fois ma flûte a sonné ses accents

Joyeux et clairs au bois des myrtes, et les grâces

De mes pas ont laissé leurs lumineuses traces

Au vert de la prairie odorante de miel.

Je buvais à la source où se mire le ciel

Et du sang des mûriers je barbouillais mes lèvres,

Je jouais comme un jeune faune avec mes chèvres.

Ma mère me cueillait dès fruits pour me choyer,

Et les oiseaux, voyant mes beaux yeux flamboyer.

Venaient charmer mon àme au murmure des saules.

Je parais mes cheveux de vertes auréoles

Et les nymphes disaient mes pas divins élus.

Mais j'ai quitté le vieux bocage et je n'ai plus

L'heureuse haie avec ses lèvres de senelles

Ni mon lait doux, ni mes fruits d'or, ni mes agnelles,

Ni la cabane au toit d'azur qui m'abritait!...

Et je pleure le temps où ma flûte chantait.

KLKMKM-^ I» l M UliNAi>:-)AN«:K I I!A\(.A1--1 2 )

Telle est cette débordante, lyricfue et prol'oiide poésie. La sève des terres y alllue lourdement, lui ei)ninuini([ue un prodij^ieux frisson. La substance en est mûrie, comme par le grand feu central qui réi'hautVe les fruits des treilles, les pierres, les plantes de la montagne.

11 faut cniivt'uii' <pie de tels écrivains n envisagent point les belles lettres comme un refuge contre un tenace ennui, où connue un excellent moyen de par- A enir. Leurs sentiments me semblent d'une extrême innocence. S'ils composent de légères odelettes et des mélodies poétiques, c'est seulement par gratitude envers une personne éprise ou pour remercier les oiseaux, le bel herbage blanchi par le Ilot des pàqueiHîttes, la plage où bat le cœur des mers, les glauques feuillages des pins, la champêtre et limpide maison des([uels les bienfaits sont si innond)rablès, si délicieux, extrêmement magnifiques.

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