‹ Les éléments de l'ancienne constitution françaiseChapitre 21 sur 40 · LE PEUPLE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE

Au-dessous de la royauté, à côté de la noblesse et de l'Eglise, il y avait ceux pour qui étaient faites les institutions que nous venons d'étudier. Lés gouvernements sont établis, en effet, pour maintenir Tordre dans la société, défendre .les intérêts du grand nombre, rendre facile l'accomplissement du devoir, et faire concourir toutes les forces individuelles à la prospérité commune.

Si les sociétés ne vivaient que pour la satisfaction de leurs besoins matériels, si l'ordre et le bien-être étaient le but suprême de leurs efforts, l'humanité ne serait pas digne de la sollicitude providentielle. Œuvre de la bonté autant que de la puissance, l'homme est fait pour d'immortelles destinées. Il a reçu des dons admirables, mais il faut qu'il s'en serve pour développer le bien et résister au mal, dont la chute primitive a placé le germe dans son cœur. Le travail est donc la condition essentielle de sa vie, et, du berceau à la tombe, la lutte est continuelle.

Privé de ses dons surnaturels, blessé ou plutôt, selon une expression d'une justesse saisissante, dirni-

nué (1) dans ceux qui lui étaient propres, il doit reconquérir ce qu'il a perdu. S'il est, selon l'expression du poète :

.... Un Dieu tombé qui se souvient des deux, (2)

il faut qu'il aspire à y remonter, et il n'y parvient que par la lutte et le sacrifice. « Toute créature est gémissante » (3) et ce gémissement qui atteste sa chute , dure autant que la vie. Le but de l'homme est donc plus haut.

La société doit luttor comme lui. Son enfance est exposée aux mêmes dangers; sa jeunesse risque, par fougue ou par inexpérience, de compromettre ses plus riches dons; sa maturité se consumerait dans l'égoïsme, et sa vieillesse, sans initiative, mais non sans désirs, s'abîmerait dans l'impuissance. Il faut donc des efforts pour ne demander à chaque âge que ce qu'il peut donner, et en faire sortir tout ce qu'il contient. Voilà pourquoi, sous les actes souvent brillants des peuples, sous l'auréole qui couronne leur berceau, ou leur maturité , il faut chercher les douleurs qui les ont enfantés, les épreuves qui les épurent et les sacrifices qui les fortifient.

« Il y a pour les peuples des souffrances fécondes, comme il y en a de stériles. La distinction des unes et des autres échappe aux générations qui les subissent : c'est le secret de la Providence qui ne se révèle qu'au jour marqué pour l'accomplissement de ses

(1) Alienuatum. Concile de Trente. 5 e session t.

(2) Lamartine, Jocelyn.

(3) S'-Paul. Aux Romains, vin. 22.

desseins. » (1) Les peuples, comme les hommes, n'ont que les souffrances qu'ils méritent. Ces sacrifices» patrimoine du plus grand nombre, paraîtraient une suprême injustice de la destinée, si l'homme ne les savait nécessaires pour le développement des sociétés, et ils lui seraient inutiles, s'il ne les supportait ave© une résignation confiante dans l'avenir.

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